Fortunat KIZUNGU, « la vie est un véritable combat de tous les jours »

Fortunat KIZUNGU, « la vie est un véritable combat de tous les jours »

Fortunat KIZUNGU sur scène ©DR

Il y a huit ans, la vie de Fortunat KIZUNGU devint l’ombre de celle qu’il rêvait de mener. Jeune acrobate avec un brillant avenir devant lui, c’est dans une chaise roulante, au micro et depuis le Luxembourg (Grand-Duché) qu’il nous raconte sa nouvelle vie. Devenu tétraplégique suite à une chute lors d’une répétition -il y a huit ans de cela-, Fortunat s’est réinventé dans la musique et dans la photographie.

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« Il faut se battre dans la vie, si l’on veut devenir quelqu’un »

Né au Rwanda, Fortunat KIZUNGU est l’ainé d’une famille de six enfants. A l’âge de trois ans, son père décide de rentrer au Burundi avec sa famille. En 2003, le décès du patriarche le rend vulnérable « Traumatisé par la mort tragique de mon père, je me suis trouvé dans l’obligation de quitter la maison, à errer pendant plus d’une année et demie dans les rues de la ville de Bujumbura. Sachant que tout mon avenir était mis en jeu et également celui de ma famille, je me suis décidé de reprendre la voie de l’école et ainsi j’ai rejoint l’internat des pères salésiens de la Cité des jeunes de Don Bosco Buterere » nous raconte Fortunat.

Son séjour à l’internat lui a permis d’ouvrir les yeux sur le monde, sur la vie et sur le combat quotidien « A l’internat, j’ai pu m’instruire en premier lieu et apprendre que vivre dans ce monde n’est pas une chose facile. Il faut se battre dans la vie si l’on veut devenir quelqu’un, une personne digne de ce nom. Autrement dit, la vie est un véritable combat de tous les jours »

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Membre de l’équipe d’acrobates de son école, sa passion lui a volé l’usage de ses jambes, un jour de mai 2010, alors qu’il effectuait le double salto. Sa nuque cogne le sol et il accomplit le dernier saut de sa vie. « Au cours des séances de répétition dans le gymnase du campus Kiriri, en effectuant un saut périlleux, dénommé double salto, au cours de la réception normale, c’est-à-dire au moment d’arriver au sol après le saut sur les deux pieds, je suis tombé sur la nuque. Ce fut la catastrophe, une catastrophe qui transforma toute ma vie entière sans espoir de recouvrer une vie normale d’homme »

 

Du garçon acrobate au jeune homme dans un fauteuil roulant

 

Après l’accident, les encadreurs ont essayé de le soulager avec les moyens du bord, ignorant la gravité de leurs actes. C’est avec un brin de tristesse et rempli de colère que Fortunat nous relate ces moments de goût amer « Sur le moment, je suis sensé atterrir sur mes pieds mais c’est ma nuque qui en a pris un coup et personne ne pensa à faire venir une ambulance. Après quelques moments d’hésitations, j’ai été conduit à une clinique universitaire dans une voiture banale et dans de très mauvaises conditions. A mon arrivée à la clinique, les responsables du service d’urgence ont refusé de m’admettre aux soins et m’ont envoyé dans un centre de santé dépourvu de tout équipement et médicaments de premiers soins. J’y ai passé 24 heures avant d’être ramené à la clinique sans calmant, en train de gémir sans même une consultation. RIEN

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Interné dans une clinique, abattu par des douleurs inqualifiables, Fortunat était sans espoir jusqu’au jour où le médecin-chef des cliniques constata l’incapacité dans laquelle se trouvaient les équipes médicales pour lui assurer des soins appropriés. « Le docteur a pris d’autorité la décision de me transférer en dehors du Burundi pour des interventions exigées par mon état de santé. Il sensibilisa la population et les organismes tant nationaux qu’internationaux pour rassembler des fonds. L’appel fut entendu »

Arrivé au Luxembourg, Fortunat passe 4 ans à l’hôpital, à subir des opérations, à aller en rééducation pour pouvoir être autonome tout en étant dans un fauteuil roulant « J’ai passé 4 ans à l’hôpital. On faisait tout pour moi. On me lavait, on me donnait à manger, on changeait ma sonde, etc.  Je me dis que mon envie d’autonomie m’a permis de surmonter ces années. On m’a opéré les mains parce que j’avais un problème de dextérité. Maintenant je peux écrire, tenir un téléphone, je peux réutiliser mes mains comme tout le monde »

Fortunat KIZUNGU sur scène ©DR

Que la nouvelle vie commence

Au bout des quatre ans passés, Fortunat a pu quitter l’hôpital et vivre seul dans un studio en centre-ville à Luxembourg. La thérapie et les soins appropriés qui lui furent donnés lui ont permis de reprendre vie, mais sans espoir de recouvrer la motricité de ses membres, donc obligé de rester dans une chaise roulante. « L’accident a aussi endommagé mon appareil urinaire. Comme les infirmières faisaient tout pour moi, je devais apprendre à le faire par moi-même. C’était comme réapprendre à grandir, en fait.  Je fais les courses, je cuisine, je me lave, je fais tout sans aucune aide extérieure. »

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A défaut d’être acrobate comme il l’a toujours rêvé, Fortunat s’essaie aux autres arts comme la photographie et la musique « Quand j’étais à l’hôpital, je n’avais vraiment pas d’occupation. Puisque les acrobates jouent sur de la musique, j’ai commencé à écrire des chansons.  Et j’en ai sorti quelques-unes sur ma chaine YouTube »

A 27 ans, le jeune homme entend vivre comme les autres. Depuis peu, il fait des études pour devenir un agent administratif et commercial, et fait des services de volontariat national aux côtés des jeunes du Luxembourg

Miranda Akim’

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