Festival « Inanga n’indanga» : trois entrepreneurs burundais se livrent et régalent la jeunesse!

Festival « Inanga n’indanga» : trois entrepreneurs burundais se livrent et régalent la jeunesse!

C’était un jour comme un autre, mais pas tout à fait car pour un certain nombre de jeunes burundais, il y aura toujours un avant et un après. Le jeudi 12 décembre 2019, à l’Institut Français du Burundi (IFB), se déroulait la soirée inaugurale du festival « Inanga n’indanga » organisé par trois medias Akeza, Jimbere Magazine et Yaga. Trois orateurs Claude Nikondeha (qui a créé Kazoza Finances), Marie Müque Kigoma (fondatrice de l’entreprise Fruito) et Irvine Floréale Murame (fondatrice d’Infinity Group) étaient venus partager leurs expériences du monde professionnel et entrepreneurial.

Dans son discours d’ouverture, Alain Amrah Horutanga, coordinaeur de Yaga a indiqué que le festival « Indanga n’indanga » s’inscrit dans le cadre de découvrir les talents créatifs et innovants pouvant inspirer d’autres jeunes. Roland Rugero directeur exécutif de Jimbere Magazine, qui était également le modérateur du débat ajoutait : « Inanga est l’un des aspects de la culture burundaise et fait référence à la sagesse.  Par indanga, on sous-entend le modèle, l’exemple ».

Landry MUGISHA, directeur d’Akeza.net trouvait que c’est déjà quelque chose de magnifique, de réunir trois médias influents autour d’une même activité. « Dans un pays où les gens ont encore du mal à travailler ensemble, surtout au niveau du leadership, ce festival est une preuve qu’on peut y arriver. Ce n’est que le début », disait-il

 

Tout provient du rêve et de la passion !

Une envie forte de sortir de la pauvreté, se tisser des liens pour trouver le chemin vers l’Europe puis les USA, un parcours du combattant entre de petits jobs pour gagner sa vie et rembourser celui qui a payé son billet d’avion, faire ses études universitaires en Angleterre et vivre aux Etats-Unis, prendre ses marques et trouver sa place dans le monde, tels sont certains moments clés qui ont mené Claude Nikondeha, qui rêve et travaille à créer des entreprises qui mettront 1 million de personnes au travail.

En retournant au Burundi en 2008, il décide de ne pas retourner aux Etats-Unis et rentre définitivement en 2010 pour faire son business dans son pays natal. « J’avais l’objectif d’avoir des entreprises pouvant créer un million d’emplois. En 2012, j’ai créé Kazoza Finances, en 2014 l’ONG Communities of Hope, en 2017 Burundi Fortified Foods (qui fournit Kibondo Poridge) », indique-t-il.

Celui dont l’histoire prend véritablement racine dans le quartier populaire de Mutakura se cherchait un moyen vers la réussite dès son jeune âge, tellement son être tout entier rejetait ses conditions de vie de l’époque. Animé de détermination et de travail, il se tracera une route qui fera le tour du monde pour revenir boucler la boucle là où tout a commencé. Le schéma typique même du héros populaire: celui qui naguère terrassé par des problèmes qui le dépasse revient plus tard les dompter et sauver du même coup des milliers d’autres avec lui. Même si, son chiffre à lui, c’est 1 million!

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Racontant l’histoire de la création de son entreprise Fruito, Marie Müque Kigoma, infirmière de formation, révèle comment elle a quitté son job pour créer une confiture à la maison. « Deux fois la semaine, j’allais moi-même à Bugarama acheter les fruits. J’ai vu qu’il y avait beaucoup de bons fruits comme les fraises, la rhubarbe et j’ai pensé à produire du sirop de maracuja », confie-t-elle. C’est par après qu’elle développe l’idée de faire un jus prêt à boire. En dépit de pas mal de défis auxquels elle faisait face, une étape à la fois, deux ans plus tard elle lançait Fuito. C’était en 1987. « Vous les jeunes, quand vous avez un rêve, n’ayez pas peur! Il faut continuer à travailler pour arriver à quelque chose », concluait-elle.

Madame Kigoma dévoilait aux femmes qui n’en revenaient pas que lorsque FRUITO entre sur le marché en juillet 1987, elle avait un bébé de 7 mois ! C’est dire que durant toutes les démarches d’implantations qui ont duré deux ans, elle était enceinte durant 9 mois et cela ne l’a pas arrêté. Et de dire aux femmes que ce n’est pas parce qu’elles sont enceintes qu’elles devraient mettre un frein à leurs ambitions, leur de là.

Cette dame que rien n’arrête racontait également cet épisode où se rendant en France pour une ligne de production, elle réclamait une petite ligne pouvant créer juste quelques centaines de bouteilles par jour. Ces interlocuteurs étonnés répondaient : « c’est la première fois que nous voyons un africain qui demande de petites choses. La plupart du temps, ils veulent quelque chose de grandiose ». Vous saurez que celle qui a toujours voulu commencer petit et grandir progressivement finira par décrocher une ligne de production sur mesure, soit un prototype spécialement créé pour elle !

Ce ne serait pas rendre justice à la personne qu’elle est si on ne mentionnait pas ce qu’elle a répété le plus souvent dans son intervention : « dans le business, il faut toujours être honnête, toujours ». De même que « nous avons toujours mis la qualité au-dessus de tout. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous avons toujours privilégié la qualité ». S’il fallait donc ne retenir que deux mots de cette brave dame, allez pour « honnêteté » et qualité. Ce sera déjà un pas dans la bonne direction.

Irvine Floréale Murame raconte comment elle a démissionné de son travail pour créer une entreprise pour la gestion des intérimaires. Elle était toujours énervée de voir que l’on demandait de l’expérience à ceux qui demandent leur premier emploi. S’associant avec des amis, elle créait en 2015 Kazi Interim. Depuis bientôt une année, c’est à son compte qu’elle s’est mise en mettant sur le marché Infinity Group, toujours dans les ressources humaines. Cette entreprise qui fait le pont entre les donneurs et les demandeurs d’emplois aurait autour des 200 personnes employées par divers entreprises grâce à son entremise.

Celle qui a toujours fait montre de leadership depuis son jeune âge, de la maison où elle prenait très au sérieux le rôle de grande sœur un peu mère de ses petites sœurs à l’école secondaire où elle fut tour à tour déléguée de classe puis doyenne disait aux jeunes dans la salle : « Nous avons des rêves différents. Mais la façon dont tu vas persévérer et être rigoureux avec toi-même déterminera là où tu arriveras ».

 

Il faut avoir une vision !

Selon Claude Nikondeha créateur de « Kazoza Finances, avoir une vision est très important. « Il faut avoir une vision, un aperçu de ce que l’on sera dans l’avenir, surtout pour un jeune qui a moins de 40 ans ». Petit clin d’œil aux jeunes qui veulent faire de grandes choses dès le départ, il conseille de commencer toujours petit. « Il faut garder la fin dans la tête et comprendre qu’il faudra passer par plusieurs étapes pour y arriver. ».

Claude Nikondeha déplore que les jeunes ne veuillent que la glorification et s’achètent des voitures ou se construisent des maisons grâce au crédit. Et il nuance : « Avant on nous disait, il faut vivre chez soi. Mais moi, je dis qu’il faut travailler chez soi. Il faut mettre son argent là où tu gagnes de l’argent comme son lieu de travail. La maison où tu dors ne te fait pas gagner de l’argent, celle où tu travailles, si ».

 

La rédaction

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