Femmes entrepreneures : Ir Aliane NAHIMANA redonne vie aux déchets

Femmes entrepreneures : Ir Aliane NAHIMANA redonne vie aux déchets

Quatre femmes ont été primées dans un concours d’idées entrepreneuriales innovantes. Organisé par FIADI (Femmes Ingénieures Actives pour le Développement Inclusif) en partenariat avec l’Ambassade de France au Burundi, la compétition a décerné des prix allant de 800 000 BIF à 1 500 000 BIF, aux meilleurs projets des femmes ingénieures. Mais quelles sont les idées véhiculées par ces projets ? Comment est-ce que ces femmes comptent les réaliser ? Où se projettent-elles dans l’avenir ?

Portée par son destin et la spécificité de son projet, Ir Aliane NAHIMANA a été sacrée lauréate du concours. On lui a décernée la plus prestigieuse des récompenses (une enveloppe de 1 500 000 BIF). Le projet qu’elle a défendu table sur la transformation de déchets biodégradables en compost avec comme clients cibles “les ménages”. Dans cette entrevue, elle nous raconte la manière dont elle compte mener son projet.

 

Akeza.net : Qui est Ir Aliane NAHIMANA ?

 

Ir Aliane NAHIMANA: Je m’appelle Aliane NAHIMANA et j’ai 27 ans. Je viens de finir un Master en Génie Civil avec une Spécialisation en Sciences Environnementales à l’Université Technique de Delft au Pays-Bas ; après une Licence en Génie Civile que j’ai décrochée à l’Université de Pune en Inde.

 

Akeza.net : Quelle est l’idée derrière votre projet ? En quoi votre projet est-il innovant ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Le projet s’intitule « Kits de compostage à domicile ». Il vise à protéger l’environnement à travers la transformation de déchets biodégradables d’une part ; et l’utilisation de ce compost par les agriculteurs d’autre part. Ce fertilisant permettra d’enrichir les sols qui se dégradent du jour au jour.

 

Ir Aliane NAHIMANA tenant dans ses mains le cheque symbolique  ©Akezanet

 

Akeza.net : D’où vous est venue cette idée ?

Ir Aliane NAHIMANA : Aussi longtemps que les déchets seront considérés comme inutiles, indésirables, ou sans valeur, ils seront toujours pris comme des éléments encombrants. La question ultime était donc de chercher la valeur du déchet, sinon la créer. Et c’est comme cela que j’ai pensé au cycle de la nature, donc au compostage.

 

Le compostage n’est pas du tout un concept nouveau. S’il l’était, c’est sûr que l’inventeur aurait droit au minimum à un prix Nobel. Ceci dit que je ne devais pas créer une nouvelle technologie (ce qu’aiment les ingénieurs), mais penser aux raisons qui font qu’une solution aussi largement connue et ancienne ne soit pas largement adoptée et appliquée (ce que détestent les ingénieurs). J’ai du coup identifié trois défis. C’est notamment le manque d’espace pour le compostage de déchets dans la ville de Bujumbura, les moyens et les coûts associés au transport de tous ces déchets, ce qui freineraient à coup sûr le compostage, et le tri des déchets sur le site du compostage qui demanderait une main d’œuvre et des moyens techniques énormes.
Pour résoudre les 3 défis ci-hauts évoqués, les ménages doivent être motivés pour s’identifier dans le projet. Nous avons alors pensé à l’utilisation d’emballages biodégradables comme monnaie d’échange pour achat du compost produit par chaque ménage.

 

Akeza.net : Avez-vous déjà commencé à réaliser votre projet ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Le projet commence bientôt avec la phase test. Elle consistera à produire une petite quantité à mon domicile, qui sera suivi de différents tests afin d’évaluer la qualité de notre compost.

 

Akeza.net : Quel serait votre capital de démarrage ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Le capital de départ pour les cinq premiers mois est de cinq (5) millions BIF.

 

Akeza.net : Quels sont les risques et les défis qui minent la réalisation de votre projet ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Les tests de qualité du compost constituent un challenge technique. Ainsi, j’encourage les spécialistes, les experts dans la biotechnologie et l’agronomie ; et les lauréats des universités dans tous ces filières précédemment citées d’apporter leur contribution.

 

Akeza.net : Le prix que vous avez gagné au concours de FIADI vous aide-t-il ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Le prix va sans nul doute m’aider car il va me permettre d’amorcer la phase d’essai, et d’effectuer les différents tests afin d’évaluer la qualité du compost produit.

 

Akeza.net : Quels sont vos perspectives d’avenir ? Où vous voyez-vous d’ici 5ans ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Dans la vie de tous les jours, j’aime beaucoup tout ce qui se rapporte à la recherche en sciences de l’ingénierie appliquée. Et tant mieux, si c’est aussi révolutionnaire. Ce projet est déjà très prometteur comme orientation.

 

Ir Aliane NAHIMANA lauréate du concours organisé par la FIADI ©Akezanet

 

Akeza.net : Pensez-vous que la femme burundaise peut facilement s’intégrer dans le monde entrepreneurial ?

 

Ir Aliane NAHIMANA : Facilement ? Ça dépend. Je pense que même les hommes ne s’y intègrent pas nécessairement facilement. C’est pourquoi je ne conseillerais pas le chemin de l’entrepreneuriat à qui attend la facilité qu’il soit homme ou femme.
Comme ce fut le cas pour la fonction publique, on devrait s’abstenir d’élever l’entrepreneuriat au-dessus d’autres statuts. Cela peut en effet pousser des personnes à entreprendre à tout prix aux dépens de la résolution des problèmes de société à travers d’autres moyens comme la recherche, l’enseignement, le commerce, etc.

Akeza.net : En dehors du boulot, qu’est-ce que vous aimez faire dans la vie ?

 

Ir Aliane NAHIMANA: J’aime beaucoup lire. En plus des études plus conventionnelles, je poursuis aussi des études bibliques. Une anecdote, c’est le livre de la Genèse qui m’accompagne jusqu’à ce mon moment, « Eurêka ! » pour ce concours. En effet, Dieu a réglé le problème des déchets dès la création en instaurant la circularité. Et Il savait que ce qu’Il avait créé était bon.

Propos recueillis par Janvier CISHAHAYO

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