Femme d’exception : Frida UMURERWA dit : « L’Afrique, c’est le futur ! »

Femme d’exception : Frida UMURERWA dit : « L’Afrique, c’est le futur ! »
Frida umurerwa m pqtrone de BAC (www.akeza.net)

Frida Umurerwa , patrone de BAC (www.akeza.net)

Les femmes sont les reines de la paix, elles forment, informent et construisent nos sociétés. Le Burundi a une qui est entrain d’éclairer le chemin pour les femmes africaines. Toujours souriante, elle est une mère, une professionnelle qui donne le meilleur d’elle-même pour l’éducation, la transmission des valeurs afin de rendre la société plus équitable. Frida UMURERWA est une référence dans les milieux d’affaires de la communauté est africaine. Elle est la patronne d’une des agences de communications les plus respectées de notre pays , BAC (Burundi Advertising Company).

 

Partie de rien, cette ancienne employée dans les magasins en Europe , s’est forgée une solide réputation qu’elle dit devoir à Dieu et à elle-même. A présent, elle entend faire partager son expérience et soutenir toutes les femmes. Celle qui honore les femmes du Burundi en particulier et celles de l’Afrique en général a accepté de nous livrer le secret de ses projets au profit des femmes.

 

Akeza.net : Bonjour

 

Frida : Bonjour

 

Akeza.net : Comment devient-on Frida UMURERWA ?

 

Frida : Je me suis fabriquée toute seule, je suis partie de rien. J’ai grandi à Bujumbura jusqu’à l âge de 14 ans puis je suis partie en Belgique pour y terminer mes études humanitaires. J’avais fait une formation en journalisme et en communication. C’est un secteur d’activités que je trouvais très passionnant parce que je voulais faire de la télévision. Le problème que j’ai rencontré est que les études de communication appartenaient aux riches alors que moi j’étais pauvre.

 

Par la suite je me suis inscrite dans des radios et télés mais on me disait que peut être je pourrais faire un peu plus de radio que de télé parce que j’étais noire. Comme je n’avais pas de choix, j’acceptais ces petits boulots et j’ai travaillé comme chargée de recherche de sponsors dans des radios.

 

J’ai encore travaillé dans les hôtels, dans la restauration, dans les bureaux d’avocats,… Et puis je suis partie en Angleterre pour me trouver un petit boulot, ce qui a totalement changé ma vie parce que là j’ai découvert un nouveau monde. Dans le monde anglo-saxon, tout est positif. Il y a un bon proverbe qui dit : « Le matin tu as deux choix : ou tu te couches et tu continues ton rêve ou tu te lèves et tu le mets en action. » J’ai été employée comme vendeuse dans les magasins ce qui m’a initié à mon domaine. On me donnait des produits et j’arrêtais les gens dans la rue et je les faisais entrer dans le magasin. Quand ils achetaient je recevais une petite commission. C’est ainsi que j’ai payée mes études.

 

Par après j’ai rencontré mon mari qui est burundais. Lui, il apprenait l’informatique. Mais lui aussi  était pauvre, il n’avait pas d’ordinateur, ce qui n’était pas du tout facile pour les études qu’il suivait. Il devait aller chez ses amis pour qu’ils lui prêtent  leur  ordinateur pour mettre en pratique ce qu’il a vu en classe. Mais quand même il a réussi, il a eu son diplôme d’ingénieur en informatique.

 

Voyant que l’on ne pouvait jamais percer en Belgique et grâce au premier travail de mon mari, on est parti en Afrique du sud où d’ailleurs j’ai continué mes études. Là j’ai appris comment développer un projet et surtout comment faire les affaires en Afrique. Et là j’ai eu ma deuxième licence en communication et marketing. Enfin on s’est dit que l’on avait intérêt à venir développer notre pays. C’est un mélange de tout ça qui fait Frida UMURERWA ! (Rires !)

 

Akeza.net : Et vous avez eu le temps de vivre ?

 

Frida : (Rires) Je me suis toujours battue et j’ai quand même eu le temps d’avoir une descendance ! J’ai été mariée, je suis mère de deux enfants. Généralement, j’ai toujours été très active, je ne me fixe pas de limite d’action.

 

Akeza.net : Passionnée d’Économie, titulaire d’un diplôme de deuxième cycle en Technique de communication et marketing, vous considérez vous comme une femme accomplie ?

 

Frida : Non, pas encore. Je serai accomplie quand mon business m’aurait fait gagner mon premier million de dollars. Là je serai au top !

 

Akeza.net : On peut, sans exagérer, vous qualifier d’exemple pour les femmes. Que faites-vous, à votre échelle, pour les femmes burundaises voire pour la femme de la sous région ?

 

Frida : Ça fait 6 ans que je suis rentrée au Burundi et la première organisation qui m’a écouté est l’association des femmes entrepreneurs du Burundi, qui a l’époque était dirigé par l’actuelle présidente de la CFCIB, Mme Consolata NDAYISHIMIYE. Elle m’a aidé à créer mon magazine qui s’appelait Akiwacu. Je l’ai lancé sans argent mais AFAB m’a beaucoup aidé. D’ailleurs c’est par là que j’ai compris quelle est la force de la femme dans nos sociétés. Il est vrai les hommes sont devant mais les femmes sont aussi là , mais derrière les rideaux. A partir de ce moment là, je me suis dit que si mon existence n’est que pour m’enrichir moi-même ou de me faire connaitre moi-même, il n’a aucun intérêt si je ne peux pas aider les autres femmes.

 

Par exemple si une femme gagne 5000fbu, elle va donner 1000fbu à son mari, 3000fbu à ses enfants et 1000fbu à sa famille indirecte. Alors si on arrive à soutenir cette femme, c’est sûr que le pays ira bien. Depuis que je suis entrée dans l’AFAB il y’a 4 ans, je vais dans des séminaires pour représenter la femme. Je suis partie aux Etats Unis en tant que femme entrepreneur pour créer une association qui regroupe 50 pays africains où il y a des femmes qui fabriquent des produits faits pour l’exportation. Et maintenant au Burundi, je vais encore une fois m’investir énormément pour que la femme burundaise apprenne à créer des biens et services exportables. Notre pays a beaucoup de produits à exporter, que ce soit du jus, de la crème, de la bière de banane, la farine de manioc,… Quand ça s’exporte, elles amènent des devises dans le pays. Et l’économie du pays avance !

 

Akeza.net : Vous excellez comme femme chef d’entreprise dans notre pays, où il est rare de voir les femmes à la tête des corporations. Quel est le secret de cette créativité ?

 

Frida : Je m’intéresse à tout ce qui se fait en général. Je m’intéresse à l histoire et à la politique. Je m’intéresse aussi à tout ce qui se développe, en Afrique surtout. J’essaie de lire aussi, moins de livres mais beaucoup sur internet. J’essaie encore de regarder la télévision mais non pas juste pour le monde business mais aussi pour l’actualité. Encore je me préoccupe de l’Afrique parce que « l’Afrique, c’est le futur ». L’Europe c’est déjà dans le passé mais un passé qui nous a aidés à savoir comment fonctionne le système. Alors il faut qu’on utilise ces expériences pour développer notre continent.

 

Akeza.net : Quelles sont vos plus importantes réalisations professionnelles ?

 

Frida : Pour le moment, c’est pouvoir déjà gagner ma vie en travaillant pour d’autres. C’est avoir la confiance des clients qui savent que vous n’allez pas les arnaquer. Bref j’ai un portefeuille de clients qui font confiance à mon agence. A côté de ça, ma plus grande réussite j’estime aussi que c’est le fait de partager avec les jeunes. Au départ ils ne savaient pas ce qu’on allait faire ensemble mais comme ils avaient de talents et n’avaient pas compris comment les exploiter, ils sont devenus maintenant de vrais techniciens dans notre domaine. C’est à dire que maintenant j’ai de très bons graphistes qui font de très bons designs, de super photographes, de jeunes commerciaux qui font la promotion des produits,… A propos de ces jeunes là, même si on a travaillé ensemble quelques mois, ils sont partis et ont tous trouvé du travail. C’est une grande satisfaction pour moi, ça n’a pas de prix.

 

Akeza.net : Votre succès ne semble pas s’essouffler, votre dernier événement, le Rwanda Business Week a été une réussite totale. Avez-vous été impressionnée tout de même ?

 

Frida : Oui, j’étais un peu bluffée parce que c’est un travail d’équipe, c’est très difficile. Au départ on ne savait pas qu’on allait faire autant de succès mais grâce au Seigneur à qui nous avons sérieusement adressé nos prières pour qu’il soit dans cette activité, tout s’est bien passé. Donc j’estime que je dois tout à mon Seigneur et au Saint Esprit qui était parmi nous. Comment peut-on estimer qu’une activité qui dure 4 jours se termine sans un seul incident ? Un événement qui a accueilli plus de 5000 visiteurs par jour !

 

C’est vrai que nous avions un effectif de la police, des ambulanciers, des professionnels dans chaque département mais le fait qu’il n’y ait eu aucun blessé n’est pas compréhensible. C’est juste la grâce du Tout Puissant. Mais à cote de ça, on s’était préparé pendant deux mois et demi et ce que je retiens essentiellement est que pour que toute chose puisse réussir elle doit être bien préparée avant. Et aussi la chance que j’ai eu, c’est d’avoir la confiance de nos clients. Dès qu’on leur a présenté le projet, ils nous ont soutenus. Ce qui revient à dire que dans les affaires il faut créer un climat de confiance.

 

Akeza.net : Si vous nous parliez en profondeur de votre expertise avec PSI ?

 

Frida : Avec l’équipe de PSI, ce fut encore la même chose. Les dirigeants nous ont fait confiance. Dès qu’on leur a montré qu’on pouvait donner une approche différente à la sensibilisation sur les problématiques de la santé à savoir le VIH et le paludisme. Nous avons proposé  une approche marketing et ça les a touchés. Ce n’est pas un médecin qui vient et dit « Attention ! Vous allez attraper cette maladie. » On a créé un concept, on a dynamisé l’activité pour qu’elle soit agréable.

 

Même si on a travaillé à trois reprises, ce n’était pas facile de changer la mentalité des burundais car il y a certains jeunes qui se disaient qu’ils pouvaient se passer du préservatif et d’autres disaient qu’ils savaient l’utiliser alors que c’était faux. Il y avait d’autres qui avaient des préjugés sur les gens sur le SIDA, il fallait briser tout ça. Ils disaient tel a le Sida et on leur disait tel qui a le Sida tu ne le connais pas, ça peut être ton frère, ta sœur ou ton parent. Donc il y avait pas mal de clichés qu’il fallait briser à travers ces campagnes.

 

Akeza.net : Y’a-t-il des personnes que vous qualifiez d’importantes dans votre entourage qui donnent corps à vos projets ?

 

Frida  : Oui, même s’ils ne donnent pas corps à nos projets mais qui devraient être là ce sont les banques. Normalement, c’est la banque qui devrait dire: « Cette entreprise est partielle il faut que je travaille avec elle. » Mais ici au Burundi c’est l’inverse. C’est nous qui devons aller dans la banque pour leur demander si on peut leur faire gagner de l’argent. Donc il y a un problème de ce côté.

 

Si non il y a énormément de gens qui comprennent ce que nous faisons. Par exemple j’aime l’encadrement que je reçois de la CFCIB, j’aime aussi parler avec quelques anciens chefs d’entreprises, et il y a encore l’incubateur BBIN. Là maintenant, j’espère que je vais chercher un mentor c’est à dire un coach personnel qui peut m’aider à développer mes affaires et là internet va intervenir parce que je ne peux pas me le trouver ici à Bujumbura.

 

Akeza.net : Quels sont vos perspectives pour l’avenir ?

 

Frida : J’ai un milliard de projets. Le premier est d’aider les femmes entrepreneurs à sortir du noir pour pouvoir produire des produits exportables. Le second, je veux que la diaspora s’implique dans le développement des entreprises au Burundi. Je veux que ces jeunes burundais se trouvant à l’étranger amènent leurs capacités et leur expertise au pays. Soit ils créent leurs entreprises où ils investissent dans les entreprises qui sont déjà en place. Ce dernier projet m’est venu à l’esprit grâce aux conseils de Mr Prime NYAMOYA, ancien DG de la BCB, qui m’a parlé de cette initiative. Mais je n’ai pas encore trouvé toute une équipe qui va y travailler mais ça fait partie de mes projets clés pour cette année. Et puis , je dois travailler dur pour que BAC atteigne le chiffre d’affaires dont je vous ai parlé, le million de dollars. (Rires !)

 

Akeza.net : Auriez-vous un message  pour la femme burundaise en particulier et la femme africaine en général ?

 

Frida : Je dis à la femme burundaise qu’elle arrête de se plaindre, qu’elle travaille avec les autres. Si le système bancaire n’est pas disponible, on peut toujours se mettre à plusieurs et créer des projets qui rapportent. Et surtout il faut commencer à produire à partir des produits locaux. J’invite toute femme à fabriquer quelque chose. On ne peut plus continuer à importer. On ne doit importer que des produits où nous avons zéro capacité de connaissances technologiques mais tout le reste il faut qu’on en fabrique. Le Burundi regorge de produits qui sont très demandés à l’étranger qui ont un goût spécial mais il faut les transformer.

 

Akeza.net : Petit coup d’œil sur votre vie privée, à part le travail qui vous passionne, qu’est-ce qui vous rend heureuse ?

 

Frida : Ma vie de famille ! Donc avec la complicité de mon meilleur ami qui est mon mari et nos deux enfants. On forme une équipe qui est au top ! (Rires !) It’s a win win team ! (Rires !). Si je n’avais pas un mari qui me laisse entreprendre mais qui serait là pour me dicter quoi faire, je ne pense pas que je serais arrivée où je suis aujourd’hui. Et d’ailleurs je tiens à le remercier beaucoup car il m’aide comme il le peut. Il y’a aussi mes enfants qui me redonnent  le sourire quand j’ai un malaise, que je forme aussi pour qu’ils deviennent le meilleur Burundi de demain.

 

Akeza.net : Femme d’affaire, était-ce votre soif d’enfance la plus tenace à propos de ce que vous vouliez faire dans la vie ?

 

Frida : Pas exactement ! Je voulais faire les journalistes mais aussi je me voyais quelque part comme entrepreneur. Vous savez aujourd’hui avec les nouvelles technologies, tout le monde veut être connu. Il y a même certaines personnes qui sont prêts à faire n’importe quoi pour être célèbre. Il faut lutter contre ça. Avant tout, c’est ce que tu vas apporter au monde qui compte le plus, ce que les gens vont garder de tes réalisations. A l’écran, je voulais émettre l’information mais mon destin était dans les affaires. Ce changement m’a plu car j’avais cette face quelque part dans mon cœur.

 

Akeza.net : En 4 mots, pourriez-vous nous définir l’univers de votre agence de communication ?

 

Frida  : Promotion, Analyse du marché, Recherche de clients et Communication.

 

En effet, si vous voulez faire connaitre votre entreprise ou vous-même, on peut vous aider. Ou bien encore si vous voulez promouvoir un produit quelconque.

 

Akeza.net : Nous sommes arrivés au terme de notre entretien, avez-vous un mot de fin concernant l’entreprenariat féminin pour les Akezanautes ?

 

Frida : Je recommande à toutes les femmes de s’inscrire dans des organisations. Ne restez pas enfermer dans votre coin. Inscrivez-vous à l’AFAB, dans une agence de mannequinat,… du moins là où vous vous sentirez mieux pour pouvoir faire quelque chose. Et là vous aurez l’information gratuitement même si vous n’avez pas de moyens. Moi quand j’étais stagiaire c’est là où j’ai rencontré mes futurs patrons. Je discutais avec des clients et là ils me laissaient leurs cartes et le lendemain j’allais leur demander un travail. Aussi, je lance un appel vibrant aux hommes de laisser leurs femmes entreprendre et si possible qu’ils les aident. En un mot comme en cent, « Femmes burundaises, femmes africaines, BOUGEZ parce que demain est toujours meilleur qu’hier ! »

 

Akeza.net : On vous remercie pour l’entretien !

 

Frida  : Merci à vous !

Frida Umurerwa au African Women's Entrepreneurship Program (AWEP) (www.akeza.net)

Frida Umurerwa au African Women’s Entrepreneurship Program (AWEP) (www.akeza.net)

 

Propos recueillis par Leis-Bruel Bryga

 

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