Événement de mode : La révolution des provinces

Événement de mode : La révolution des provinces

Miss Kugasaka, Miss Kayanza, Cibitoke  Rising Fashion Show, Miss Ngoma ou encore Miss Soko-Bururi. Tous ces événements de mode ont un seul point commun : celui de se passer à l’intérieur du pays. Dans un Burundi où les plus grands événements de mode sont concentrés dans la capitale Bujumbura, les provinces semblent lancer une révolution en s’appropriant le secteur à leur manière. Est-ce un effet de mode ou sommes-nous vraiment en train d’assister à une démocratisation du secteur de la mode et de la beauté au Burundi ?

 

Appropriation

Cela ne serait pas abusif de dire que Bujumbura a toujours cristallisé autour d’elle les événements de mode les plus importants. Que l’on parle de Miss Burundi, des agences de mannequinat ou des Fashions Show les plus intéressants, la capitale économique reste la plaque tournante du secteur. Seulement, si les mannequins sont plus vus et reconnus à Bujumbura, les provinces ne sont pas dépourvues de talents. Et au lieu de le dire, les jeunes des provinces ont décidé de passer à l’action et de mette aujourd’hui en avant le savoir-faire en la matière.

Loin d’avoir les moyens dont peuvent disposer les organisateurs d’événements de Bujumbura, les concours faits en province ont le mérite de faire les choses selon leurs moyens. On pourrait leur reprocher une organisation bancale, de l’inexpérience voire de l’amateurisme dans l’organisation, ces derniers auront le mérite d’oser. Sans toujours maîtriser le fonctionnement de ce vaste domaine, ils s’approprient les codes d’une culture qui ne leur était pas attribué à la base pour en faire la leur. Un courage que l’on devrait saluer. Cette volonté d’action permet aujourd’hui d’attirer l’attention sur eux et surtout sur ce que leurs provinces peuvent offrir dans le domaine de la mode.

L’un des premiers événements à réellement attirer l’attention du grand public est le concours « Miss Kugasaka ». L’événement existe à Ngozi depuis 2015 et a connu un pic de popularité en 2020. Organisé par un jeune homme soucieux de mettre en avant les beautés, mais également le savoir-faire des jeunes de sa province, l’événement est devenu progressivement l’un des événements marquants de l’année. Du moins en cette année 2020. Une initiative courageuse qui reste une preuve que la mode n’est pas l’apanage des seuls jeunes de Bujumbura.

A côté de Miss Kugasaka, nous pouvons également citer Miss Kayanza, qui malgré une grosse polémique, aura réussi à faire parler de l’événement et de sa province. Comme diraient certains, toute publicité est bonne à prendre. Il y a également le Cibitoke Rising Fashion Show qui, plus qu’un concours de beauté, est une sorte de vitrine pour les talents de la province en matière de mode. Nous citerons également Miss Ngoma, qui met la lumière sur la province de Gitega ou encore Miss Soko-Bururi, qui devrait voir le jour bientôt. Le mouvement semble bien se lancer.

 

Mettre la lumière sur les jeunes de province

Même si les raisons de toute cette vague semblent évidentes, certains d’entre eux ne s’empêcheront pas de se questionner. Nous avons posé la question à Destin NIYUNGEKO, organisateur du Cibitoke Rising Fashion Show et il nous explique.

« En organisant cet événement, l’objectif est d’élargir le spectre de la mode au Burundi en allant dans les provinces. Il y a beaucoup de jeunes qui vivent en province et qui ont des talents qui méritent d’être vus. C’est aussi une manière de faire découvrir aux Burundais le travail des stylistes locaux. Il est important de montrer au public que la mode ne se limite pas qu’à Bujumbura », nous explique Destin qui a travaillé avec des mannequins de Cibitoke pour l’organisation de cet évènement. Mannequin, lui-même, ayant participé à des événements d’envergure dans la sous-région, il souhaite ouvrir les portes du mannequinat régional à ces jeunes.

Cet exercice semble porter des fruits puisque, selon Destin, certaines agences ougandaises s’intéresseraient à certains des mannequins ayant pris part au Cibitoke Rising Fashion Show.

Les concours de beauté en province sont également un moyen de mettre en avant les valeurs culturelles burundaises. C’est le cas de Miss Ngoma qui met l’accent sur la culture burundaise et sa beauté. Ces événements sont aussi une occasion pour les participantes d’avoir accès à des opportunités professionnelles. C’est ce qu’expliquait Blaise P. NSHIMIRIMANA, organisateur de Miss Kugasaka, en affirmant que le concours avait permis aux gagnantes de signer des contrats avec des entreprises, en plus des prix reçus lors de cette compétition. En gros, une occasion de changer de vie.

Au final, même si l’organisation de ces événements reste loin d’égaler ceux de Bujumbura, elles ont le mérite d’exister et de vendre une nouvelle image du Burundi. Vivement que cela se démocratise en offrant une palette large et variée du savoir-faire burundais en matière de mode et de beauté.

Des initiatives à saluer et soutenir !

 

Moïse MAZYAMBO

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