Evelyne NIJIMBERE, cette jeune poétesse burundaise qui agrémente les noces par ses déclamations en kirundi

Evelyne NIJIMBERE, cette jeune poétesse burundaise qui agrémente les noces par ses déclamations en kirundi

Evelyne NIJIMBERE agrémentant les noces par ses récitations en kirundi.©DR

Rares sont les poétesses burundaises qui font leurs vers en kirundi, à la manière de nos aïeux. Pourtant Evelyne NIJIMBERE, séduite par  la douceur de sa langue maternelle et la  richesse en allitérations, assonances, métaphores et d’autres figures de style de la poésie traditionnelle, ne s’est même pas posé la question deux fois. Elle a choisi de faire la poésie de nos ancêtres en kirundi et de la dédier aux nouveaux-mariés.

Aujourd’hui Evelyne NIJIMBERE a 23 ans. Voulant remettre au goût du jour la saveur de beaux vers de nos ancêtres, Evelyne NIJIMBERE agrémente les noces par ses récitations en kirundi. Pour l’occasion, elle se met en habits d’apparat traditionnels, met des bracelets et des bandeaux de front appelés « ibitāko » et un bâton entre ses mains pour faire plaisir aux nouveaux-mariés.

 

Comme Evelyne NIJIMBERE déclame pour exalter les nouveaux mariés et les faire exulter de joie au jour de leur mariage, elle compare sa poésie à « amazina y’ubuhizi » (poésie épique, dont un guerrier burundais se servait autrefois pour vanter sa famille, ses exploits sur le champ de bataille ou pour exprimer et adresser ses éloges au roi ou au prince)

 

Ses débuts

Le chant (uruvyino) passionne Evelyne NIJIMBERE depuis qu’elle étudie en 8ème année. Elle avait 15 ans. La poésie traditionnelle ne tarde pas à l’extasier et à chaque fois, elle veut comprendre chaque mot kirundi qui lui semble difficile.

Le 29 décembre 2017, elle déclame ses vers pour la première fois dans les cérémonies nuptiales de Pacifique RUBERINTWARI et Mélyse MAHORO (son amie). C ‘était juste deux mois après avoir essayé de composer quelques vers en kirundi pour les nouveaux-mariés. Elle veut donc tester si elle est capable de conquérir le public au point d’être acclamée et, par après, se frayer le chemin dans cet art de faire plaisir. « Je voulais vérifier que je peux bien déclamer et être applaudie pour continuer. Miraculeusement, j’ai bien déclamé et j’ai eu un tonnerre d’applaudissements. J’ai alors continué», raconte-t-elle.

 

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Une poétesse fière de son art!

La jeune poétesse NIJIMBERE fait plaisir aux nouveaux-mariés à Bujumbura tout comme à l’intérieur du pays. « Après ma récitation à l’intérieur du pays, différentes personnes me félicitent et m’encouragent, surtout les vieillards qui me voient déclamer en portant des habits traditionnels (urubega)», s’enthousiasme-t-elle.

Avant qu’elle rédige ses vers, NIJIMBERE rencontre avec le couple à qui elle va les dédier. Elle en explique les raisons: «Je ne peux pas composer les mêmes textes pour tous les couples alors qu’ils sont différents. Je ne peux pas par exemple dire que telle épouse a un diastème sans être sûre qu’elle en a un».

Rédiger des vers pour un couple est devenu une habitude, ce qui lui semble facile aujourd’hui. Elle estime avoir agrémenté de ses vers plus d’une centaine de mariages depuis 2017.

A part que la poésie qu’elle fait lui profite et l’aide à subvenir à ses besoins sans oublier qu’elle aide sa famille, Evelyne confie que c’est sa passion. Grâce à cette poésie, elle a pu acheter une vache qui, aujourd’hui, a une génisse. Elle nous explique pourquoi elle a pensé à acheter une vache : «J’adore beaucoup les vaches parce que j’ai grandi en les voyant chez nous».

Comparant « amazina y’ubuhizi» aux poèmes qu’on récite en classe, Evelyne se défend et rétorque à certains hommes qui s’étonnent de voir une fille réciter de la poésie traditionnelle: « « amazina » n’est pas récité par un genre mais par celui ou celle qui en est capable».

 

 

 

A la question de savoir si elle a  fait des recherches à propos des femmes qui récitaient « amazina y’ubuhizi » autrefois, elle dit que non. Mais elle fait savoir qu’elle n’est pas la première fille à déclamer « amazina y’ubuhizi ». Elle donne l’exemple d’un certain Dr Chantal et une certaine Aline (qui est en Angleterre actuellement).

Evelyne NIJIMBERE revient sur la poésie traditionnelle. Elle énumère ses différentes formes  à savoir la poésie pastorale, la poésie de chasse, la poésie adressée au mortier, la poésie adressée à la houe et bien d’autres. Et d’expliquer : « Autrefois, seuls les garçons allaient paître les vaches, d’où la poésie pastorale était réservée aux hommes uniquement ».

Quant à sa poésie, ce qui la distingue de ces formes ci-haut citées, c’est qu’elle est adressée  aux nouveaux mariés, au jour de leurs noces. Elle révèle que tout ce qu’elle fait dérive de son talent d’où elle est fière de son art et y voit son avenir tant que Dieu lui prête vie.

Il est à noter qu’Evelyne NIJIMBERE est si investie dans l’art de faire plaisir à tel point qu’en plus de la poésie, elle est aussi férue de chants traditionnels (imvyino) qu’elle entonne dans les fêtes de mariage (au moment de la levée de voile : gutwikurura). Elle apprend cela à tous ceux qui le veulent.

 

Melchisédeck BOSHIRWA

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