Etre artisan et entrepreneur c’est possible au Burundi

Etre artisan et entrepreneur c’est possible au Burundi

Marco Ziliotto, Représentant légal de VIS Burundi ©Akeza.net

Au Burundi, comme un peu partout en Afrique, l’artisanat et l’entreprise son 2 concepts qui ne marchent pas ensemble.  Souvent cantonné à la petite production, les artisans n’ont pas vraiment la réputation d’évoluer dans un système économique appelé à grandir. Cependant, cela est possible. C’est la raison pour laquelle l’ONG VIS (Volontariato Internazionale per lo Sviluppo), une organisation italienne évoluant dans le domaine du développement, a animé un séminaire sur l’artisanat et l’entreprise. Un moyen de prouver aux artisans burundais et aux professionnels du secteur économique burundais que les 2 secteurs sont effectivement associables. Cela s’est tenu ce mardi 13 août 2019 à la Détente.

 

L’objectif principal de ce séminaire d’une journée était de montrer, à l’aide d’exemple, la possibilité d’être artisan tout en développant un système économique efficace, basé sur l’entreprenariat tout en gardant l’artisanat au centre de l’activité économique.

Pour illustrer de manière concrète cette évolution, Marco Ziliotto, représentant légal de VIS au Burundi a présenté le cas de l’entreprise Resteghini. Une entreprise familiale passée maitre dans la fabrication de composantes en métal de tout type. Créée en 1955, cette entreprise est partie d’un simple atelier de traitement artisanale du métal à une entreprise professionnelle à la pointe de la technologie dans son domaine. Au fur de son évolution, l’entreprise Resteghini (du nom de son créateur) a réussi à créer un modèle économique prospère, tout en gardant son identité propre insufflée à sa création il y a 60 ans. Faisant la part belle, et avec une dose d’efficacité, entre innovation technologique et artisanat.

Dirigée aujourd’hui par la 3e génération de la famille, elle est un bon modèle d’entreprenariat et de savoir-faire que devrait avoir tout artisan à en croire Mr Ziliotto. La preuve qu’artisanat et entreprise sont 2 concepts tout à fait capable de s’allier.

Mais alors, comment faire la jonction entre ces 2 concepts et créer un écosystème prospère ?

Au cours de sa présentation, Marco Ziliotto a résumé les facteurs de succès en 6 points

  • Les ressources humaines : une activité économique appelée à prospérer doit disposer d’un personnel suffisant pour livrer un produit de qualité. Cette main d’œuvre doit également disposer des compétences adéquates pour réussir. Des compétences qui passent également par la formation en entreprise qui permet au personnel de continuellement accroitre les compétences dans son secteur d’activité
  • Le professionnalisme et la fiabilité : pour satisfaire ses clients, l’artisan qui désire agrandir son activité économique doit avoir la capacité d’offrir un service professionnel et de qualité
  • L’esprit entrepreneurial : en effet, pour grandir il faut investir. Ce qui sous-entend la capacité de réfléchir en entrepreneur et accepter de prendre des risques pour faire avancer son activité.
  • L’innovation et l’automation : innover et proposer régulièrement de nouveaux produits, système et service innovant est important pour tout celui qui désire grandir et développer son entreprise. Dans le même registre, faire appel à l’automation est un passage important. Plus de 2 siècles après le début de l’ère industrielle dans le monde, les artisans ont très souvent fait appel à la technologie pour évoluer. L’ajout d’outils automatisés pouvant alléger la charge de travail pour le personnel et d’avoir un gain de temps est un atout majeur. Certes, la machine ne remplacera pas l’humain mais elle a la capacité de lui faciliter au quotidien.
  • L’efficacité et la passion : il est également important pour un entrepreneur d’offrir un travail de qualité fait avec efficacité, fait avec de la passion puisque cette dernière est l’une des clés de la persévérance.
  • La bonne relation : un bon client est celui qui revient vers nous toutes les fois dont il a besoin de notre service. Et pour fidéliser sa clientèle, il va de soi qu’une bonne relation avec ces derniers soit des plus correctes. Poussant le client à nous choisir sur la durée.

Autant de choses qui une fois adoptées permet de passer à un niveau supérieur.

L’objectif n’étant pas de faire un calque identique au modèle italien, l’association de l’esprit entrepreneurial à l’artisanat doit tenir compte du contexte socio-économique burundais.

Permettre aux artisans de créer une économie viable, efficace, créatrice de richesse et pourvoyeuse d’emploi. Ce qui serait un soutien à l’économie locale. L’exercice, certes n’est pas facile mais possible. Pour autant que l’on prend la résolution de s’y atteler. Un esprit entrepreneurial qui s’appuie sur les avancées de la technologie.

Marco Ziliotto a donc exhorté les petits artisans, mais également les associations et les autorités à travailler pour rendre le secteur artisanal plus productif.

Notons par ailleurs que VIS Burundi, s’applique à venir en aide aux jeunes, aux artisans et autres acteurs économiques dans les communautés.

Présente au Burundi depuis 2002, cette organisation d’origine italienne a commencé à Buterere où elle a ouvert le centre de formation professionnelle de Don Bosco. Après VIS a élargi son intervention à Muramvya, Bubanza, Kayanza et Gitega. Depuis 2016, VIS en partenariat avec la Chambre Sectorielle d’Art et Artisanat (CHASAA) et l’Association des Employeurs du Burundi (AEB) exécute le projet « Bâtir l’Avenir » dans les communes de Muha, Kayanza et Gitega, un projet de renforcement des Organisations de la Société Civile (OSC) financé par l’Union Européenne. Ce projet met en œuvre des activités de formation dans les métiers du secteur BTP (maçonnerie, carrelage, peinture, électricité, soudure, menuiserie, photovoltaïque, plomberie, ferraillage et coffrage) et 1700 jeunes ont été formés et sont en train d’être appuyés dans l’insertion sur le marché de travail tant en emploi salarié que dans le renforcement et/ou le démarrage des activités génératrices de revenus. Le projet est en train de tester en collaboration avec les centres d’enseignement des métiers, les artisans et les entreprises la formation par alternance, à travers des cours d’apprentissage directement sur le lieu de travail.

 

Moïse MAZYAMBO

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