Entretien exclusif avec Eric BIRIBUZE, récipiendaire du prix de l’ingénieur noir de l’année 2018 aux USA

Entretien exclusif avec Eric BIRIBUZE, récipiendaire du prix de l’ingénieur noir de l’année 2018 aux USA

Né au Burundi, Eric BIRIBUZE a grandi dans le quartier populaire de Ngagara avant de s’envoler pour la chine pour continuer son éducation et de s’établir aux Etats-Unis d’Amérique. Agé de 50 ans, marié et père de deux enfants, Eric BIRIBUZE nous raconte son histoire du burundais au parcours typique au gagnant du prix de l’ingénieur noir de l’année 2018 aux Etats-Unis d’Amérique.

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Akeza.net : Vous avez grandi au Burundi et pour continuer vos études, vous  êtes allé en Chine en 1987, une époque où il n’y avait pas beaucoup de boursiers burundais. Comment tout cela s’est-il produit ?

Eric : J’ai grandi dans une famille de cinq personnes. J’ai fréquenté l’Athénée Primaire jusqu’en 3e année, après quoi j’ai été transféré à l’Ecole Primaire d’Application de l’ENE alias “Kopiko”. Au moment où j’ai terminé l’école primaire, je parlais couramment 3 langues, le Kirundi, le Swahili et le Français. J’ai toujours été un excellent élève. J’ai été classé deuxième au  concours national. A 19 ans, je connaissais et pouvais réciter tous les pays du monde, sa capitale et son chef; et je voulais voir chacun d’entre eux. En 1987, j’ai quitté le Burundi et je suis parti en Chine, devenant ainsi la première personne de ma famille élargie à se rendre en Chine. J’étais juste l’un des 10 étudiants à recevoir une prestigieuse bourse académique pour aller étudier en Chine. Dès mon arrivée en Chine, je savais que ma vie venait de changer, et pour réussir et avoir un impact, je devais saisir chaque défi comme une opportunité.

Akeza.net : Comment étaient vos débuts et premiers jours en Chine ?

Eric : En Chine, j’ai fréquenté l’Institut des Langues de Beijing, pour apprendre le chinois tout en me préparant au Collège. J’ai dû apprendre le chinois en anglais, une langue que je connaissais à peine, et j’ai fini par apprendre le chinois et l’anglais (un défi que j’ai plus tard transformé en une opportunité pour étudier aux États-Unis). J’ai ensuite entrepris une formation collégiale de sept ans apprenant tous les cours en chinois, une langue que je venais d’apprendre en neuf mois. J’ai fréquenté Northeastern University, dans la ville de Shenyang et la province de Liaoning, où j’ai obtenu un baccalauréat en génie industriel en 1992. J’ai continué et obtenu une maîtrise en 1995, avec concentration en Gestion des Systèmes d’Information (GSI). Ma thèse était intitulée: «Notation de crédit à l’aide d’un modèle de systèmes d’aide à la décision».

Akeza.net : Après la Chine, place aux Etats-Unis d’Amérique. Vous vous êtes vu offrir une bourse académique aux Etats-Unis, qu’avez-vous entrepris comme études ?

Eric : J’ai reçu une bourse académique complète assortie d’une assistance pour faire mon master à Appalachian State University. J’ai appris à devenir un citoyen du monde, ayant une conscience aiguë et une compréhension des cultures de l’hémisphère sud et oriental, j’apprenais maintenant et embrassais une toute nouvelle culture dans l’hémisphère occidental. Aujourd’hui, je parle  couramment 5 langues, le kirundi, le swahili, l’anglais, le chinois et le français.

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 Akeza.net : Vous avez eu un poste à Corning Incorporated, une entreprise américaine spécialisée dans la fabrication de verre et de céramique. En quoi consistait votre travail ?

Eric : J’ai rejoint Corning en 1997 à Hickory en Caroline du Nord. Quand j’ai appris la longue histoire des innovations Corning, en utilisant sa position de leader mondial dans la science des matériaux pour résoudre des problèmes difficiles et transformer la vie des gens, je savais que j’avais trouvé ma place. J’y travaille encore maintenant.

J’y ai commencé en tant qu’analyste international de crédit et au fil du temps j’ai reçu d’autres responsabilités : les finances, la fabrication puis la gestion de la gamme de produits stratégie ensuite le développement de nouvelles affaires dans différents sites aux États-Unis et au Mexique. Tout en prenant plus de défis.

Akeza.net : En 20 ans de carrière dans une même entreprise, quel est votre plus grande fierté et contribution ?

Eric : L’une de mes plus grandes contributions chez Corning était de coordonner le lancement réussi de la solution produit EDGE permettant à Corning d’étendre sa position de leader sur le marché des centres de données et l’adoption des solutions par les clients internationaux dans les secteurs bancaires et technologiques.

Pour m’assurer de la fabrication impeccable du nouveau produit que j’avais récemment lancé, je devais me rendre dans l’une des plus grandes usines de Corning au Mexique. Donc pour être efficace, j’ai décidé d’apprendre l’espagnol. Cette solution de produit EDGE a continué d’évoluer générant plus de 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires depuis son lancement en 2009.

Eric BIRIBUZE et sa famille lors de la soirée de remise des prix  

Akeza.net : Le 10 février dernier, vous avez eu l’honneur de recevoir le prix de l’ingénieur noir de l’année 2018 pour vos réalisations professionnelles. Quel est votre apport à la société burundaise?

Eric : Il y a quelques années, moi et un groupe de Burundais de la diaspora avons décidé de parrainer l’éducation d’un certain nombre des orphelins qui ont perdu leurs parents à cause du SIDA. Nous avons encadré 50 enfants et payé une bourse complète de 4 ans pour aller à l’université et tout le monde a eu son diplôme sauf deux d’entre eux. Après l’obtention de leur diplôme, nous les avons aidés à trouver un emploi et devenir de meilleures personnes.

 

Akeza.net : Un dernier mot à nos lecteurs?

Eric : Je cherche des opportunités qui impliquent des défis, même aujourd’hui. Et si vous vous lancez dans les défis en vous concentrant sur ce que vous savez faire de mieux et en apprenant tout ce que vous pouvez de vos expériences, tout est possible.

Mon parcours de vie a été un flot de défis qui sont devenus des occasions en or. Je suis venu dans ce grand pays pour poursuivre mes études et faire carrière chez Corning. Ma passion est d’avoir un impact positif et, depuis 20 ans, ce fut un privilège de contribuer au parcours innovant de Corning, tout en résolvant certains des problèmes les plus difficiles du monde et en aidant à transformer la vie des gens.

 

Propos recueillis par Miranda Akim’ 

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