Entretien avec un medecin hors du commun , l’ophtalmologiste Dr Lévi Kandeke

Entretien avec un medecin hors du commun , l’ophtalmologiste Dr Lévi Kandeke

Dr Lévi Kandeke avec son patient.©SEVA.CA

Dr Lévi Kandeke est un ophtalmologiste burundais  opérant à Bujumbura. Il est l’un des rares ophtalmologistes burundais qui se sont spécialisés dans le traitement des enfants. Dans un entretien qu’il a accordé au site SEVA.CA dédié à la prévention de l’aveuglement, il revient sur sa carrière, son choix de revenir au Burundi, ses joies et les défis qu’implique son travail. Une histoire, somme toutes extraordinaire.

 

Quand avez-vous su que vous vouliez être un ophtalmologiste ?

 

 Dr Lévi Kandeke : je savais depuis que j’avais sept ans que je voulais être un ophtalmologiste. J’étais très myope quand j’étais jeune et heureusement j’avais une famille bien éduquée qui a pu me prendre pour le seul ophtalmologiste au Burundi à l’époque. Quand je l’ai vu fixer mes yeux avec des lunettes, je lui ai dit «un jour je serai un ophtalmologiste aussi. »

 

Vous avez étudié et travaillé en Europe, qu’est ce qui vous a décidé de revenir au Burundi ?  Dr  Lévi

 

Kandeke : Oui, j’ai étudié l’ophtalmologie en Suisse et j’ai travaillé  pendant plusieurs années à Genève et à Paris, j’étais bien payé et je menais  une bonne vie. Mais deux choses m’ont donné envie de revenir. Tout d’abord, ma mère m’a appelé et m’a dit que ce n’est pas ce que je devais faire, que je devais rentrer à la maison parce que les gens là-bas avaient besoin plus de moi.  Deuxièmement, j’ai parlé à un ophtalmologiste de renom qui a travaillé avec l’OMS, et  il m’a dit que les meilleures années de sa carrière étaient quand il a travaillé dans le domaine au Cameroun, son pays d’origine. J’ai décidé donc de revenir pendant 1 an et voir comment ca se passe. Et je suis ne plus retourné depuis.

 

Quel a été ton processus de formation en pédiatrie ?  Dr Lévi Kandeke : D’abord je ne voulais pas suivre la formation en pédiatrie parce que je ne voulais pas être absent pendant si longtemps. Mais alors KCCO (Kilimanjaro Center for Community Ophthalmology) a envoyé un ophtalmologue pédiatre des États-Unis pour venir me former.  Nous avons fait une énorme campagne pour trouver des enfants qui avaient besoin d’une intervention chirurgicale et nous avons trouvé 200 enfants.

 

Pendant deux semaines, il a fait des chirurgies et j’ai regardé et appris. Dans les deux semaines, nous n’avons pas pu faire le tour des  200 enfants. Alors il est venu à nouveau deux fois de plus.  Lors de sa troisième visite, il se tourna vers moi et dit: « Et voilà, maintenant tu le fais mieux que moi ».

 

Pourquoi n’y a-t-il pas beaucoup d’ophtalmologistes pédiatres au Burundi ? 

 

Dr Lévi Kandeke : La plupart des ophtalmologistes ne veulent pas se former en pédiatrie parce qu’il n’y a pas d’argent dedans. Les familles des enfants nés avec des cataractes sont souvent très pauvres et ne peuvent pas payer pour les chirurgies, nous nous appuyons sur des ONG comme Seva pour aider ces familles à arriver à l’hôpital et obtenir une intervention chirurgicale.

L’anesthésie, les équipements chirurgicaux et les LIO pour les enfants sont également plus chers et les enfants ont besoin à long terme des soins de suivi. La plupart des ophtalmologistes préfèrent être formés dans la rétine ou un glaucome, car ils vont gagner plus d’argent dans ces spécialités.

 

Quel est l’un des plus grands défis avec le traitement des enfants ?

 

 Dr Lévi Kandeke : Faire une intervention chirurgicale sur un enfant est facile, faire le suivi avec eux est la partie difficile. Vous devez faire un suivi avec les enfants jusqu’à ce que leurs yeux cessent de grandir à l’âge adulte. Si nous ne suivons  pas, l’enfant sera aveugle à nouveau en aussi peu que 4 ans.  Donc, l’un des plus grands défis est de déterminer si  la  chirurgie vaut la peine, la probabilité d’être en mesure de revenir pour le suivi. Une des façons de le savoir est de demander à  leur mère « Combien d’enfants avez-vous? » ? «Quelqu’un peut prendre soin de vos enfants pendant que vous apporter cet enfant pour un contrôle ? » Parfois, nous devons payer pour l’ensemble de famille pour revenir à l’hôpital, juste pour faire en sorte qu’un enfant reçoive les soins dont ils ont besoin.

 

Quelle est ton souvenir préféré avec un patient ?   

 

Dr Lévi Kandeke : Il y avait une jeune fille de 14 ans qui avait le diabète et était aveugle. Parce qu’elle avait le diabète tout le monde supposait qu’elle était aveugle de la rétinopathie diabétique, ce qui signifiait qu’il n’y avait rien que nous puissions faire. A cause de cela, elle a refusé d’apprendre à prendre l’insuline, elle a dit qu’il n’y avait aucun espoir pour elle et ne voulait pas apprendre à prendre soin d’elle-même.

 

Quand je l’ai examinée, j’ai remarqué qu’elle avait effectivement des cataractes, un problème traitable. Cela peut parfois se produire avec des gens qui ont le diabète, ils développent des cataractes. Donc, nous avons fait la chirurgie de la cataracte, puis le lendemain, quand je suis allé vérifier sur elle, elle n’a pas été dans son lit. Elle était dans le couloir de la pharmacie apprendre à se donner l’insuline. Elle a dit qu’elle avait maintenant l’espoir pour son avenir et qu’elle voulait apprendre comment prendre soin d’elle-même.

 

Quel est le plus gratifiant dans le fait de traiter des enfants?   Dr Lévi Kandeke : Ils sont tellement excités une fois qu’on retire leurs bandages. Dans le cadre de notre système d’information, nous prenons des photos avec les enfants avec leurs bandages, mais souvent on les enlève d’abord pour vérifier les yeux des enfants, mais une fois qu’on les enlève, les enfants ne veulent plus qu’on leur mette le bandage, même pour l’image .

 

Avec Seva.ca

 

Traduit par Armand NISABWE

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