Entretien avec Audace NDAYIZEYE, Président de la CFCIB : coup de projecteur sur le climat des affaires au Burundi

Entretien avec Audace NDAYIZEYE, Président de la CFCIB : coup de projecteur sur le climat des affaires au Burundi

Audace NDAYIZEYE, Président de la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie du Burundi-CFCIB ©Akeza.net

La rédaction d’Akeza.net a rencontré le Président de la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie du Burundi-CFCIB. Audace NDAYIZEYE revient sur l’environnement des affaires en général, les défis et les opportunités pour le business au Burundi. Il nous parle aussi des opportunités dans le secteur de l’agriculture, les problèmes récurrents avec les  devises, les défis par rapport à l’intégration régionale et les rapports avec le gouvernement.  

 

Akez.net : Quel est le rôle de la CFCIB  dans le monde des affaires au Burundi ?

Audace NDAYIZEYE : Le rôle de la CFCIB c’est tout d’abord d’encadrer les opérateurs.  Nous faisons également le plaidoyer pour que  l’environnement dans lequel les opérateurs économiques opèrent soit vraiment propice pour les affaires. Que ce soit au niveau des lois, au niveau des différents textes. Nous sommes en train de voir le positionnement de la CFCIB, des opérateurs économiques dans le contexte de l’EAC. Maintenant que nous sommes dans l’intégration régionale, il faut qu’il y ait ce positionnement. C’est pour cela que l’année passée j’étais  président de l’East Africa Business Counsil (EABC). C’est également une institution qui fait le plaidoyer pour le secteur privé au niveau de la communauté est-africaine.  Nous encadrons donc pratiquement tous les secteurs de la vie économique du pays. La chambre comporte 13 chambres dont 11 chambres sectorielles et 2 chambres transversales (l’Association des Femmes Entrepreneurs-AFAB et la chambre sectorielle des provinces).


Akez.net : Quels sont vos rapports avec le gouvernement ? Quand on parle de partenariat public-privé, qu’est-ce que cela implique ?

Audace NDAYIZEYE :Le partenariat, en fait, est la création de cet environnement propice. Vous voyez qu’il y a eu une loi qui est passée à l’assemblée nationale sur la faillite, comment on règle les problèmes de l’insolvabilité. Il y a également eu la loi bancaire, tout cela pour créer un environnement favorable. Nous sommes actuellement en train de discuter avec l’OBR sur différents textes qui vont être envoyés au gouvernement. C’est ça le partenariat, parce que quand il y a un problème nous nous asseyons ensemble et nous regardons comment est-ce que l’on peut améliorer l’environnement.

 

Akez.net : La CFCIB n’est ce pas un cadre pour les grands hommes d’affaires finalement ?

Audace NDAYIZEYE :Absolument pas. Si vous passez par la chambre sectorielle Art et Artisanat par exemple, vous verrez qu’il n’y a pas de grands hommes d’affaires. Nous comptons plutôt promouvoir les jeunes. Entendons par là quelqu’un qui se lance pour la première fois. Dans tous les pays, l’industrialisation a toujours commencé par l’artisanat. Nous capitalisons sur ces initiatives parce que celui qui est petit est appelé à devenir grand. Grace aux institutions qui nous soutiennent telle que la Banque Africaine de développement (BAD), nous mettons en place « l’espace de l’entreprise » où nous allons créer une sorte d’incubation pour les jeunes entrepreneurs parce que le métier d’opérateur économique est un métier continue et donc il faut surtout qu’il y ait des jeunes qui arrivent dans le métier.

 

Akez.net : Comment se présente l’environnement des affaires au Burundi ?

Audace NDAYIZEYE :Il y a des choses qui sont en place. Je pense que l’on avance, peut-être pas au rythme que l’on aurait souhaité.  Il faut comprendre le contexte dans lequel nous nous trouvons. Le Burundi est un pays enclavé, la plupart des produits que nous consommons sont importés, ce qui fait qu’il est très difficile de produire est d’être compétitif sur le marché international. Vu cet état des faits nous devons voir comment réduire les coûts pour être compétitifs. L’autre facteur est le déficit d’énergie, les devises. Nous reconnaissons aussi les efforts consentis par le gouvernement pour pallier à ces problèmes.

 

Akez.net : Quels sont les défis sur le plan du contexte  socio-économique et juridique ?

Audace NDAYIZEYE :En ce qui concerne l’arsenal juridique pour faire des affaires, je dirais que nous avons la base.  On n’a jamais tout parce que chaque fois que vous avancez dans les affaires, vous pouvez identifier un problème et vous le soumettez aux différents décideurs pour trouver une solution. Nous sommes en train de voir au niveau de la chambre fédérale comment créer une chambre spéciale d’arbitrage et de médiation. Au lieu de trainer dans les tribunaux 2 ou 3 ans, nous sommes en train de trouver un mécanisme qui fera en sorte que des petits conflits, et même les grands, puissent être résolus en moins de 3 mois, s’il y a la volonté. Tout cela est lié à l’environnement parce que l’environnement ce n’est pas seulement les lois que le gouvernement met en place mais c’est aussi la façon dont nous les opérateurs économiques, nous travaillons. Nous avons même revu nos textes pour que nous puissions être plus opérationnels et répondre beaucoup plus aux attentes de nos membres.


Akez.net : Quels sont les secteurs les plus porteurs pour les affaires au Burundi et pourquoi ?

Audace NDAYIZEYE : Le Burundi est d’abord un pays agricole et si nous parvenons à tenir c’est parce qu’il y a au moins la production agricole. Vous savez que c’est secteur qui emploie plus de 90% de la population, donc c’est un secteur qui donne de l’emploi et qui nourrit les gens. Il y aussi le secteur des minerais avec le nickel, l’or, les terres rares. Les nouvelles technologies offrent des opportunités considérables tout comme le tourisme. Malgré les défis à relever, ce sont des secteurs très prometteurs.


Akez.net : L’économie burundaise est largement tributaire de l’agriculture, qui emploie 90 % de la population. Pourtant on a l’impression que très peu de capitaux sont investis par les privés et reste une économie de subsistance. Qu’est ce qui explique cette réticence à investir dans ce secteur ?

Audace NDAYIZEYE :Il y a plusieurs problèmes, je suis moi-même dans le secteur et je me suis lancé dans la multiplication des semences parce que j’ai vu que le pays dépense beaucoup dans l’importation de semences alors qu’on peut les produire ici. L’agriculture, bien évidemment, a des défis. D’abord au niveau des banques ; les banques ont peur du risque. Lorsqu’il y a la sècheresse, que les récoltes partent, comment est-ce que celui qui a contracté le prêt va pouvoir rembourser ? Il y a les changements climatiques en plus de la variabilité du climat. C’est donc un secteur qui a des risques. Ailleurs, il y a des banques agricoles qui donnent des financements à des taux très intéressant et qui prennent en compte aussi le risque agricole. En Europe ou aux USA, les agriculteurs reçoivent beaucoup de subventions. Là où l’agriculture marche c’est que l’on injecte beaucoup de subventions. Ici cela commence à venir petit à petit. Vous savez que maintenant on subventionne les engrais, c’est déjà un pas. Je pense que très prochainement on va subventionner les semences.

Bien sûr si vous devez cultiver pour gagner, il faut de l’espace. Nous avons également cette contrainte. L’espace ici au Burundi est réduit. A titre d’exemple, pour un élevage de 20 vaches théoriquement il faut 20 hectares pour le fourrage. A cause de la pression démographique il est difficile de trouver de l’espace. Il y a aussi la contrainte de la maitrise de l’eau pour  pouvoir irriguer. Avec les engrais et les semences améliorées et la maitrise de l’eau et puis aussi la technologie appropriée car même pour l’irrigation il faut la technique. Vous savez Israël est un désert, mais ils ont les meilleures techniques d’irrigation au monde et ils atteignent les taux de production par unité de surface les plus élevés. Donc on n’invente pas la roue mais il faut plutôt la domestiquer.

 

Akez.net : On parle beaucoup de manque de  devises qui freinent votre business… Qu’en est-il ?

Audace NDAYIZEYE :Le Burundi n’a jamais eu suffisamment de devises, c’est à peine si on pouvait couvrir 20% de nos besoins d’importation. Le secret c’est que l’on a toujours essayé de bien gérer. Le problème des devises est donc structurel, depuis toujours. La balance de paiement a toujours été déficitaire. Allez dans une boutique et comptez les articles qui sont produits localement, il n’y en a pas. Même les aiguilles et les cure-dents sont importés.  Les devises provenaient beaucoup plus des aides, mais même ceux qui nous aident ont parfois des problèmes. Nous devons être beaucoup plus innovateurs, nous avons des potentialités, nous devons tout faire pour promouvoir les exportations et la matière ne manque pas.

 

Akez.net : Les hommes d’affaires burundais font-ils le poids face à ceux de la sous-région par rapport aux investissements hors du Burundi ? Dans quels domaines excellent-ils  et quels sont les difficultés qu’ils rencontrent ?

Audace NDAYIZEYE :Le Burundi est la plus faible économie de la région, même le PIB est le plus faible. Mais vous savez, c’est lorsqu’on est petit que l’on peut grandir. Nous avons beaucoup d’opportunités pour grandir. Et je reviens sur ce positionnement géographique qui constitue un avantage et qui peut nous permettre de grandir, de forger notre place au niveau de la région. Nous avançons dans l’agroalimentaire. Par exemple le lait consommé il y a quelques temps provenait de l’Ouganda mais aujourd’hui les burundais ont conquis le marché local. Il y a aussi des burundais qui sont établis partout dans la sous région et qui progressent. Il y a des initiatives qui commencent à venir et il faut capitaliser cela.

 

Cependant, nous avons en matière de business, des lois que nous devons harmoniser avec l’ensemble de la communauté pour que nous puissions, par exemple, vendre facilement dans la sous-région. Je dois vous dire que faire entrer des produits burundais en Tanzanie est très difficile. La brasserie a passé beaucoup de temps pour pouvoir être autorisé à vendre des produits Brarudi sur la Tanzanie. Pour d’autre produit, cela demande beaucoup de temps. Ils sont exigeants au niveau des normes.

Ils se réfugient derrière les normes  de qualité mais je pense que c’est beaucoup plus pour protéger le business. Nous sommes dans la communauté, il y a le territoire douanier unique, le marché commun, donc nous sommes dans un ensemble qui doit travailler sans exclusion, nous devons assurer la libre circulation des biens, des services et des personnes. Au niveau des personnes il n’y a plus de problème mais  au niveau de biens il y a encore quelques difficultés.  Je dirais aussi que nous avons besoin de lois  qui puissent promouvoir et favoriser l’entreprenariat local.

 

Akez.net : Bon nombre d’hommes d’affaires au Burundi  sont accusés de ne pas bien respecter la loi par rapport au traitement de leurs employés surtout en ce qui concerne la sécurité sociale donc veulent bien rester dans l’informel. Quels en sont les causes et comment s’en sortir ?

Audace NDAYIZEYE:C’est une question de culture. Nous pensons que si quelqu’un ne respecte pas le code du travail et fait travailler des gens qui ne sont pas rémunéré convenablement, c’est une question d’éthique et de professionnalisme.  Nous remarquons aussi que le code du travail est vraiment un obstacle dans certains cas surtout quand il protège des employés incompétent. Dans tous les cas, c’est le travail qui est au centre de la productivité et si la productivité augmente, je pense que les entrepreneurs devront répondre correctement.

 

Akeza.net : Nous vous remercions

Audace NDAYIZEYE : Merci à vous aussi

 

 

Propos recueillis par Elvis NDAYIKEZA et Moshé MAZYAMBO

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