Enjeux régionaux : le Burundi a-t-il encore besoin de la CEPGL pour son développement ?

Enjeux régionaux : le Burundi a-t-il encore besoin de la CEPGL pour son développement ?

La rivière Rusizi qui se déverse dans le lac Tanganyika.©Akeza.net

A l’heure où l’intégration au niveau de la communauté est africaine (CEA) et de  la SADEC avance à grands pas, une certaine opinion se demande pourquoi le Burundi aurait besoin de la CEPGL pour se développer. Alors que l’organisation est limitée à trois pays (le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo), elle fait face à une série de difficultés qui freinent l’intégration. Les crises socio-politiques à répétition dans la région sont en grande partie à l’origine du mauvais fonctionnement de l’organisation. Depuis 2007, des initiatives de relancer  cette organisation sont en cours sous la supervision de la Belgique. Malgré ces problèmes, selon une étude de l’Institut de Développement Economique du Burundi(IDEC), il s’avère que le Burundi a beaucoup à gagner si ce projet d’intégration vieux de plus de 40 ans se concrétise.

La Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) a été créée le 20 septembre 1976. Les trois pays à la base partagent  non seulement un même espace géographique mais surtout des liens historiques et culturels évidents. Quatre objectifs majeurs étaient à la base de la création de cette organisation :assurer la sécurité des Etats et de leurs populations, développer les projets d’intérêt commun, promouvoir et intensifier les échanges commerciaux et la circulation des personnes et des biens. Il s’agissait aussi de coopérer de façon étroite dans les domaines sociaux, économique, commercial, scientifique, culturel, politique, militaire, financier, technique et touristique, en matière judiciaire, douanière, sanitaire, énergétique, de transport et télécommunication.

Des acquis importants avec un potentiel énorme

Dans certains domaines, la CEPGL aura été un facteur incontournable pour le développement de ces trois pays concernés. Comme le rappelle Réné Nsabimana, chercheur professionnel à l’IDEC, c’est surtout le domaine de l’énergie, de l’agriculture, la circulation des personnes et des échanges commerciaux où on trouve des résultats très positifs. Ainsi, quatre organismes spécialisés ont vu le jour : l’Energie des Grands Lacs (EGL) pour  assurer la coopération des Etats dans le domaine de l’énergie, la Société Internationale pour l’Electricité des pays des Grands Lacs (SINELAC) en vue de gérer et exploiter la centrale hydro-électrique de Ruzizi II mais aussi assurer la commercialisation de l’énergie, l’institut de recherche agronomique et zoologique (IRAZ) pour la recherche dans les domaines agronomiques et de la zootechnie, la Banque de Développement des Etats des Grands Lacs (BDEGL) qui était destiné au  financement des projets communs, communautaires et nationaux assurant l’intégration économique. A part la banque, les trois autres projets continuent à fonctionner même si ce n’est pas de façon optimale.

Les trois pays disposent d’un potentiel énorme en matière énergétique avec un sol et sous-sol riches en ressources forestières, minières et minéralogiques. Les ressources en eau sont parmi les plus riches du monde avec la  Ruzizi, le  Lac Tanganyika, le Lac Kivu, etc ce qui donne des ouvertures sur l’énergie électrique et photovoltaïque, gaz méthane etc. Sur le plan commercial, la population des trois pays constitue un marché potentiel non négligeable.

Des échanges commerciaux entre Etats qui continuent malgré les crises socio politiques

Réné Nsabimana montre qu’avec le retour de la paix au Burundi, les échanges avec le Rwanda ont largement augmenté surtout en ce qui concerne les exportations. De même avec les années 2011, les importations ont explosé. Toutefois, depuis 2015, il y a un recul notable au niveau des échanges entre les deux pays.

 Avec la RD Congo, à partir de 2012, les exportations du Burundi  ont fortement augmenté alors que les importations en provenance du même pays commencent à chuter à partir de la même période.

Il faut aussi noter que l’une des grandes réalisations de la CEPGL c’est d’avoir permi la libre circulation des personnes avec le traité signé en 2011. A cet effet, cinq documents de voyage peuvent être utilisés : la Carte Nationale d’Identité pour les populations des zones frontalières; le laissez-passer tenant lieu de passeport;le passeport national; l’Autorisation Spéciale CEPGL de circulation CEPGL délivrée par les Services des Migrations des Etats membres; la Carte spéciale CEPGL délivrée par le Secrétariat Exécutif de la Communauté aux fonctionnaires du Secrétariat Exécutif Permanent et des organismes spécialisés de la Communauté et à leurs ayant droits.

Des défis à surmonter

La stabilité politique et la sécurité aux frontières communes entre les trois Etats est le défi le plus difficile à surmonter. Aussi, cette stabilisation politique des Etats membres pourrait restaurer la confiance entre les Etats membres et promouvoir la bonne  gouvernance. L’appartenance à plusieurs organisations régionaux pour les trois pays peut-être un frein si jamais les décideurs nationaux ne parviennent pas à harmoniser leur vision sur le rôle et l’avenir de la CEPGL. Les pays membres devraient aussi s’acquitter des arriérés de cotisations qui s’élèvent en millions de dollars.

Elvis NDAYIKEZA

 

Comments

comments