Education : L’école fondamentale, une bonne réforme éducative anticipée ?

Education : L’école fondamentale, une bonne réforme éducative anticipée ?

La réforme de l’école fondamentale au Burundi, qui consiste à faire passer l’école primaire de 6 ans à 9 ans d’études, a été initiée en 2013. L’objectif était de former des jeunes capables d’entrer directement dans la vie active. Actuellement, quelques problèmes hantent cette réforme. Ces problèmes sont liés notamment aux grands effectifs d’élèves dans les salles de classe, à l’insuffisance d’enseignants qualifiés, à l’insuffisance de locaux, à un manque d’outils pédagogiques ainsi qu’à un déficit d’écoles professionnelles pouvant accueillir les élèves qui échouent la 9ème, ce qui accroît énormément le taux d’abandons scolaires et de chômage au Burundi.

 

Selon Professeur Joseph NDAYISABA, professeur à la faculté de Psychologie et Sciences de l’Education à l’Université du Burundi, la réforme de l’école fondamentale découle d’une décision au niveau africain (Union Africaine). Pour lui, cette réforme était opportune.  « Les chefs d’Etats ont pris des décisions sur l’extension de l’enseignement de base de six ans à neuf ans pour que les enfants terminent le cycle en âge de travailler, pour leur permettre de vivre même s’ils ne continuent pas les études mais aussi pour que les enfants qui ne parviennent pas à continuer les études contribuent au développement. C’est ça l’école fondamentale », nous fait-t-il savoir.

 

Le nœud du problème

 

Professeur Joseph NDAYISABA estime que la réforme a été mise en place d’une façon précipitée. « Les préparatifs de base n’ont pas été mis en œuvre. En fait, la réforme aurait dû se faire en même temps que le développement intense des écoles de métiers et des écoles professionnelles. Sans alternatives vers d’autres parcours scolaires, les parents et les enfants sont découragés, démotivés… Les enfants échouent la 9ème alors qu’ils ne savent rien faire », nous instruit-t-il

 

Professeur Joseph NDAYISABA. ©Akeza.net

 

Selon professeur NDAYISABA, pour faire une telle réforme dans un système éducatif, ça devait prendre du temps. « Il fallait au moins cinq ans pour réfléchir, former ceux qui vont mettre en place et conduire la réforme, former les enseignants, produire les outils pédagogiques, sensibiliser tous les partenaires, mettre d’accord tout le monde sur la pertinence de la réforme, puis expérimenter », nous fait-il remarquer.

 

La réforme est arrivée à la suite de l’universalisation de l’enseignement (mettre tous les enfants à l’école). Les ressources en infrastructures, en enseignants, en matériels d’enseignement n’ont pas suivi le rythme de la massification des effectifs. Aussi, le nombre d’années de formation des enseignants de l’enseignement de base a été revu à la baisse : de D7 avec une formation de 4 ans à la fin du collège, à D6 avec une formation de 2 ans. Professeur NDAYISABA indique que cela explique les lacunes qui se remarquent au niveau de l’école fondamentale. « Cette massification et ces enseignants faiblement qualifiés ont hypothéqué la qualité de l’enseignement. C’était extrêmement compliqué. Il y a des méthodes pour enseigner des classes nombreuses mais les enseignants ne sont pas préparés pour ça, et les écoles ne sont pas équipées», regrette-t-il.

 

Et de renchérir : « Ce sont donc ces élèves qui ont appris dans ces classes surchargées, avec des enseignants qui ont une formation faible, pratiquement pas de matériels pédagogiques, et très peu de livres, que nous avons aujourd’hui dans nos universités. On entend souvent les gens affirmer que la qualité de l’enseignement a sérieusement baissé. Que le français parlé ou écrit par nos élèves et étudiants est plus qu’approximatif. C’est en fait le résultatd’un choix politique, qui visait un objectif tout à fait pertinent : scolariser tous les enfants en âge de l’être, pendant 9 ans. Ce choix ne pouvait pas ne pas avoir d’impact sur la qualité, au regard des faibles capacités du pays à financer cette qualité, qui coûte cher, c’est bien connu».

 

La solution

 

Professeur Joseph NDAYISABA. ©Akeza.net

 

«La première solution serait effectivement un investissement massif dans l’apprentissage des métiers et les formations professionnelles. Quand une personne sait faire un petit métier et qu’il a un minimum d’études mais aussi qu’il a un cerveau qui fonctionne, il peut se débrouiller facilement », conseille-t-il.

 

Pour ce qui est de l’évaluation commune, stoppée au cours du troisième trimestre pour cette année scolaire (2020-2021) par le Ministre de l’Education, Prof NDAYISABA estime que les évaluations communes sont pertinentes dans la mesure où les élèves sont supposés avoir suivi   les mêmes programmes avec les mêmes méthodes et les mêmes outils, au sein des mêmes réseaux scolaires. Cependant, la réalité est tout autre : cette communauté des contenus et des pratiques est théorique : les niveaux des écoles sont disparates. La preuve, ce sont les résultats aux examens nationaux, ou certaines écoles voient réussir la majorité de leurs élèves, alors que d’autres passent des années sans avoir un seul lauréat ayant 50%.

 

Notre pédagogue souligne que le problème se pose au niveau de l’enseignement des cours. «Toutes les écoles ne marchent pas au même rythme et ne bénéficient pas de mêmes avantages. Il y a des écoles qui ont des enseignants qualifiés et des écoles qui n’en ont pas. Il y a des écoles qui ont des livres et des écoles qui n’en ont pas. Il y a des écoles qui ont des directeurs qui tiennent à ce que leurs enfants réussissent et qui travaillent fort dans ce sens, et d’autres gérées par des directeurs qui ne s’intéressent qu’à l’administration, qui ne se soucient pas du tout du pédagogique et qui ne s’émeuvent pas du tout quand leurs élèves échouent aux examens».

 

Selon professeur  NDAYISABA, l’évaluation commune peut donc créer «une discrimination voilée». D’où il faut être prudent avec la mise en place de ces examens communs.  L’équité suppose que les élèves qui passent les mêmes examens aient suivi les mêmes enseignements dans des conditions similaires, ce qui est loin d’être le cas. Cependant, ces examens communs ont un avantage pour le suivi et le contrôle des enseignements, en permettant d’identifier les écoles en difficultés  en vue de les relever. C’est par ailleurs un des gros avantages de la mise en place des réseaux scolaires. Ces examens, à l’instar des examens nationaux, jouent aussi le rôle de sélection de ceux qui peuvent passer à un niveau supérieur. Dans ce cas, ils ne peuvent être que communs, c’est la seule manière de rendre justice aux meilleurs élèves du système.

 

Melchisédeck BOSHIRWA


 

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