EAC : Régression de la compétitivité industrielle dans la sous-région

EAC : Régression de la compétitivité industrielle dans la sous-région

Les nouvelles ne semblent pas très bonne pour le secteur industriel de la sous-région est-africaine. Le récent rapport sur la compétitivité industrielle de l’EAC affiche des chiffres en baisse, une situation causée par plusieurs facteurs plus ou moins défavorisant qui mettent en péril les perspectives de croissance fixées par les pays de l’EAC.

 

Une valeur ajoutée manufacturière en baisse

Selon le rapport, le niveau de production  industrielle dans l’EAC reste relativement faible. En effet, en fonction du taux de croissance de la population, la région n’atteindrait qu’un niveau de valeur ajoutée manufacturière (MVA) par habitant d’environ 87 $ en 2032, ce qui est bien inférieur à l’objectif de 258 $ fixé dans la politique d’industrialisation de l’EAC et ne lui permettrait pas d’atteindre la capacité de production de la SADC de 2015.

Ceci traduit un ralentissement évident de la croissance de la MVA, qui est passé à 4,6% entre 2010-2015 alors qu’elle atteignait 5,3% entre 2005 et 2010. Ce qui ne correspond pas au taux de croissance annuel de 10 à 15% prévu dans la Politique d’industrialisation de l’EAC et en dessous de la moyenne de l’Afrique subsaharienne.

 

Une capacité d’exportation supérieure à la production

Le rapport montre que la croissance de la capacité d’exportation manufacturière de l’EAC est élevée, mais elle est passée de 22,5% (2000-2005) à 1,7% par an (2010-2014). Cela est l’une des conséquences de l’augmentation de la valeur ajoutée du secteur des services (6,1 pour cent par an depuis 2000), dont la contribution a atteint près de la moitié du PIB ces dernières années. Une croissance qui ne tient pas toujours compte de l’impact du secteur manufacturier sur l’économie de manière globale.

Cette croissance est principalement motivée par des secteurs qui connaissent de fortes fluctuations de la demande et des prix tels que les métaux de base (minerai / concentré de manganèse), des déchets lourds de pétrole et de métaux de base (en particulier les déchets de cuivre).

C’est également le cas dans le secteur de l’agro-transformation, incluant les boissons et le tabac, ainsi que les secteurs de l’habillement et du cuir, qui ont contribué à raison de 40 pour cent aux exportations de produits manufacturés en 2014. Une croissance à deux chiffres, supérieure à la croissance moyenne de 5% de tous les secteurs manufacturiers.

La capacité de l’EAC à exporter des produits manufacturés est juste supérieure à la moitié de sa capacité à produire de tels produits, ce qui implique que la majeure partie de sa production est destinée à ses propres marchés. Au cours de la période 2000-2014, la croissance annuelle a été élevée à 12,4%.

 

Des opportunités manquées

En plus de souffrir d’une capacité d’exporter plus grande que celle de produire, le rapport montre que la sous-région a manquée certaines opportunités. En effet, quoi que les exportations de l’EAC des principaux produits demandés à l’échelle régionale aient généralement progressé depuis 2010, cela n’a pas eu lieu au rythme et à la mesure nécessaire pour faire correspondre la demande EAC, ce qui permet aux entreprises de l’extérieur de la région d’obtenir une plus grande part de marché.

Ce qui a pour conséquence la perte de parts de marché dans 22 des 25 produits manufacturés les plus demandés, y compris le ciment, les produits pharmaceutiques, les produits sidérurgiques et les engrais. Et cela au profit des pays étrangers tels que l’Inde, la Chine et la Malaisie.

A cela s’ajoute le fait que la MVA augmente de manière faible par rapport au PIB, ce qui diminue la part de la fabrication dans le PIB, celui-ci étant passé de 9,8% en 2000 à 8,4% en 2015.  Ceci nuit au changement structurel souhaité qui fixe l’objectif à 25% d’ici 2032.

L’EAC devra trouver des solutions pour freiner cette baisse du secteur manufacturier pourtant vital à l’économie sous régionale.

 

Moïse MAZYAMBO

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