Droits d’auteurs : Le grand problème de la culture au Burundi

Droits d’auteurs : Le grand problème de la culture au Burundi

Créé en 2005, l’Office Burundais des Droits d’Auteurs (OBDA) tente de travailler à la garantie des droits d’auteurs pour les artistes. Bien que sa mission soit bien définie, la situation ne semble pas concrètement s’améliorer pour les artistes burundais. Ces derniers se plaignent encore et toujours du fait que leurs droits ne sont pas protégés. Un problème de taille sur lequel Léonce NGABO, membre du conseil d’administration de cette institution, donne un avis bien tranché, notamment sur les raisons de ces difficultés. Et nous le verrons ensemble, le problème est bien plus profond qu’il n’y paraît.

 

 

Un problème de perception

 

Même si l’OBDA est opérationnel depuis 2011, les problèmes liés aux droits d’auteurs, particulièrement pour les artistes sont loin d’être résolus. C’est le statu quo. Cette situation trouve son origine dans la perception de la culture et des arts au Burundi. Selon Léonce NGABO, le problème est avant tout politique. En effet, le chanteur de « Sagamba Burundi » estime que les politiques nationales n’accordent pas de réel intérêt à la culture, ce qui constitue un frein considérable pour l’évolution de ce secteur. « Je place la problématique au niveau politique. C’est d’abord comment la culture est perçue au niveau politique et comment on la positionne dans les priorités du pays. Il y a beaucoup de pays qui ont déjà placé la culture comme une priorité. Vous aurez beau parler des richesses et des minerais, la culture reste une valeur transversale au niveau de la vie d’un pays. On parlera de culture de l’environnement, de la justice, de la solidarité, des droits de l’homme, etc. Nous pensons que la place que la culture devrait occuper dans le pays est importante. Au Burundi, la culture est encore une valeur folklorique notamment dans les différentes expressions artistiques », explique-t-il.

 

A l’instar de nombreux pays à travers le monde, le Burundi devrait donc revoir sa fiche en matière de culture en la plaçant dans les priorités. Cela serait même une garantie de la préservation de l’identité burundaise. « Je ne cesse de crier que si l’on ne s’occupe de la culture avec sa dimension moderne et économique, on verra une jeunesse perdue. Laquelle jeunesse qui est appelée à diriger le pays de demain aura perdu toutes les valeurs culturelles parce que l’on ne lui a pas donné l’occasion de saisir ce que ses ancêtres avaient, de saisir pourquoi nous sommes burundais et pourquoi nous sommes différents des autres. C’est une identité avec des valeurs qu’il faut absolument protéger et promouvoir aujourd’hui dans un monde si industrialisé », ajoute Léonce NGABO.

 

 

La dimension économique de la culture

 

Une perception de la culture inclut nécessairement la perception de la dimension économique. En effet, au-delà d’être un outil identitaire, la culture est également un outil économique qui peut s’avérer salutaire pour un pays comme le Burundi. Les pays qui ont réussi à inclure la culture dans leur politique économique ont réussi à dégager une plus-value non négligeable à leur croissance économique. A titre d’exemple, les industries culturelles et créatrices représentaient 2,2% (44,5 milliards d’euros) de l’économie française en 2016. Une preuve que la culture et les arts peuvent peser sur la balance économique d’un pays.

 

« Nous plongeons aujourd’hui dans un monde modernisé avec une économie formelle où la culture doit apporter beaucoup de choses avec une dimension économique et les retombées qu’elle apporte. Dans certains pays, comme la France par exemple, vous verrez que les industries culturelles et créatives apportent beaucoup au niveau des recettes du pays. Je ne dis pas que nous atteindrons ce niveau du jour au lendemain, mais c’est un processus. Il faudrait qu’au départ on ait des personnes qui le comprennent et qui s’adonnent à reconnaître que c’est une dimension qu’il faut défendre et promouvoir. Même plus que certains domaines qui paraissent prioritaires parce que les intérêts sont immédiats », dit Léonce NGABO.

 

Selon lui, l’activité économique qui gravite autour des événements culturels devrait être soutenue et promue.

 

« Il faudra que l’on comprenne que les industries culturelles peuvent contribuer à l’économie du pays, notamment par les taxes qui sont de différentes formes. Partout où se tient un événement culturel, il y a la consommation de boissons, de nourriture, les taxis qui déplacent les gens, etc. Lorsque vous faites un tour à Bwiza, au niveau de l’hôtel Downtown, pendant les weekends, c’est tout un écosystème économique que l’on observe et le jour où nous le comprendrons sérieusement, nous ferons un effort supplémentaire pour la promotion de la culture », argumente-t-il.

 

 

L’OBDA et le renforcement des capacités

 

Garants du bon fonctionnement de la loi sur les droits d’auteurs et droits voisins, l’OBDA devrait faire un travail de fond sur son fonctionnement interne. Du moins, c’est ce que pense Léonce NGABO, pour qui l’institution souffrirait d’un problème de vision commune ramenant, encore une fois, la problématique à la perception politique de la culture et des arts. Les visions divergentes entre les différents partenaires, quant à la gestion d’un secteur aussi important, font que l’OBDA peine encore à avoir une ligne directrice concrète et efficiente.

 

« L’OBDA a été créé à la suite de la loi sur les droits d’auteurs et un conseil d’administration a été mis en place selon les textes. On y compte sept membres, dont quatre proviennent des milieux des opérateurs culturels et trois des différents secteurs gouvernementaux impliqués dans la culture. Seulement le problème réside dans la compréhension de la dimension culturelle. Vous avez beau mettre en place une institution pareille, mais si au sein des différentes institutions partenaires qui devraient l’appuyer et l’accompagner, il y a des gens qui ne comprennent pas l’importance de la culture, la recherche des moyens pour appuyer l’OBDA sera difficile. Parce que ce sont ces mêmes techniciens qui donnent des rapports et des orientations », explique Mr NGABO.

 

L’OBDA aurait besoin de formation en renforcement des capacités pour permettre aux différents partenaires d’aller dans le même sens. Celui d’une promotion effective de la culture et des arts. L’exercice reste d’autant plus important que l’institution est appelée à intégrer le réseau mondial des droits d’auteurs. Une entrée dans un réseau aussi important nécessite une préparation conséquente en amont. Cela pour profiter des avantages d’un tel réseau, mais également pour protéger les acteurs culturels burundais des différents désagréments que les comportements actuels peuvent causer.

 

« On a besoin d’un renforcement des capacités pour que tous les partenaires associés à la promotion de la culture aient le même langage et la même orientation. Qu’ils comprennent la plus-value de la culture pour le pays et les populations du point de vue interne et externe. Parce que l’OBDA vient protéger la propriété intellectuelle des créateurs. Aujourd’hui, on s’amuse à copier les chansons des autres. Nous avons des clips ou des films où des gens copient des chansons de stars internationales. Une chose qui ne devrait pas se faire. Lorsque nous ferons notre entrée dans le réseau international des droits d’auteurs, il y a beaucoup d’œuvres qui ne passeront plus en télé ou en radio. Tout cela devrait faire partie du renforcement des capacités que l’on doit apporter aux artistes burundais, mais également aux différents partenaires du secteur de la culture », dit Léonce NGABO qui garde néanmoins espoir que la situation devrait s’améliorer.

 

Les artistes, quant à eux, devront attendre un renouveau des mentalités politiques en matière de culture et espérer un changement dans la gestion de leurs droits. Cependant, un travail d’une telle envergure ne se fera pas sans la participation des artistes qui ont un rôle important à jouer.

 

 

Moïse MAZYAMBO

 

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