Dossier logement et habitat au Burundi

Dossier logement et habitat au Burundi

Photo d’illustration ©Akeza.net

Comment les fonctionnaires de l’Etat ont-ils acquis leurs premiers logements au Burundi ?

Les fonctionnaires de l’Etat ont toujours été les plus privilégiés au niveau de l’accès au logement au Burundi. La politique de logement initié depuis l’époque coloniale jusqu’aux  années 1990 était orientée vers cette catégorie. C’est le premier article sur une série d’autres dans ce dossier «  logement et habitat au Burundi », qui reviendra  sur la problématique de l’accès au logement en particulier et la politique de l’habitat en général.

 

Déjà avec la colonisation, jusqu’en 1970, les fonctionnaires de l’Etat étaient non seulement logés gratuitement mais aussi leurs maisons étaient équipées et entretenues par la même institution. C’est à cette époque que l’Office des Cités Africaines (OCAF), une société publique de gestion immobilière, va suivre la construction des quartiers I à V à Ngagara dans un premier temps. Plus tard, les commis de l’administration coloniale vont être logés au camp Belge qui est devenu Bwiza et Jabe actuellement. L’entretien des maisons, les réparations et le remplacement du mobilier vont atteindre des montants record pour l’Etat au début des années 1970. Cette politique de gratuité va montrer ses limites de par son coût et l’Etat décida de changer son orientation.

A partir de l’année 1973, le Gouvernement a pris la décision de céder les maisons à leurs occupants en leur accordant une indemnité égale à 60% du salaire pour leur permettre de rembourser le coût d’acquisition. A cette époque l’OCAF est remplacé par l’Office National de Logement (ONL) qui devait construire de nouvelles maisons, étant donné que la demande dépassait largement l’offre. En effet, le nombre de  fonctionnaires de l’Etat ne cessait de croître. Moins d’une dizaine d’années plus tard, l’ONL montra ses limites à son tour n’ayant pas pu avoir des fonds suffisants pour la poursuite de sa mission.

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En 1979, le gouvernement décide de mettre sur pied la Société Immobilière Publique (SIP) pour continuer à aider les fonctionnaires à acquérir leurs premiers logements. A cette époque, de nouveaux quartiers sont vite aménagés mais seuls les hauts cadres de la fonction publique ont pu bénéficier de ces maisons.  Le secteur privé et le personnel d’exécution et de collaboration dans la fonction publique vont  être exclus par cette nouvelle politique.  L’Etat s’est engagé à cette période à subventionner à 100% les intérêts des crédits au premier logement consentis à ses cadres et agents ; à supporter 20% du capital qui devait être plafonné à 3.600.000BIF (3.600 U. S Dollars à l’époque) et à mettre fin à sa formule de loger gratuitement les fonctionnaires.  C’est donc au cours de cette période, que des maisons en location-vente furent construites à Bujumbura, (Mutanga Sud, Ngagara Quartier 6) à Gitega et Ngozi par l’ex Office National du Logement (ONL) et par d’autres entreprises. D’autres logements furent aussi construits dans certains quartiers comme : Kinindo, Kabondo, Quartier Zeimet etc.…à l’aide de crédits subventionnés et contractés individuellement.

Avec la fin des années 80, sous l’impulsion des institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le Fond Monétaire International), les politiques sociales sont délaissées au Burundi comme dans tous les pays sous développés qui croulent sous les dettes. Une Politique d’Ajustement Structurel (PAS) est imposée et l’Etat se voit dans l’obligation encore une fois d’adapter sa politique d’accès au logement à un nouveau contexte beaucoup plus contraignant. Dans le cadre de la politique de crédit logement, la politique Nationale de l’Habitat Urbain initié en 1989 et adoptée en 1990, était dictée par l’incapacité de l’Etat à continuer à subventionner directement l’acquisition du logement eu égard à une demande sans cesse croissante des fonctionnaires, et aussi pour des raisons d’équité parce que la précédente politique excluait le secteur privé et informel.

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Dans cette logique, l’Etat a essayé de mettre en place un mécanisme de financement du logement urbain avec la création en 1989 du Fonds de Promotion de l’Habitat Urbain (FPHU) dont l’objet était la mobilisation de l’épargne du secteur institutionnel et des ménages pour financer les opérations d’habitat et d’investissements immobiliers principalement dans les centres urbains du pays. L’Etat va créer aussi l’Encadrement des constructions et Aménagements de Terrains (ECOSAT) pour contribuer à l’aménagement et construction des terrains pour les agents du secteur public et privé à bas revenus. Ce projet a rencontré d’énormes difficultés liées aux moyens. Les coupes budgétaires et les exigences pour équilibrer la balance des paiements ordonnés par les bailleurs du Burundi  vont venir à bout de cette politique d’habitat qui commençait juste à s’ouvrir pour le secteur privé.

Aujourd’hui plus qu’ hier,  la question de l’accès à l’habitat  se pose plus que jamais. Toutefois, cette politique  du logement est confrontée à une série de défis majeurs. La rareté des terrains est certes la première contrainte majeure. La croissance démographique incontrôlée et le souci de préserver l’espace pour l’agriculture nécessitent aussi un espace physique. Le faible pouvoir d’achat de la population en général et des fonctionnaires en particulier et un réel blocage pour une large catégorie de la population. Cette catégorie de la population est exclue du système de crédit où les banques priorisent ceux qui ont des biens à hypothéquer alors que le coût de la construction continue à exploser.

 

Elvis NDAYIKEZA

 

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