Dossier «Logement»: Défis pour accéder au logement et habitat en milieu urbain au Burundi

Dossier «Logement»: Défis pour accéder au logement et habitat en milieu urbain au Burundi

Au Burundi comme ailleurs, la possession d’une maison reste une priorité pour la plupart des ménages et elle constitue le troisième besoin important des populations en zone urbaine après l’accès à un travail et l’accès à l’eau. Pour le deuxième article de ce dossier logement, nous revenons sur la politique nationale de l’habitat en mettant en exergue ses forces, ses faiblesses et l’efficacité des promoteurs immobiliers particulièrement l’Encadrement des Constructions et Aménagements de Terrains (ECOSAT).  

Le Burundi est confronté à un problème d’accès au logement, qui est basé principalement sur trois obstacles à savoir le faible pouvoir d’achat de la population, le coût du matériel de construction qui flambe consécutivement à l’inflation, la rareté des terrains surtout au niveau de la capitale Bujumbura et de plus en plus au niveau des zones urbaines   

Alors que le logement est généralement le seul bien le plus onéreux qu’un individu ou un ménage s’offrira dans sa vie, la grande majorité de la population au Burundi ne peut pas accéder au financement pour un logement formel.  Les taux d’intérêts élevés pratiqués par les banques et les hypothèques exigés pour les décrocher s’adaptent mal aux conditions de précarité de la plupart des ménages.

Jusqu’en 1991, les parcelles étaient attribuées après un tirage au sort organisé de façon solennelle en présence d’un représentant de l’administration locale et des candidats enregistrés

Face à cette situation, ce sont les plus aisés qui ont accès au logement décent. L’exode rural et l’accroissement démographique risquent de pousser cette immense majorité de la population moins nantis à se loger dans l’informel dans des conditions d’insalubrité et d’insécurité extrêmes comme c’est le cas dans la sous-région avec Kibera au Kenya en passe de devenir le plus grand ghetto du monde.

                Quel accès à l’habitat dans les zones urbaines et semi-urbaines ?

Jusqu’en 1991, les parcelles étaient attribuées après un tirage au sort organisé de façon solennelle en présence d’un représentant de l’administration locale et des candidats enregistrés. Aujourd’hui, la sélection des bénéficiaires se fait selon l’ordre de dépôt des demandes et la capacité de s’acquitter les frais de viabilisation. L’ECOSAT a enregistré plus de 10.000 parcelles produites depuis sa création jusqu’en 2016.

Le tableau suivant nous montre la production des parcelles par l’ECOSAT selon les sites et les périodes :

 

Période Site Nombre de parcelles produites
1978- 1984 Musaga I 134
1984- 1987 Musaga II 866
1990- 1993 Kanyosha III 687
1991- 1992 Gasenyi 508
1994 Kinanira- Est 24
1995 Kanyosha, opération pilote 31
2000- 2002 Sororezo 156
2002- 2003 Kigobe- Nord 244
2003- 2004 Kanyosha IV 600
2004- 2004 Carama I 600
2004- 2005 Kanyosha V 217
2006- 2007 Carama II 500
2007- 2009 Carama III 375
2009 Karera II 498
2010 Bwoga II 178
2012- 2014 Nyabugete III 918
2013- 2014 Vyerwa- Kinyami 352
2014 Karera III 210
2014- 2015 Gatumba I 580
2015- 2016 Muzinda I 500

Source: Services techniques de l’ECOSAT

Réalisations en cours  de l’ECOSAT en 2018

Site et Commune Estimation de parcelles Formule adoptee
NYABUGETE Phase V 860 Viabilisation par intégration
KIGARAMANGO(Commune MUTIMBUZI) 1000 Terre domaniale
MUGOMERE-BIRIMBA (Commune RUMONGE) 1200 Viabilisation par intégration
MWANGE (Commune RUMONGE) 1000 Viabilisation par intégration
KARERA III- extension (GITEGA) 300 Terre domaniale

Source: Services techniques de l’ECOSAT

A côté de ces parcelles déjà produites, il y a des travaux d’aménagement qui sont en cours sur les sites mais avec une nouvelle formule. Contrairement à l’ancienne formule de construction de maisons, les réalisations en cours concernent la viabilisation des parcelles pour quelques terres domaniales.

L’ECOSAT est confronté au problème de retard de paiement des frais de viabilisation. Aujourd’hui l’ECOSAT finance les travaux d’aménagement avec ses fonds propres et le prix par mettre carrée viabilisée est fixé par une ordonnance ministérielle.

Pour tous ces sites, les travaux d’études ont été réceptionnés, il ne reste que les travaux d’exécution proprement dits. Selon le chercheur Salomon Nsabimana, les travaux de viabilisation par intégration permettent à l’ECOSAT de disposer des parcelles à attribuer à hauteur de 47% de la superficie à viabiliser, et ce sont les acquéreurs qui payent les frais de viabilisation. Cette superficie qui revient à l’ECOSAT sert de voiries, d’infrastructures sociales (écoles, terrains, centre de santé) d’une part, et les parcelles attribués aux demandeurs d’autre part ». En outre, l’ECOSAT est confronté au problème de retard de paiement des frais de viabilisation. Aujourd’hui l’ECOSAT finance les travaux d’aménagement avec ses fonds propres et le prix par mettre carrée viabilisée est fixé par une ordonnance ministérielle.

 

La politique nationale de l’habitat : quelles forces et faiblesses ?

La Direction Générale de l’aménagement du territoire et celle de l’urbanisme et de l’habitat, a pour rôles de planifier l’implantation des villes, de formuler la politique nationale de l’habitat et de l’urbanisation et d’assurer une gestion rationnelle et le suivi régulier de la mise en valeur des terres urbaines (ONU Habitat,2011)

Le Burundi s’est doté d’une Lettre de Politique Nationale de l’Habitat et d’Urbanisation depuis 2008 et d’un Plan Directeur Novateur pour guider le développement de la capitale du Burundi depuis 2014. Cette lettre de politique nationale d’habitat et d’urbanisation, s’est fixée l’objectif de doter le Burundi d’une armature urbaine équilibrée, bien structurée et permettant à chaque burundais d’accéder à un logement décent (UNFPA, 2011).

Sur le plan légal, le domaine du foncier est régi par la loi N° 1/13 du 9 août 2011 portant sur la révision du code foncier du Burundi, et en milieu rural, le foncier se gère traditionnellement avec le système d’héritage de père en fils.

Le rapport de l’ONU-habitat donne trois caractéristiques du Burundi en matière d’urbanisation : une forte densité de population, un très faible taux d’urbanisation et une faible proportion de la population urbaine à l’abri des besoins vitaux.

Au niveau du cadre institutionnel, le ministère de l’Eau, de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, à travers la Direction générale de l’aménagement du territoire et celle de l’urbanisme et de l’habitat, a pour rôles de planifier l’implantation des villes, de formuler la politique nationale de l’habitat et de l’urbanisation et d’assurer une gestion rationnelle et le suivi régulier de la mise en valeur des terres urbaines (ONU Habitat,2011). De plus, le ministère dispose d’antennes régionales et provinciales qui assurent la planification et la gestion urbaine dans tout le pays.

 

Face à cette politique, les défis ne manquent pas. Le rapport de l’ONU-habitat donne trois caractéristiques du Burundi en matière d’urbanisation : une forte densité de population, un très faible taux d’urbanisation et une faible proportion de la population urbaine à l’abri des besoins vitaux.

En matière de financement, des banques et des organismes de microfinance sont prêts à octroyer des crédits mais les ménages ne disposent pas des garanties suffisantes. En effet, Il est important de signaler que la Coopérative d’épargne et de crédits mutuels n’offre pas de crédit logement mais des financements pour l’acquisition de parcelles et pour l’amélioration de l’habitat. Ainsi, on peut relever quelques points positifs de la politique national sur l’habitat : l’existence de politiques et stratégies sectorielles, l’existence de mécanismes de gestion, l’existence de textes législatifs, l’amorce d’une politique d’aménagement du territoire, l’existence d’un inventaire de la disponibilité des terrains.

Toutefois, des faiblesses subsistent : une forte pression démographique sur le foncier urbain et rural, une faible gouvernance dans le domaine de la gestion du patrimoine foncier et des ressources environnementales, un faible accès des femmes à la propriété foncière, un manque de vulgarisation des textes, le sous-urbanisation et des procédures foncières parfois inadéquates.

 

La notion d’habitat intègre un ensemble de facteurs tels que le mode d’organisation, le milieu de vie et l’environnement. Ainsi, ces trois facteurs doivent être à la base de la politique de l’habitat et du logement au Burundi. Beaucoup d’observateurs s’accordent sur le fait que construire en hauteur pourrait être une option pour préserver l’espace et amorcer le processus de l’urbanisation du pays qui reste profondément rural. Pour atteindre cet objectif, les privés jouent un rôle primordial du fait que les subventions du secteur public sont très insuffisantes.

 

Elvis NDAYIKEZA

 

 

 

 

 

 

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