[Dossier] Comme une affaire de famille : Les frères BANYWERHA se parlent en chantant

[Dossier] Comme une affaire de famille : Les frères BANYWERHA se parlent en chantant

Naitre du même sang et ne pas avoir les mêmes passions. Tel est le commun de toutes les fratries. Enfin presque ! Il arrive, qu’en plus de partager le même patrimoine génétique, des personnes d’une même famille développent des passions pour les mêmes choses. Par volonté ou par influence, elles vivent leur passion au point d’en faire une affaire de famille.

Malgré leurs tempéraments presqu’opposés, les 2 frères ont trouvé la chose qui les réunit. Elevés dans l’amour de la musique et du chant, Arnold et Pierre Claver se parlent en chantant.

Ceci est l’histoire de 2 frères, 2 natures quasi opposées qui pourtant, l’air de rien, ont un point commun. Surement le seul. Autrement, leurs tempéraments n’auraient pas permis à Arnold OLOLENYANYA BANYWERHA et Pierre Claver KOKO BANYWERHA d’avoir un point de liaison, le sang n’étant pas une garantie d’union dans ce bas monde. Ce point commun, c’est la musique. Une passion héréditaire. Si vous connaissez l’univers des musiques liturgiques de Bukavu (RDC), le nom de Luc BANYWERHA MIRINDI devrait vous parler. Ce compositeur dont les chansons rythment les messes des paroisses catholiques de Bukavu, aura transmis à sa progéniture sa passion pour la musique et le chant liturgique.

 

Tombés dedans petits

Nous sommes en 2002, lorsqu’Arnold (10 ans) et Pierre (8 ans) sont inscrits à la chorale des Petits Chanteurs de la Radio Mariya de Bukavu. La chorale qui fait partie du mouvement international des « Petits Chanteurs ». Pour le bambin qu’est Pierre à l’époque, c’est surtout pour suivre ses frères qu’il y va. Il faut dire que lorsque l’on a 8 ans, on n’a pas vraiment conscience d’une chose aussi sérieuse que la musique. L’appétit venant en mangeant, il prend conscience, au fil de années, de sa passion pour la musique. « C’est devenu une histoire personnelle » dit Pierre.

Cette histoire personnelle commence à prendre forme lorsqu’il participe à ses premiers cours de solfège (lecture de la musique) en 2003. Pourtant, ces cours vont s’arrêter après quelques mois, avant de reprendre quelques années plus tard (2008) sous la direction de Daniel RUGAMIKA, maitre de chant à l’époque. Appliqué à cet exercice, il va prendre du galon au sein de la chorale et devenir l’un des maitres de chant auxiliaire un an plus tard.

Ce qui plait le plus à Pierre, c’est la musique classique. Il se plait à lire la musique d’Haendel ou encore de Mozart, particulièrement le célèbre « Requiem ». En parallèle, il hérite du don de son père à la guitare. Ses compétences en solfège vont l’amener à travailler, en 2012, sur l’arrangement d’une comédie musicale aux allures de « Notre Dame de Paris » joué par la chorale du collège Alfajiri dont il fait partie.

Une seconde comédie musicale sera jouée par cette chorale et il sera encore une fois à la composition et à l’arrangement. Ces 2 expériences vont poser les bases de la pièce « Mémoire Eternelle », mais cela est une autre histoire.

Lire aussi : Comédie Musicale : « Mémoire Eternelle », enfin, le rêve de 2 frères devenu réalité !

En 2013, Arnold et Pierre posent leurs valises à Bujumbura. Venu poursuivre ses études, Pierre va intégrer la chorale Saint Thomas d’Aquin (chorale anglophone de la chapelle des Frères Dominicains à Bujumbura). Maitre de chant et compositeur, il va mettre son talent à profit. Notamment lors des messes dominicales mais également lord de différents concerts organisés par chorale.

 

Pierre-Claver, « Le vase Clos »

Il faut gratter bien au-delà de la surface pour découvrir Pierre-Claver. Le personnage est assez renfermé. Un véritable vase clos. Timide et discret, le jeune homme n’est pas du genre à se faire remarquer. La musique reste donc son seul moyen d’expression. Son outil d’intégration sociale.

« Depuis que je suis tout petit, la musique a toujours été là. C’est comme un appui pour moi dans différentes situations. C’est aussi une source d’inspiration. Lorsque je suis fatigué, je prends ma guitare et je joue quelques notes. Idem lorsque je suis heureux, je dérange les autres pour que l’on chante quelque chose. La musique contribue beaucoup à mon intégration sociale parce que je suis d’un naturel timide », confie-t-il.

Mais au-delà de cela, en creusant un peu plus, on découvre à Pierre bien plus de talents que la musique. Ingénieur civil de formation, c’est un passionné de nouvelles technologies et d’informatique qui gagne aujourd’hui sa vie entant que programmeur pour une entreprise de Bujumbura.

 

Arnold, « Artiste dans l’âme »

Passionné de musique, au même titre que son frère, Arnold a un parcours un peu différent de celui-ci. Si leur histoire est la même entre 2002 et 2008, elle prend un autre tournant pour Arnold par la suite. En effet, lorsque les cours de solfège reprennent en 2008, Arnold est à l’école secondaire et son emploi du temps ne lui permettait plus d’assister aux cours. Il ratera quelques séances. Suffisamment pour lui faire perdre le fil. Cette difficulté fera naitre en lui une forme de frustration qui va le pousser à abandonner. « On avait commencé les cours pendant les vacances et cela a continué à la rentrée. Vu que j’étudiais l’après-midi, cela m’empêchait de continuer les cours. J’ai raté beaucoup de séances. Dans tout art, quand tu n’avances pas, tu recule et cela fait naître une frustration surtout lorsque tu vois progresser ceux avec qui tu as commencé. Tu as l’impression que le fossé est trop grand. C’est ce qui a freiné ma progression », nous explique Arnold.

Mais s’il ne devient ni un as des partitions de musique ni un brillant instrumentiste, il ne cesse d’aller à la chorale et développe son talent pour le chant. A son arrivée à Bujumbura, il va donner de son temps pour une autre de ses passions, le théâtre. Il va notamment passer par les troupes Umushwarara, Yetu Drama et plus récemment la compagnie « Ouf ». Auteur et metteur en scène, il garde néanmoins en lui son âme de chanteur. Ce qui va naturellement le pousser à allier ses 2 passions et monter la comédie musicale « Mémoire Eternelle » avec son frère.

Si Pierre, le petit frère est d’un tempérament réservé, Arnold est plutôt extraverti. Un tempérament qui lui permet de se sentir à l’aise dans tous les endroits où il va. En plus c’est un artiste dans l’âme. Musique, théâtre, dessin, sculpture, guitare, harmonica, il touche à tout. Cela avec un certain talent. Ce qui lui vaudra d’être considéré comme un artiste complet par son frère. « Tout ce qu’il touche dans le domaine de l’art, il le fait bien. Déjà petit je le voyais dessiner. C’est pareil dans la musique, que ce soit le chant ou la guitare. Il a toujours su bien mélanger toutes ces choses. Cela m’a aussi aidé à avoir un model artiste. Une bonne inspiration », nous dit Pierre à son sujet.

 

Des Petits Chanteurs à « Mémoire Eternelle »

Nous parlions plus haut de « Mémoire Eternelle », soit la première comédie musicale présentée au Burundi. Cette œuvre unique est le fruit du travail des 2 frères BANYWERHA. Son histoire est certainement la définition parfaite du lien que partagent Arnold et Pierre. Un lien forgé dans la musique, conjuguant les forces de chacun. D’un côté les talents de compositeur et d’arrangeur musical de Pierre et de l’autre le talent d’écriture d’Arnold.

C’est en 2013 que né l’idée de cette pièce. Et malgré la volonté de chacun de la concrétiser, ce n’est que 6 ans plus tard que cette pièce verra le jour.

Relisez l’article sur « Mémoire Eternel » en cliquant sur le lien suivant :

Théâtre : « Mémoire Éternelle », le fruit d’une pensée fraternelle

 

Un pont entre 2 monde

Quand Arnold et Pierre parlent de leur rapport à la musique, on retient le caractère omniprésent de celle-ci. Présente dans leur vie depuis la tendre enfance, elle les accompagne à chaque instant. Difficile d’imaginer leur quotidien sans musique.

« La musique est une forme d’expression. Pour tout être humain qui a des sentiments et des idées, s’exprimer est la moindre des choses. Chaque fois que j’écoute une chanson, je cherche toujours à saisir la beauté qu’elle renferme. Dans le rythme, dans les instruments, les voix. Et au-delà d’être une source d’inspiration, la musique est quelque chose qui m’accompagne, qui m’ouvre l’esprit et me permet peut-être de penser à la place des musiciens et comprendre comment les autres expriment leur volonté, leurs envies.. Sans elle, on serait certainement en train de se perdre. En tant que musicien, elle me permet également de trouver ma propre expression », explique Arnold.

Cela est d’autant plus puissant qu’elle a permis de tisser et de renforcer la relation entre les 2 frères. Une relation que seul les liens du sang n’auraient pu nourrir.

« C’est vrai que cela nous a rapproché encore plus. Nous avons eu presque le même parcours musical, les mêmes chorales, les mêmes influences musicales. Cela a été comme un pont entre nous, puisque l’on se retrouve dans les mêmes endroits à cause de la musique. Je me souviens que lorsque j’étais petit, c’est lui qui me motivait pour aller à la chorale. Et peut-être que s’il n’était pas là, je n’aurai pas fait tout ce chemin. C’est lui qui était là pour me tenir la main », nous dit Pierre.

Et son frère d’ajouter : « La musique nous permis de partager nos passions et nos connaissances. Elle a apporté un plus à notre relation. Parce que je me dis que s’il n’y avait pas la musique, nous ne serions pas aussi proche puisque l’on est très différents. Et la musique est notre seul point commun qui a créé un lien fort entre nous. »

Un lien très fort qui permet aux 2 frères de rêver plus loin, de rêver plus grand. Après la réussite de leur première comédie musicale, ils envisagent une prochaine bientôt. Mais en attendant, ils continuent à partager des moments de musique en famille tout en tissant encore plus un lien que seul la musique peut tenir.

 

Moïse MAZYAMBO

Comments

comments