Des professeurs de l’Université du Burundi mènent une recherche sur la culture de champignons comestibles

Des professeurs de l’Université du Burundi mènent une recherche sur la culture de champignons comestibles

M. Vincent NTEZIRYAYO, au laboratoire de Biologie dans la Faculté d’Agronomie et de Bio-Ingénierie.©akeza.net

L’agriculture et l’élevage sont des secteurs clés de l’économie paysanne au Burundi. Néanmoins, la culture des champignons comestibles (fungiculture ou myciculture) est une activité agricole inconnue des agriculteurs burundais alors qu’elle est d’une importance cruciale. Cela est à l’origine de l’une des raisons qui ont poussé les chercheurs de l’Université du Burundi, en l’occurrence Professeur Prosper  KIYUKU, à faire des recherches à propos de cette culture depuis 1994 afin de l’introduire au Burundi.

Par des recherches opérées sur la technologie de la culture des champignons comestibles au Burundi depuis 1994, Professeur Prosper KIYUKU, chercheur de la Faculté des Sciences Agronomiques et de Bio-Ingénierie (FABI), révèle ce qu’ils ont pu réaliser. « A travers les recherches que nous avons faites, nous avons essayé de voir comment produire le mycélium, en d’autres termes les semences, à travers les substrats et ingrédients disponibles localement. Nous avons aussi essayé de voir quelles sont les matières premières disponibles localement pour la culture des champignons », confie-t-il.

Professeur KIYUKU fait savoir que les champignons se développent facilement dans les différents résidus de la récolte (dont on se sert comme substrats). Parmi ces derniers, il cite les feuilles de haricot, la paille de riz et de blé, les brisures de coton et les fibres de palmiers. Pour le mycélium, il dit qu’on peut l’avoir grâce aux grains de sorgho, ce qui favorise la vulgarisation des semences localement.

 

La culture des champignons, fruit des sciences!

D’après Dr Alexis BANUZA, le Directeur du Centre de Recherche en Didactique des disciplines et de la diffusion des Sciences (CRDS) à l’Université du Burundi,  des descentes ont été effectuées par le CRDS en 2014 dans les grandes écoles de tout le pays pour la sensibilisation des sciences. « C’est la culture des champignons qui a pu intéresser et captiver les élèves. C’était comme un miracle pour les élèves du Lycée de Makamba lorsqu’ils ont vu que les champignons peuvent pousser à n’importe quel temps selon leurs besoins». Cela est devenu un exemple d’application et de démonstration de qu’on apprend en sciences.

 

Comment fait-on la culture des champignons ?

Explications de Vincent NTEZIRYAYO, au laboratoire de Biologie, à propos de la culture des champignons comestibles.©akeza.net

Vincent NTEZIRYAYO, biologiste, chercheur et enseignant à la Faculté d’Agronomie et de Bio-Ingénierie (FABI) de l’Université du Burundi, explique : «La culture des champignons se fait en cinq étapes : la préparation des substrats (trempage et égouttage), la stérilisation et ensachage des substrats, l’ensemencement, l’incubation en milieu un peu sombre et la mise en milieu aéré pour la fructification des champignons».

 

Culture des champignons à Gihosha.©DR

M. Dieudonné MASABO, biologiste et chercheur indépendant du CRDS, dit qu’à part ces étapes mentionnées ci-haut, le gobettage (la mise en terre des bottes en phase de vieillissement) est aussi crucial pour avoir un bon rendement. Il ajoute : « On doit aussi bâtir une petite cabane dont les dimensions dépendent de la production escomptée du champignonniste. Cette cabane est réservée aux travaux d’ensemencement, d’ensachage, de trempage du substrat, … Une autre cabane réservée à l’incubation et un fût ou un autoclave pour la pasteurisation/stérilisation du substrat comme les brisures de coton (substrat qui donne le meilleur rendement par rapport aux autres, disponibles au pays) ». Le biologiste souligne que l’échec de l’une des étapes aboutit à la perte, d’où il faut être prudent.

Vincent fait savoir que la culture des champignons est exigeante en termes de conditions d’hygiène et de techniques. « Une fois que ces conditions d’hygiènes et de techniques sont bien utilisées, le rendement est bon. Dans des conditions optimales, on peut avoir une production de 200 tonnes par hectare et par an », appuie-t-il.

 

Quelle est l’importance de la culture des champignons? 

Selon le Professeur KIYUKU, la culture des champignons a un cycle très court allant de 10 jours à moins d’un mois. M. NTEZIRYAYO abonde dans le même sens et indique qu’il y a des champignons qui ont des cycles courts (12 jours) et d’autres de cycles longs (28jours). Il évoque quelques avantages que présente la culture des champignons :

  • au niveau des éléments nutritifs : les champignons contiennent beaucoup d’éléments nutritifs: protéines, vitamines, sels minéraux, lipides et fibres, d’où son appellation de « viande végétale ». La plus grande particularité des champignons est que ses lipides sont sous forme d’acides gras insaturés qui sont très bons pour la santé.

 

  • au niveau médicinal : la plupart des maladies sont dues à la sous-alimentation et à la suralimentation. Les champignons mangés régulièrement aident le système immunitaire pour l’organisme. Certaines espèces sont utilisées pour guérir les maladies du système cardio-vasculaire, le diabète, …

 

  • sur le plan agronomique: la culture des champignons est une culture hors sol. Il est possible d’accroître la production sur de petites étendues. Ce qui est bon dans le contexte d’exigüité des sols que vit notre pays. Les pleurotes réussissent beaucoup plus que les autres champignons.

 

  • au niveau écologique, la culture des champignons peut réduire la quantité des immondices tant que cette culture se développe sur certains déchets.

 

Vincent NTEZIRYAYO affirme que pour démarrer la culture des champignons, il faut être formé et bien suivre la formation pour la bonne application de ce qu’on a appris.

 

Professeur Prosper KIYUKU: https://www.youtube.com/watch?v=AFTsbAC-Jik

 

Melchisédeck BOSHIRWA

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