Débat: un musicien d’église peut-il en même temps jouer dans un bar ?

Débat: un musicien d’église peut-il en même temps jouer dans un bar ?

Il n’est pas rare de voir un musicien (instrumentiste) passé de la musique gospel au séculier ou même avoir un pied des 2 cotés. Une situation qui tend à se généraliser dans l’univers musical burundais. Cependant, elle suscite très souvent l’indignation des « Chrétiens », souvent évangéliques, qui considèrent qu’un artiste gospel devrait rester dans la maison du « Seigneur ». Aussi logique que puisse être cette réflexion, pour les artistes la réalité est loin de faciliter le maintien sous la tente du « Tout-Puissant ». Les réalités du quotidien font qu’il faut pouvoir subvenir à ses besoins du quotidien, aussi serviteur et dévoué que l’on soit. Ce que l’église ne réussit pas toujours à garantir.

 

Musicien chrétien ou Chrétien musicien ?

La compréhension de ces 2 concepts n’est pas toujours une évidence pour le commun des mortels. L’un semble désigner un artiste dont la foi est chrétienne et pour qui l’exercice de son talent ne se limite en aucun cas à la sphère religieuse. L’autre par contre désigne le chrétien qui dévoue ses talents de musicien à la cause de sa foi. Même expliqué comme ça, cela reste encore difficile à maitriser. Et cela devient souvent le centre de plusieurs débats. Pour Yvan Kwizera, bassiste burundais qui joue notamment avec le groupe Sauti Sol, être instrumentiste n’est pas une vocation religieuse, considérant le fait de jouer d’un instrument de musique comme une question plus culturelle que religieuse. « Dans les pays un peu plus développés, jouer d’un instrument de musique fait partie de l’éducation de base. A ce que je sache Dieu n’a pas ordonné aux musiciens de jouer dans l’église. La musique est une profession et pas une mission évangélique », dit-il. Une manière de rappeler qu’être chrétien et musicien ne limite pas nos actions à la sphère religieuse.

 

Ventre vide n’a point d’oreilles

Mais que l’on soit musicien et que l’on veuille exercer son talent au sein de l’église est loin d’être le réel problème. La question majeure est celle de savoir comment doit se comporter un chrétien musicien (ou l’inverse) qui voudrait vivre de son art ?

Les églises se plaignent de perdre des talents qui, par besoin de vivre de son art ou par pur appât du gain (appelez-le comme vous le souhaitez), se tournent vers le séculier. Oubliant quelque fois que c’est en partie de leur faute si l’on observe cette migration. Des questions que pose Jean-Claude Mbonimpaye de Umudiho Academy, une école de musique qui encadre les jeunes. « Il est important de savoir que pendant que nous utilisons nos talents de musique pour servir Dieu, il y a des responsables d’église qui ne s’intéressent pas à comment font les musiciens pour vivre. Ils donnent plus d’importance à d’autres serviteurs de Dieu, ils cherchent ceux qu’ils payent et si tu te permets d’être absent une seule fois, cela devient un problème. La question est de savoir comment servir Dieu mais également vivre au quotidien ». Une question à laquelle Yvan Kwizera répond sans aucun détour.

« Premièrement, il ne faut pas manipuler les nés de nouveau (nouveaux convertis) avec des considérations religieuses. Ensuite, la musique est une profession pas une mission évangélique. C’est la raison pour laquelle Jésus n’avez pas de chorale. Et finalement, la parole divine reçue par chaque être humain est le chemin menant vers le ciel. Pour ce qui est du reste, il faut payer les musiciens », argumente-t-il.

Le débat pourrait s’éterniser et ne jamais prendre fin. Et vous donc, qu’en pensez-vous ?

 

Moïse MAZYAMBO

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