De 1985 à 2015, la fuite des capitaux au Burundi est estimée à 5.1milliards de $

De 1985 à 2015, la fuite des capitaux au Burundi est estimée à 5.1milliards de $

Professeur Léonce Ndikumana, Doyen du département d’économie à l’université de Massachussets à Amherst aux Etats Unis lors de son exposé.©Akeza.net

Dans le souci de pallier au phénomène de la fuite des capitaux qui fait débat de nos jours, la Banque Centrale vient d’animer une conférence-débat sous le thème « la fuite des capitaux: une entrave pour le développement économique et social en Afrique ».

L’atelier sur la fuite des capitaux a eu lieu le 09 août 2019 et a vu la présence des personnalités de marque. Entre autres, les administratifs de la BRB, la Ministre de la justice et la garde des sceaux, le Commissaire général de l’OBR, le Directeur Général de l’API, le représentant de la Banque mondiale ainsi que les administrateurs-Directeur Généraux des institutions financières du Burundi(les Banques).

On définit la fuite des capitaux comme les fonds qui quittent le pays sans être enregistrés ou déclarés et dont l’utilisation ne peut pas être retracée par le régulateur. C’est un phénomène récurrent et illicite non mesurable directement. Par conséquent, un handicap au développement du pays. En Afrique (sur un échantillon de 30 pays), la fuite des capitaux est estimée à 1383 milliards de $(de 1970 à 2015). Il s’agit d’un phénomène qui passe par divers moyens. Notamment, le détournement de la dette publique et des recettes d’exportation, la contrebande de billets en devise, la surfacturation des importations, la sous-facturation des exportations, etc.

Pour ce qui est des causes, on note la mauvaise gouvernance économique et la gestion des ressources naturelles, la mauvaise gestion de la dette extérieure, le secret bancaire et paradis fiscaux. « Le phénomène de la fuite des capitaux est un thème d’actualités très important et qui intervient dans les discussions des acteurs de la vie sociale des Nations », dixit Jean Ciza, Gouverneur de la BRB dans son allocution. Il poursuit en indiquant cette conférence constitue un cadre d’échange afin de voir si les ressources dont regorge notre pays peuvent contribuer au développement harmonieux. Cela permettrait aux populations d’avoir un niveau de vie suffisamment élevé.

Jean CIZA,Gouverneur de la BRB(Banque de la République du Burundi).©Akeza.net

« Une entrave au développement du pays… »

Cela étant, en vue de mener en bonne et due forme cette conférence, 2 orateurs éminents économistes ont présenté tour à tour leurs travaux de recherche sur le sujet. En premier, le Professeur Léonce Ndikumana, Doyen du département d’économie à l’université de Massachussets à Amherst aux Etats Unis. Très connu pour son ouvrage célèbre la « Dette Odieuse d’Afrique : comment l’endettement et la fuite des capitaux ont saigné le continent »,M. Léonce a exposé sur l’ampleur de la fuite des capitaux et ses causes économiques et institutionnelles.

Prenant la parole, cet éminent professeur a indiqué que de 1985 à 2015, le Burundi enregistre 5.1 milliards de $ de fuite de capitaux, représentant un PIB de 10.5%. Il renchérit en disant que c’est un phénomène illicite en termes de moralité, équité et transparence qui creuse un fossé entre les riches et les pauvres. « C’est un vol de ressources qui amenuisent l’épargne publique et privée du moment où les revenus ne sont pas taxés. La fuite des capitaux compromet la mobilisation des ressources et l’efficacité du financement », dit-il.

Dr.Janvier Désiré Nkurunziza(Chef de la section de recherche et d’analyse à la direction des produits de base de la CNUCED(Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement), deuxième intervenant du jour a montré dans sa présentation comment la fuite des capitaux constitue une entrave à la réduction de la pauvreté en Afrique. « Si les capitaux qui ont fui en 2000 et 2010 avaient été investis, le taux moyen annuel aurait augmenté de 1.9 à 2.5 points de % par an. Par ricochet, la réduction de la pauvreté s’accélérait. La fuite des capitaux au Burundi a réduit la constitution du capital, entravant les efforts en faveur de la réduction de la pauvreté (estimée à 74%). Ce qui n’a pas permis le développement de l’Afrique », a expliqué M. Janvier.

Sur cette problématique de la fuite des capitaux, les orateurs ont émis quelques recommandations comme le renforcement de la capacité de institutions de contrôle et de régulation (contrôler toutes les entrées et sorties de fonds), la criminalisation des malversations économiques, la gestion transparente des ressources publiques et de la dette extérieure ainsi que la mise en œuvre des politiques de lutte contre la fuite des capitaux.

 

Fleurette HABONIMANA

 

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