Culture : Connaissez-vous les parties du tambour du Burundi ?

Culture : Connaissez-vous les parties du tambour du Burundi ?

Les parties du tambour burundais ©akeza.net

Nous sommes samedi le 09 novembre 2019 à Gitega. Les tambourinaires s’apprêtent à battre le tambour. Ils sourient, ils s’élancent et se plient, ils se jaugent, ils se défient. Dans ce moment de grâce, nous les approchons et posons nos questions. Les tambourinaires de HIGIRO nous apprendront au cours de cette conversation que presque toutes les parties du tambour sont assimilées à celles de la femme. Ils nous diront également que le langage des tambourinaires évoque toujours ce qui se rapporte à cette dernière. Ils affirment que selon la tradition, le tambour burundais est battu uniquement par les hommes « Batimbo» qui le fabriquent.

 

Quelles sont les parties du tambour burundais ?

Pascal Bavumiragiye et ses confrères du groupe des tambourinaires de Higiro (à Gitega) nous instruisent. Il y a donc :

  • Inda y’ingoma (le ventre du tambour) : c’est la partie creuse du tambour. Quand on bat le tambour, elle fait retentir la voix basse ou haute (aigüe) suivant que sa largeur est grande ou petite.

 

  • Icahi (le linge) : c’est la « peau » qui couvre la partie creuse du tambour. Quand cette peau se déchire, les tambourinaires disent « ingoma iravyaye » (le tambour accouche) et non « ingoma iratabutse » (le tambour se déchire).

 

  • Mu bwami bw’ingoma (dans le royaume du tambour) : c’est la partie au milieu de la peau qui couvre la partie creuse du tambour. Quand on bat le tambour avec les deux baguettes en bois qu’on appelle «imirisho y’ingoma», les poils qui étaient sur cette partie disparaissent et la peau devient lisse.

 

  • Mu kibenga (dans l’abysse) : c’est la partie qui est tout autour de « mu bwami bw’ingoma» sur la peau couvrant la partie creuse du tambour.

 

  • Uruhanga rw’ingoma (le front du tambour) : c’est la partie qui est autour de « mu kibenga » sur la peau qui couvre la partie creuse du tambour.

 

  • Amabere y’ingoma (les seins du tambour) : ce sont de petites baguettes en bois jalonnées tout autour de la partie creuse et cylindrique du tambour. Elles supportent la peau de vache tendue couvrant la partie creuse du tambour.

 

  • Umukaba ou umukenyerero (la ceinture du tambour) : c’est la partie de couleur noire sous forme de ceinture qui est dessinée en bas de la partie creuse du tambour.

 

  • Umukondo w’ingoma (le nombril du tambour) : c’est la partie inférieure du tambour sur laquelle est posé le tambour.

 

Une femme ne peut pas battre le tambour !

Le sexagénaire Pascal Bavumiragiye et ses confrères disent qu’ils sont satisfaits de la décision d’interdire aux femmes de battre le tambour. « En tant que gardiens du tambour royal dont nous avons hérité du roi Ntare Rushatsi Cambarantama, nous sommes satisfaits de la décision d’interdire les femmes de battre le tambour », déclarent-ils. Ils ajoutent qu’une femme ne peut même pas approcher là où les tambourinaires sont en train de fabriquer des tambours (gukana ingoma). « Une fois qu’une femme y apparait, les tambours se déchirent souvent (ntizirama, zica zivyara)», confient-ils.

Pour Juvénal Minani, chef du groupe des Batimbo de Higiro, les parties du tambour sont comparables à celles d’une femme. « Par exemple, le creux du tambour est considéré comme le ventre d’une femme qui peut porter un bébé », indique-t-il. Il signale que même la peau qu’on utilise pour faire le tambour doit être celle d’une génisse et non pas d’un taurillon. Et selon Samson Ndikumana, ancien tambourinaire des groupes Ndangakaranga de Kamenge et Rumuri de l’Université du Burundi, la peau d’une génisse est préférable pour sa dureté.

Notons que suivant l’article 3 du décret nᵒ100/196 du 20 octobre 2017 portant réglementation de l’exploitation du tambour aux niveaux national et international, il est strictement interdit aux femmes de battre le tambour. Par contre, elles peuvent accompagner les tambourinaires avec des danses folkloriques féminines.

 

Melchisédeck BOSHIRWA

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