Conflit Artistes vs DJs : Quelle est la position des DJs dans cette guéguerre ?

Conflit Artistes vs DJs : Quelle est la position des DJs dans cette guéguerre ?

DJ Bee (Runtown Deejays) ©akeza.net

Ce n’est un secret pour personne. La relation entre les artistes burundais et les DJs locaux n’a pas toujours été au beau fixe. Une vieille rengaine qui semble ne jamais s’arrêter. Plusieurs artistes accusent les DJ ne pas jouer leur musique allant jusqu’à les considérer comme des freins à l’évolution de la musique. Des accusations pour lesquelles les DJs se défendent. Et à les entendre, les artistes ont bien des choses à se reprocher.

 

L’éternel rengaine

Ils sont plusieurs à avoir pris les DJs pour cible. De Kidum à Sat-B en passant par Big Fizzo, ils ont tous à un moment ou un autre accusé les DJ d’être des ennemis du progrès de la musique burundaise. Et si ces derniers mois se sont passé plutôt calmement, le chanteur Mr Champagne a remis de l’huile sur le feu en lançant une salve sur les DJ via les réseaux sociaux et en relançant le débat. Ce dernier, visiblement pas content de ne pas voir son dernier morceau joué par les DJ, est allé jusqu’à les traiter de stupides et complexés, occupés à promouvoir les étrangers.

Un reproche que l’on fait également aux journalistes et animateurs radio.

« Lorsqu’un étranger vient au Burundi, il marche dans les rues du Burundi, il mange de l’eau du Burundi, il boit de l’eau du Burundi et il devrait écouter de la musique du Burundi. C’est comme ça que l’on fait la promotion de la culture d’un pays », disait-il dans une interview.

A tort ou à raison, l’artiste se plaint et milite pour que cela change. Une position qu’il n’est pas le seul à tenir.

 

Un problème de qualité

Lorsque l’on est DJ, faire plaisir à son auditoire est le point central du travail. Garder le public le plus longtemps sur la piste reste l’objectif. Et cela se fait en leur proposant de la bonne musique. Une musique de qualité, capable de les réjouir. Ceci est la base de l’argumentation des DJs quand il s’agit de jouer de la musique burundaise. Pour ces derniers, les artistes devraient travailler à offrir une musique capable de plaire au public. Une musique aux standards de ce qui se fait de mieux aujourd’hui.

« Les musiciens doivent apprendre à faire des chansons qui sont dans l’air du temps et qui plaisent à la plupart des gens. Les chansons de bonne qualité auront toujours leur place. A partir du moment où une chanson est bien faite, que la mélodie, le style et le rythme respectent les standards actuels, elle sera jouée. Que les artistes arrêtent de se plaindre et qu’ils travaillent. Ils ne vont pas faire aimer de force une musique de mauvaise qualité », s’exprime ainsi DJ Mario, qui met cette situation sur le compte de la qualité.

Ce point de vue est également partagé par le collectif Runtown Deejays. Ces derniers s’inscrivent en faux et donne leurs raisons.

« C’est faux parce que nous jouons leurs chansons mais il faut juste préciser que nous privilégions toujours de la bonne musique en général. La musique burundaise a sûrement du potentiel mais il faut reconnaître qu’il y a encore beaucoup à faire pour passer au niveau supérieur. Il faut tout simplement que les artistes s’adaptent à l’évolution de la musique et qu’ils soient beaucoup plus créatifs afin de livrer un travail de qualité », explique DJ Katlous, qui parle au nom du collectif Runtown Deejays.

Contrairement aux artistes musiciens, les DJ subissent très vite les effets d’une musique de mauvaise qualité. C’est ce que nous explique un autre DJ, qui a voulu rester anonyme.

« Entant que DJ, nous nous devons d’être rentables pour les personnes qui nous engagent. Un monsieur qui investit des centaines de millions pour ouvrir une boite de nuit ou un bar, qui paie un DjJ pour attirer de la clientèle, ne va pas comprendre que je joue du 100% burundais et voir ses clients quitter les lieux à cause d’une musique de mauvaise qualité. Je fais perdre de l’argent à celui qui m’engage. Avant tout, je joue de la musique pour faire plaisir au public »

« Les artistes devraient vraiment arrêter de se plaindre à longueur de journée et travailler sur leur musique. C’est tout ce qu’il y a à faire. »

Au-delà de ce problème lié à la qualité, les rapports entre les DJs et les artistes ne sont pas toujours très bons. Certains DJs reprochent aux artistes d’être condescendants et hautains à leur égard. « Les artistes veulent que les DJ courbent l’échine devant eux, ce qui ne peut pas se faire. Les DJ travaillent dur pour acheter leur matériel, se mettre aux standards de la profession au niveau international et les artistes veulent nous imposer leur musique et nous obliger à la jouer. Les choses ne devraient pas aller dans ce sens. Il faut qu’il y ait un respect mutuel entre DJ et artistes. D’un autre côté, les artistes ne s’approchent pas des DJ sauf quand ils ont un morceau. Si une vrai relation d’échange et de partage existait entre nous, on travaillerait mieux dans la promotion de la musique burundaise. Malheureusement ce n’est pas le cas », nous dit DJ Mario.

Cette lutte entre musiciens semble s’éterniser sans que de réelles solutions ne soient trouvées. L’Amicale des Musiciens du Burundi dit travailler avec le ministère de la culture pour trouver une solution à ce problème qui gangrène les relations entre les musiciens et les DJs. En attendant que cela arrive les 2 cas devront se faire à cette situation en évitant de se tirer continuellement le mot à chaque occasion. En on l’espère.

 

Moïse MAZYAMBO

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