Confidence : La vie à travers les yeux d’un homme aveugle, Guy Nsabimana raconte…

Confidence : La vie à travers les yeux d’un homme aveugle, Guy Nsabimana raconte…

Aveugle depuis une dizaine d’années, Guy croise le chemin de celle qui deviendra plus qu’une amie, sa tendre moitié. De mal voyant à aveugle, Guy raconte sa vie du quotidien, qui, au-delà des a-priori du handicap nous permet de réaliser que tout est possible.

«Pendant 5 ans, la lumière du soleil me faisait tellement mal que je ne voulais même pas ouvrir les yeux la journée. Mais la nuit ça allait mieux. Ma vision est partie progressivement, j’avais des problèmes d’yeux depuis le secondaire. Je prenais des médicaments puis on m’a prescrit des lunettes pour améliorer ma vision. Après un certain moment on a découvert  que j’avais un glaucome. J’ai été opéré deux fois à Nairobi mais visiblement ça n’a pas marché (Rires) »

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Il ne voit pas noir comme la plupart des gens le pensent, plutôt une sorte de brouillard qu’on ne peut pas percer, décrit-il : « A un certain moment, je me disais que ce n’était qu’une couche qui était sur mes yeux, une couche que les docteurs pouvaient éplucher pour que je puisse recouvrer la vue ».

Certes sa vie a changé mais des souvenirs demeurent. De bons souvenirs qu’il nous décrit avec émotion  » J’aimais beaucoup lire. Je passais la plupart de mon temps à lire. Bien sûr que regarder un film me manque beaucoup. Regarder un match de football avec mes amis, les cris que nous faisions lors de la  Champion’s League, rencontrer de nouvelles personnes, écrire un texto. Perdre ça en un jour c’est frustrant, mais tu apprends à vivre autrement, à avoir d’autres centres d’intérêts et continuer la vie. Heureusement, les technologies sont à la pointe. Ma femme télécharge des livres audio, les met sur une clé USB et je les écoute à longueur de journée. »

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L’appareil que Guy utilise pour ses livres audios ©Akeza.net

En 2010, alors âgé de 33 ans, Guy fait une très belle rencontre, celle de sa future femme, qui, à cette époque n’était que sa voisine. « Elle faisait partie de la chorale qui chantait la messe du soir et était ma voisine. De fil en aiguille, on est devenu amis. Je lui ai demandé de m’accompagner à la messe vu qu’elle y allait chaque dimanche. Ainsi, j’étais sûr de ne pas rater la messe du dimanche contrairement à avant ; un de mes amis devait d’abord vouloir aller à la messe, puis bien vouloir m’accompagner. La galère, je vous dis (Rires) »

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D’une amitié nait un amour éperdu « Elle m’a proposé de m’accompagner à des fêtes, mariages ou autre pour me tenir compagnie. Chose à laquelle je n’allais pas dire non vu le temps que cela me prenait de chercher quelqu’un pour m’accompagner. J’ai accepté avant qu’elle ne change d’avis. On est devenu très proche puis je lui ai proposé de m’épouser. C’est vrai que je ne sais pas à quoi elle ressemble mais quand je lui touche le visage je m’imagine ce à quoi elle ressemble, peut-être je me trompe. Je ne peux pas ne pas me donner une image d’une personne avec laquelle je discute.» avoue Guy.

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Un handicap te façonne, te fortifie mais aussi t’affaiblit et finit par te changer. Récemment, Guy a remarqué qu’il n’était plus le même « J’ai l’impression que je m’énerve beaucoup plus qu’avant. J’avais l’habitude de faire tout par moi-même. Mais maintenant, on doit m’emmener à la messe, m’accompagner quand je dois rendre visite à mes amis ou aller dans des fêtes, toutes ces choses que je faisais avant de perdre la vue maintenant je dois les faire avec une autre personne et parfois cela peut me mettre de mauvaise humeur »

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Pour les personnes en situation de handicap, la délicatesse doit être au niveau maximum, même un coup de vent peut les irriter. « Par exemple quand on prend le petit déjeuner, elle a tendance à  me faire du thé, mettre du sucre, faire tout pour moi quoi et puis je m’énerve un peu mais elle le fait par amour, pas pour me montrer que j’en suis incapable »

Et d’ajouter « Quand une personne devient handicapée, peut-être elle a des fois du mal à faire ce que tout le monde fait mais quand même elle le fait. Et ce sont des personnes qui sont choquées facilement. Une petite maladresse peut les irriter »

Miranda Akim’

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