Confidence : « La drogue a détruit celui que j’étais»

Confidence : « La drogue a détruit celui que j’étais»

Richard NININAHAZWE, assis dans son bureau ©Akeza.net

Accro au cannabis , puis à l’héroïne depuis son adolescence, Richard NININAHAZWE a traversé des épreuves traumatisantes. Après plus de 20 ans de dépendance,  il a  réussi à se relever. Aujourd’hui, il partage son histoire dans laquelle bon nombre de jeunes pourraient se reconnaître. Un témoignage poignant et porteur d’espoir.

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Son addiction est survenue très jeune. Richard n’était alors âgé que de 12 ans. « Les effets de l’adolescence sans doute » s’empresse-t-il de trouver une raison aux sombres moments de sa vie. « C’était les vacances, je venais de finir la 6ème année primaire. J’ai commencé à prendre de la drogue et je croyais que je pouvais contrôler. J’ai commencé par consommer du cannabis, de petites doses les premiers jours ».

Une sensation d’émancipation, de petits problèmes réglés par magie et des fois quelques altercations avec les plus âgés. Richard se confie sur ses premiers jours de prise de drogue. « Je n’avais pas encore regretté au contraire je me disais que j’avais été à la traîne beaucoup trop longtemps. Quand je prenais du cannabis, je me sentais apaisé et les petits problèmes de la vie quotidienne disparaissaient d’un coup.  Au lycée, je n’arrivais pas à m’entendre avec mes professeurs à cause des philosophies rastafari. Je ne voulais pas me couper les cheveux et je les contredisais à chaque fois qu’ils essayaient de me  raisonner  »

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Tout plaisir a un prix, oui. Mais lequel ?

Cacher la consommation de drogue devenait primordial mais pas facile avec un corps qui n’est plus satisfait par la petite dose de tous les jours. « Comme tout corps normal, il réclame encore et encore jusqu’à doubler la dose. Une seule tige ne me suffisait plus. Ce qui faisait que même le budget ne suffisait plus. Je n’ai jamais volé mais je suis devenu le plus malhonnête  du monde. Bien sûr après un certain temps, ça ne marchait plus puisque tout le monde avait découvert que j’en faisais mauvais usage et que je leur mentais ».

Le cannabis devenu qu’une poudre qu’il sniffait, il en fallait plus. Sa petite amie de l’époque l’initie à l’héroïne. « A la fin de mes études secondaires, ma petite amie de cette époque m’a initié à l’héroïne. On ne fait jamais que goûter à l’héroïne! Tu en deviens accro. Je tiens à mettre au clair une chose ‘Ne goûtez jamais à l’héroïne, jamais !

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Le cannabis et l’héroïne, un parfait mélange que Richard n’a pas tardé à découvrir. En l’espace d’un an, il sombre dans la drogue. « Comme le cannabis est moins cher que l’héroïne, j’achetais quelques tiges de cannabis et je mettais quelques poussières d’héroïne sur la tige. Entretemps, j’étais à l’université et à cause d’une tricherie, j’ai été exclu de l’université pour une durée d’un an. A ce moment, je ne faisais que boire de l’alcool et  consommer plus de drogue et  m’essayer à de nouveaux cocktails. Je gravissais les échelons, je sniffais déjà. J’ai commencé à mettre la drogue sur un papier aluminium et passer du feu sous le papier. Et enfin je m’injectais».

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Gérer le manque avec des exercices physiques

Le sevrage ne s’est pas fait en un jour. La rencontre hasardeuse d’un musulman changera la vie de Richard à jamais. « J’ai rencontré un musulman qui voulait toujours que je change. Et bien sûr, j’avais toujours une réplique, du genre la soumission c’est pour les faibles. Puisque prier c’est se soumettre. Mais à la tombée de la nuit, je ruminais nos conversations et petit à petit je me suis retrouvé à lire le coran, à apprendre l’arabe et à détester celui que j’étais devenu».

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En dépit de la dépendance à la drogue, Richard décide ne pas baisser les bras. Il change son addiction en combat quotidien. « Le sevrage n’a pas du tout été facile. Le manque survenait beaucoup plus le matin et l’après-midi. Alors je faisais du sport. Enormément de sport pour ne pas chuter! Je courais, je priais et je m’abstenais de côtoyer les gens qui consommaient de la drogue ».

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Marié et heureux en ménage

Après une excursion à la Mecque, Richard rencontre sa bien-aimée en 2014. La belle a connu Richard sous ses meilleurs jours que sous les jours les plus sombres de sa vie. « Elle me connaissait quand j’étais encore dépendant de la drogue. Alors elle admirait mon courage et je n’avais pas honte de lui dévoiler quelques fragments de moi qu’elle ne connaissait pas. Très compréhensive, elle m’aide à ne pas rechuter. Maintenant, je travaille au près de jeunes usagers de drogues pour les guider et les avertir du danger qu’ils courent. Surtout en utilisant la même aiguille pour s’injecter de la drogue, facteur faisant accroître le nombre de séropositifs au Burundi ».

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Propos recueillis par Miranda AKIM’

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