Confidence : Kévine Kanyambo, brûlée la moitié du visage se raconte

Confidence : Kévine Kanyambo, brûlée la moitié du visage se raconte

Kévine Kanyambo trois semaines après l’accident et cinq ans plus tard ©akeza.net

Choisie pour être la conseillère de la doyenne et sa vice à l’internat du Lycée Notre Dame de Vugizo, elle entend bien remplir ses taches. La sienne est celle de détruire à l’aide du feu tous les déchets de l’internat. Papier, feuilles mortes ou serviettes hygiéniques. Le tout ! Une journée comme les autres, décrit-elle la journée où elle s’est brulée la moitié de son visage.

Le 10 Novembre 2012, un samedi comme tant d’autres. A 6h, le réveil sonne puis place au petit déjeuner. A 10h30, les travaux commencent. «D’habitude j’aidais la doyenne à distribuer les outils pour les travaux et après j’attendais que les déchets soient descendus du dortoir pour que je puisse aller les brûler. Pour qu’il n’y ait pas de restes, j’utilisais un peu de pétrole pour tout bruler».  A court de pétrole, elle le signale à la direction qui envoie quelqu’un de la direction en acheter à l’extérieur de l’internat. Ce n’est plus tard qu’on saura que la personne chargée d’acheter du pétrole avait acheté de l’essence.

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Les courses faites, on lui ramène un bidon rempli. Les travaux pouvaient commencer. Mesuré à l’aide du bouchon du bidon, elle verse sur les déchets « un, deux, trois coups de bouchon de « pétrole » mais ça semble ne rien changer » s’inquiète-t-elle.

Au quatrième coup, une vive flamme s’empare de sa chemise avant d’atteindre son visage en une fraction de secondes. «  En quelques secondes, la flamme est partie de la main gauche d’où je tenais le bouchon plein d’essence jusqu’à mon visage. J’ai arraché ma chemise d’un coup»

Quand la flamme s’estompe, la douleur est encore minime. Kévine fait face à ses amies qui l’aidaient à bruler les déchets « Une d’elles s’est évanouie sur le champ. L’autre a crié en pleurant. C’est là que j’ai commencé à avoir peur et à me demander pourquoi tout le monde était affolé »

L’accident ne tarda pas de s’ébruiter à l’internat, jusqu’à l’oreille de la directrice qui appelle un taxi pour accompagner la blessée à l’hôpital. Ce n’est que là qu’elle se regarde le visage avant de dire « Je me suis vraiment fait mal »

Aux urgences

Arrivée aux urgences, «On m’a attaché et puis il y avait des personnes qui stabilisaient ma tête, mes bras et pieds. C’était comme-ci le docteur m’éplucher la peau. Il existe certaines douleurs qui n’ont pas de réactions je crois. Je n’ai pas crié, je n’ai pas pleuré mais ça faisait énormément mal »

Après le calvaire, elle passe trois semaines en réanimation, sous anesthésie générale chaque matin pour nettoyer la plaie « J’étais quand même déçue quand le docteur m’a dit que je devais rester à l’hôpital alors que j’étais en forme (à mes yeux)… Chaque matin à 7h tapante, on nettoyait ma plaie et ce sous anesthésie générale. Je me réveillais à 15h et je n’arrivais pas à bien dormir la nuit. J’entendais le moniteur des autres patients s’arrêter, les cris de leurs proches. C’était traumatisant »

Sur le chemin de la guérison

La plaie guérie, les cicatrices s’accumulent et le regard des passants changent du jour au lendemain. « Sur mon oreille gauche, la plaie a mal cicatrisé et c’était comme-ci j’avais deux oreilles. L’une collée sur l’autre. Cela ne me posait pas grand problème sauf quand ça me grattait ou quand les gens me regardaient avec dégoût. D’autres me le disaient en face »

C’est la rencontre hasardeuse d’un docteur burundais qui vit en France qui va impacter positivement sa vie. «En 2013, j’ai fait la connaissance d’un docteur burundais qui m’a connecté à un chirurgien plastique rwandais. Les cicatrices commençaient à me faire mal quitte à ne pas dormir la nuit. Le chirurgien rwandais m’a donné rendez-vous au Rwanda pour une opération en 2014 soit 1 an après la consultation. Depuis j’y retourne régulièrement pour des contrôles».

Kévine Kanyambo ©akeza.net

Celle qui semblait avoir un futur sombre passe de très belles journées. Quand elle  raconte son histoire, elle est radieuse et souriante « Je cache moins mes cicatrices. Je m’y suis habituée et la vie est mieux ainsi ».

 

Propos recueillis par Miranda Akim’

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