Confidence : Jean Baptiste, de témoin de la guerre civile à champion du monde en athlétisme

Confidence : Jean Baptiste, de témoin de la guerre civile à champion du monde en athlétisme

Jean Baptiste Alaize en plein entrainement © DR

En 1991, Jean Baptiste Alaize né Mugisha voit le jour au Burundi. C’est lors de la guerre civile de 1994 qu’il perd sa mère et se fait amputé la jambe droite. Maintenant, il a 26 ans et vit en France depuis 1998. Il est déjà passé par de nombreuses épreuves dans la vie. Sans ambiguïté, il raconte son histoire poignante sur le plateau de l’émission  « toute une histoire, …».

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En une nuit, tout a basculé

Jean Baptiste a grandi dans une famille de 8 congénères, une grande famille heureuse. Des parents aisés et aimants, c’est en tout cas le souvenir qu’il a de ses parents avant la fâcheuse nuit où tout a basculé. « On était une grande famille  de 8 enfants ; 4 sœurs et 4 frères. Je me rappelle quand on était en train de jouer au village avec mes amis, des voisins et d’autres gens sont venus au village en disant « Vous allez mourir » avec des machettes et mains en l’air. On croyait qu’ils étaient énervé et tout »

La nuit tombée, ils se sont rendu compte que les gens qu’ils avaient vu l’avant midi n’étaient pas énervés mais qu’ils étaient bien décidés à tuer. « Le soir arrivé, je regarde par la fenêtre et je vois des maisons qui brulent et j’ai compris que finalement ce que j’avais vu l’après-midi était réel. Sauf que ma mère et moi on n’a pas eu le temps de se cacher parce qu’on était trop nombreux. Du coup on a été les premiers à être attrapés. Ils se sont acharnés sur ma mère, l’ont tué puis se sont acharnés sur moi. J’ai reçu 4 coups de machettes, un sur la jambe, sous le bras, derrière la tête et dans le dos ».

Laissé pour mort, il se fera amputé la jambe droite jusqu’à la cuisse. C’est à son réveil que les choses auront changé, et que sa vie allait changer pour toujours.  «J’ai été évacué par des militaires envoyés par mon père, qui était militaire à cette époque. Je me souviens que quand je me suis réveillé à l’hôpital avec ma jambe coupée, j’ai pleuré parce que je voulais garder ma jambe malgré l’état dans lequel elle était lorsqu’on m’a trouvé »

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 « Il (mon père) me passait le bonjour mais n’est jamais venu me voir »

Des béquilles, une jambe en moins, sans mère, son père a préféré le confier à un orphelinat. « Mon père croyait que j’allais devenir un bon à rien. Il m’a confié à un orphelinat. Il avait dit qu’il allait venir me voir de temps à autre mais il n’est jamais venu. Du jour au lendemain je me suis retrouvé sans famille. J’apprenais par le directeur que mon père me passait le bonjour mais il n’est jamais venu me voir »

Après plusieurs années, Jean Baptiste a mieux compris la décision de son père. « Parmi les 8, j’étais le chouchou de la famille. Pour lui, c’était un geste fort d’abandonner son fils pour qu’il ait une meilleure vie, c’était trop dur pour lui de venir me voir à l’orphelinat. J’y suis resté 5 ans et pendant ces 5 années, je n’ai vu aucun membre de la famille. J’étais tout seul »

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Une amputation, une adoption, une prothèse,… une nouvelle vie

Un beau jour, le directeur de l’orphelinat vient voir Jean Baptiste pour lui annoncer qu’on lui a trouvé une famille d’accueil  en France ! « Le directeur de l’orphelinat m’a présenté mon père adoptif. Un monsieur blanc! Et moi j’avais peur. Parce que quand on était petit, on nous disait que les blancs mangeaient les personnes noires. Mon père adoptif est venu me voir avec des jouets, des chaussures et de vrais béquilles parce que j’avais celle qu’on mettait sous les bras […] »

Un nouveau départ, de nouveaux amis et une prothèse l’attendent dans sa nouvelle vie en France « Je suis arrivé en France à l’âge de sept ans. Je n’avais jamais quitté le Burundi. J’étais en panique. J’étais gros, noir et je n’avais pas de jambe donc je portais toujours des pantalons. Je devais rester en retrait et je voyais comment mes camarades de classe me regardaient. Je ne parlais à personne, je restais dans mon coin. Et puis il y a eu la coupe du monde quand la France a gagné. Tout le monde criait et j’étais encore plus en panique. Puis après une opération reconstructive de mon genou, j’ai eu une prothèse. Pour moi, c’était une nouvelle vie. Je jouais déjà au football avec mes amis, je faisais du vélo avec une jambe en moins »

Après différentes prestations à l’école, Jean Baptiste devient un athlète de renom. Mais tout a commencé lorsqu’il a fait gagner son équipe alors que personne ne savait qu’il était handicapé “ L’année de mes cinquièmes, ils ont organisé les Jeux Olympiques des collèges et avec ma classe on a remporté la course. Arrivé aux vestiaires, le professeur passait à côté, il voit que je suis sur une jambe. Il a trouvé ça incroyable d’avoir caché ma prothèse pendant plus de 2 ans et demi. Et puis, il a dit « faut que je te trouve un club, parce que ce que tu viens de faire avec une seule jambe. C’est ainsi que j’ai fait partie d’un club et je suis devenu quatre fois  champion du monde ».

Jean Baptiste Alaize © DR

Témoin d’une guerre civile, adopté tout jeune, avec une jambe en moins, Jean Baptiste a focalisé son attention sur le sport, domaine dans lequel il excelle. « Je me suis initié en saut en longueur. Aujourd’hui, je suis quatre fois champion du monde des moins de 23 ans, je suis finaliste aux JO de Londres aussi. J’ai encore pleins de choses à réaliser en saut en longueur »

(Avec « Toute une histoire »)

Miranda Akim’

 

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