Confidence : Dans la peau d’un aveugle qui a de l‘ambition, Antoine et Léonard racontent…

Confidence : Dans la peau d’un aveugle qui a de l‘ambition, Antoine et Léonard racontent…

Confidence : Dans la peau d’un aveugle qui a de l‘ambition, Antoine et Léonard racontent…©Akeza.net

Ils ont tous les deux étés privés de vision dès leur naissance mais aspirent à de grandes choses. Eux, c’est Antoine NDUWIMANA et Leonard NZOYISABA. Deux personnes sortant de l’ordinaire, qui ne veulent pas être définis par leur handicap mais plutôt par leurs capacités. Rencontre.

Akeza.net : Avec un handicap des yeux, on peut d’ores et déjà s’imaginer à quel point votre enfance a été difficile…

Antoine : Toute mon enfance, j’ai vécu chez ma grand-mère. Mon père a quitté ma mère quand j’étais encore petit et ma mère s’est remariée. Son mari n’a pas voulu qu’elle me prenne avec elle parce que j’étais non voyant. Il estimait que j’allais être un fardeau pour eux. Alors ma grand-mère m’a élevé.

Akeza.net : Tu es né à Rumonge. Comment t’es-tu retrouvé à Bubanza ?

Antoine : Des bienfaiteurs qui avaient l’habitude de venir aux églises ont passé une annonce qu’ils allaient opérer les gens gratuitement. Ma grand-mère m’a emmené chez eux et malheureusement ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. En revanche, ils pouvaient m’aider à rejoindre une école pour non-voyants à Bubanza. Je suis allé là-bas et je me suis fait des amis qui par la suite. Des amis qui m’aidaient toujours.

Akeza.net : Avec la rentrée, tu a été scolarisé avec des élèves qui n’ont pas le même handicap que toi. Cela ne te faisait pas peur ?

Antoine : Je le savais que ce sera difficile. Eux, ils utilisent des stylos et des cahiers, tandis que moi j’utilise un poinçon et une tablette braille. Cela nous prend énormément de temps pour prendre les notes des dizaines de cours qu’on apprend.

Etant sorti prendre l’air, Léonard NZOYISABA, ami d’Antoine et non voyant de naissance nous rejoint. Dans l’entretemps, Antoine écrit quelques phrases que Léonard nous lira plus tard ©Akeza.net

 

Akeza.net : Tu commences bientôt le cycle supérieur de tes études secondaires, quelle option vas-tu choisir ?

Léonard : J’ai opté pour le droit au Lycée Notre Dame de la Sagesse.

Akeza.net : Pourquoi le juridique spécialement ?

Léonard : Mon père a vendu tous nos biens et ne nous a rien laissé. En troisième année primaire, j’ai été obligé d’arrêter mes études puisque ma mère ne pouvait plus subvenir à tous nos besoins.

Alors je restais à la maison à ne rien faire. Un jour à la radio, j’ai entendu des bienfaiteurs qui aidaient des gens aveugles comme moi. J’ai mémorisé leur numéro et j’ai cherché à les joindre. Ils se sont occupés de tout et me voilà prêt à commencer le cycle supérieur. Qui l’eut cru ?

Akeza.net : Ta famille doit être fière de tes progrès…

Léonard : Maintenant, les membres de ma famille le sont. Cela n’a pas toujours été le cas. Je me souviens quand j’étais encore enfant et que je voulais aller à l’école comme d’autres enfants. Ma mère m’a dit « Tes frères voient clairement mais ne vont pas à l’école, toi qui es aveugle, tu crois pouvoir y aller et réussir ? ». J’ai alors commencé à aller à l’église pour quémander et avoir de quoi acheter ce dont j’avais besoin.

Akeza.net : En ce qui concerne les cours de chimie, de maths ou de biologie, comment vous vous en sortez ?

Leonard : Jusqu’à ce jour, le seul matériel qu’on a à notre disposition c’est le braille et le pointeau. Pour les maths, il existe des calculatrices parlantes, mais nous n’avons pas les moyens de nous les acheter. Pour la biologie et la chimie, on fait ce que l’on peut et on mise sur la réussite des autres cours.

Akeza.net : Avec l’aide de YBSP, vous avez atteint un niveau dont vous pouvez être fiers, un mot à ces parents qui cachent leur enfant malvoyants ou aveugles ?

Leonard : Je tiens premièrement à remercier YBSP. Et en deuxième lieu, je tiens à ce que les burundais sachent que même étant aveugle, on peut devenir ce que l’on veut. C’est juste la volonté de le faire.

 

Tandis qu’on s’entretenait avec Leonard, Antoine a écrit “Je m’appelle Nduwimana Antoine, c’est ainsi que mes parents m’ont nommé”. Mots que Leonard nous a lu après l’entretien.

 

Propos recueillis par Miranda Akim’

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