Comprendre la crise du dollar en 5 points avec le Dr Salomon Nsabimana

Comprendre la crise du dollar en 5 points avec le Dr Salomon Nsabimana

Dr Salomon Nsabimana ©Akeza.net

Le Burundi traverse une crise liée au manque de devises depuis plusieurs semaines. Le docteur Salomon tente de nous expliquer les causes probables de cette situation, les conséquences et les voies de sorties.

Spécialiste en Macroéconomie, Le Docteur Salomon est enseignant dans plusieurs universités au Burundi et dans la région des grands lacs. A son actif, plusieurs articles et analyses  publiés à l’université du Burundi et à l’Institut de développement Economique où il exerce en tant que chercheur.

 

 

Akeza.net:Dans quelle mesure une monnaie  perd  sa valeur?

 

Dr Salomon : Il y  a deux explications possibles. Le premier mécanisme possible est  la dévaluation qui est une mesure prise par le gouvernement (autorité monétaire). Ici, la perte de valeur de la monnaie stimule les exportations. Plus la monnaie est faible, plus les produits fabriqués localement deviennent moins chers, ce qui augmente le volume des exportations et fait entrer des devises. On peut donner l’exemple des pays qui ont des entreprises qui peuvent réagir à une demande extérieure à court terme. Lorsque la monnaie chinoise est faible par exemple, les entreprises chinoises peuvent réagir à la forte demande extérieure et offrent beaucoup de produit afin de générer des devises. Mais dans les pays où il n’y pas beaucoup d’entreprise qui peuvent réagir  à l’offre, vous comprenez que la dévaluation ne va pas avoir des effets attendus, c’est le dernier recours.

Le deuxième mécanisme c’est la dépréciation qui est une perte de valeur de la monnaie selon le fonctionnement du marché des devises du marché de change. C’est cela le cas du Burundi  même .Plus il ya moins de devise, plus il ya une perte de valeur de la monnaie nationale. A ce niveau c’est que le marché de change fonctionne comme le marché de tout autre bien et service. Plus l’offre est supérieure à  la demande, plus le prix baisse. Lorsque la demande est supérieure à l’offre le prix monte. Il en est de même pour les devises, plus il ya l’insuffisance des devises par rapport aux besoins, plus la devise coute chère et la monnaie nationale perd de valeur.

 

Akeza.net : Quelles  sont les causes réelles du manque de devises  pour le cas du Burundi ?

 

Dr Salomon :Pour parler des causes de l’insuffisance des devises, il faut d’abord situer les sources des devises.Ces dernières se résument officiellement en trois canaux entre autres les recettes d’exportation, l’entrée des capitaux  soit en provenance de la diaspora Burundaise ou des investisseurs étrangers ,l’ensemble des appuis, aides et des dons qui proviennent des partenaires techniques et financiers.C’est dû peut être à l’insuffisance des devises  sur le marché par rapport à la demande soit lié  aux recettes d’exportation qui ont baissé car le volume d’exportation a baissé aussi , soit lié à la baisse des prix sur les marches internationaux.Par exemple vous savez que le Burundi exporte le café et le Thé mais ce n’est pas le Burundi qui fixe le prix.Si les flux des dons et capitaux diminuent vous comprenez que le Fbu va perdre de valeur.La crise que le Burundi traverse fait qu’il n’ya pas de circulation des capitaux et cela cause l’insuffisance des devises d’où la dépréciation de la monnaie nationale.

 

Il ya une autre cause qu’on appelle le sentiment du marché qui entrainedesanticipations. Si les gens remarquent que le taux de dollar ou Euro continue à augmenter, le reflexe est de conserver  le peu de devises  qu’ils ont dans l’espoir qu’ils vont gagner plus demain, mais également de vouloir convertir leur épargnes en monnaie locale en devises, ce qui augmente encore plus la demande,  la spéculation et la thésaurisation. Ce sentiment du marché peut entrainer la dépréciation de la monnaie nationale.Les signaux du marché de change peuvent conduire aux comportements des gens. Ce phénomène s’appelle ‘’prophétie auto-réalisatrice’’.

 

Akeza.net : Face à cette situation, la BRB et les Bureaux de change se jettent la responsabilité. Quels doivent être les rapports entre ces deux institutions et quel est le rôle de tout un chacun ?

 

Dr Salomon : En l’absence d’une recherche très poussé, il est difficile de démêler les responsabilités dans cette affaire. Ce qui est sûr par contre, c’est que  la Banque Centrale qui est l’autorité monétaire  connait la quantité des devises qui est émise sur le marché.De mon point de vue l’autorité monétaire devrait suivre ce qui se passe sur  le marché de change et engager un dialogue avec tous les acteurs concernés. Cette  collaboration permettrait aux autorités monétaires de connaitre les signaux émis par le marché de change ce qu’on appelle la théorie du signal. Les autorités monétaires sauraient quelles mesures  prendre en fonction de ce qu’elles observent sur le marché de change.

 

Akeza.net : Quelles sont les conséquences directes sur l’économie en général et  les ménages en particulier suite à cette dépréciation ?

 

Dr Salomon :C’est la perte du «  bien être » de tous les consommateurs c’est-à-dire le trio  ménage- Entreprise-Etat.Cette perte de « bien être »  passe par la diminution des capacités de consommationà travers un cercle vicieux des prix. Si la devise coute chère c’est que la monnaie nationale perd de valeur. Et si la monnaie perd de valeur le pouvoir d’achat du consommateur baisse,  autrement dit la capacité de consommer diminue. Si la devise coûte chère c’est que les importations  vont couter chères aussi.Cela a un effet direct sur la capacité des importateurs, ils verront leur capacité d’importation diminuer.Si nous allons au niveau de l’Economie dans son ensemble, plus les devises coûtent chères plus la capacité d’importation diminue.C’est tout le secteur qui est menacé.

 

Akeza.net : Quelles peuvent être  les solutions à court,moyen et long terme ?

 

Dr Salomon : A court terme et moyen terme  il faudrait créer un environnement attractif, qui permet aux investisseurs (étrangers ou diaspora) et bailleurs (dons, aides, ONGsetc)  d’amener les devises dans le pays et surtout  gérer de façon optimale la quantité de devises qui restent sur le marché en ces temps difficiles. Cela suppose le dialogue entre les acteurs concernés (BRB, banques commerciales, échangeurs etc).  Sur le long terme, il faudra augmenter les produits d’exportation en diversifiant les secteurs et produits qui peuvent générer des devises (minerais, huile de palme, fruits, tourisme etc). Le Burundi regorge de potentialités qui ne demandent qu’à être mise en valeur.

 

Akeza.net : On vous remercie M.le Professeur !

 

Dr Salomon : C’est  moi qui vous remercie .

 

Propos recueillis par Alexandre NDAYISHIMIYE et  Elvis NDAYIKEZA

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