Comment les burundais utilisent-ils les banques et les microfinances ?

Comment les burundais utilisent-ils les banques et les microfinances ?

Au Burundi, seuls près de 12,5% de la population adulte possède un compte dans une institution financière (banque ou microfinance). Plusieurs raisons expliquent ce manque d’adhésion au système financier : le manque d’informations, l’inaccessibilité des services dans le monde rural, la pauvreté qui ne permet pas l’épargne, etc. Il ressort aussi que le secteur informel est le plus largement utilisé par la population. Le monde rural a du mal à intégrer les institutions financières formelles alors que le monde rural constitue plus de 90% de la population.

 

Par rapport aux institutions financières, les burundais peuvent être regroupés en catégories selon une étude effectuée par FinScope et la Banque de la République du Burundi : le premier groupe est constitué de ceux qui ont un compte dans une banque et représente 3,7 % de la population adulte.  Le second groupe est constitué de ceux qui ont un compte dans une autre institution financière formelle non bancaire et  représente 8,8 % de la population adulte.  Le troisième groupe est constitué de ceux qui ne possèdent pas de compte dans le secteur financier formel mais qui sont membres d’un système financier informel (non reconnu légalement) tels que les associations d’épargne et de crédit et représente 14,2 % de la population adulte. Le quatrième groupe est composé de ceux qui sont entièrement exclus du système financier et  représente 73,3 % de la population adulte.

Le secteur bancaire est exclusif pour une large partie de la population tandis que les Institutions de Microfinance ( IMF) sont plus prisés. L’utilisation des services financiers comme les banques et les IMF est très peu profonde : 12,5 % utilisent un compte d’épargne;  2,9 % ont un crédit;  la très grande majorité des déposants ne possèdent qu’un seul compte;  4,7 % utilisent au moins deux produits offerts par les IF ; 85,7 % n’utilisent aucun produit, se contentant du dépôt et du retrait de leur argent. Toutefois, on note qu’entre 20 % et 40 % des comptes dans les IMF peuvent être inactifs.

L’informel prédomine toujours

 

Les crédits contractés dans le système informel sont 3 à 4 fois plus importants que le nombre de ceux accordés par les institutions financières comme les banques et les IMF. Cette réalité est aussi valable quand il s’agit d’épargner, emprunter ou effectuer des transferts de fonds.  Par exemple seule la moitié des transferts de fonds passent par le circuit formel. Plusieurs facteurs expliquent ce manque d’engouement pour le secteur formel : le manque d’informations, l’éloignement de ces services, un problème d’éducation financière etc.

 

Les centres urbains servis et le monde rural à la traîne

 

Près de 35% des points de service des institutions financières se retrouvent dans les zones urbaines alors qu’elles ne sont habitées que par 10% de la population. Une des explications fournis serait que les sommes exigées pour ouvrir un compte et même les frais de tenue de compte ne sont pas à la portée des populations rurales qui vivent en grande majorité avec moins de 1 dollar par jour. De plus, les produits offerts par les banques sont principalement orientés vers le secteur formel. Les IMF commencent à développer des stratégies pour attirer le secteur informel mais se heurtent souvent au manque d’éducation financière de la part d’un public non instruit malgré les assouplissements pour l’ouverture des comptes.

Les enquêtes de la BRB en collaboration avec Développement international Desjardins montrent que seuls 10% des répondants étaient informés des différents services offerts sur le marché financier. En 2013,  Le taux de possession d’un compte était  cinq fois plus élevé en zones urbaines qu’en zones rurales; le taux ne dépasse pas 5 % dans les provinces de Ruyigi, Karusi et Rutana. L’accès au crédit est en partie limité par le fait que les dépôts soient concentrés fortement à Bujumbura (seuls 2,9% affirment avoir bénéficié d’un crédit). En dehors de la Mairie de Bujumbura, la distance des points de service et la non-disponibilité de moyens de transport motorisés sont des facteurs importants qui freinent l’accès aux services financiers.

Qui possède un compte dans les banques et les IMF ?

 

Il apparaît que les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes, à utiliser les comptes dans les IMF et les banques. Aussi, près de 90% des salariés de l’Etat ont un compte contre seulement 52,1% dans le secteur privé. Les commerçants n’étaient que 30,1% à posséder un compte en 2013, contre 5,3% des agriculteurs. Les 18-29 ans sont deux fois moins nombreux que les plus de 30 ans.  Le Burundi reste un cas atypique dans la mesure où à la même époque, les femmes ne constituaient que 28,3% de la clientèle des IMF alors que dans la plupart des pays elles sont majoritaires.

 

Les usagers des services financiers se limitent  souvent sur  le retrait de l’argent  et le dépôt. Les autres services comme la demande d’un relevé, le paiement de factures, l’encaissement d’un chèque, l’ordre de paiement ,etc, sont très peu utilisées. A côté de la pauvreté, l’éloignement des points de service, le manque d’intérêt et bien d’autres obstacles socioculturels qui  déterminent le rapport du burundais à l’argent, restent des freins à l’adhésion dans les institutions financières. Il y a cependant un espoir : il y a augmentation de plus de 20% par an du nombre des usagers des services financiers formels, ce qui  augure un bel avenir pour ces institutions financières.

 

Elvis NDAYIKEZA

                  

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