Comédie : Rencontre avec Arthur Ban

Comédie : Rencontre avec  Arthur Ban

Arthur Ban, Comédien

Réalisateur, comédien, acteur et humoriste, Arthur BAN est l’un des comédiens qui font parler d’eux au Burundi. Plein de ressource et de talent, il sait passer de la réalisation aux One Man Show de manière assez naturelle. Avec déjà 2 films et plusieurs spectacles à son actif, il a accepté de nous parler de lui, de sa carrière et de ses projets futurs.

 

Akeza.net : Dis-nous, comment devient-on comédien ?

Arthur Ban : Des fois on devient comédien, parce qu’on est né comédien et des fois on peut développer cet art et cela grandit.

C’est quelque chose qui s’est développé en moi, sans que je ne m’en rende compte. Déjà à l’école primaire, je récitais les poèmes comme tout le monde et je voyais que mes camarades étaient intéressés. Et c’est à l’école secondaire, en classe de 8ème, que j’ai commencé à être sur scène en interprétant des rôles dans les pièces de théâtre. J’ai continué et j’ai vu que le public était vraiment intéressé. Pendant les entractes, je faisais des quiproquos et cela marchait.

J’ai continué avec le théâtre jusqu’à la fin de l’école secondaire et aussi à l’université. J’ai étudié les Sciences Humaines à l’Université du Burundi.

 

Akeza.net : Comment ont été tes débuts dans la comédie et de ton parcours?

Arthur Ban : C’est venu progressivement. C’est quelque chose que j’ai commencé à faire parce que j’aimais ça. A un certain moment, c’est Madame Floriane Kaneza et Monsieur Joseph Ndayisenga qui m’ont fait jouer pour la première fois dans leur film. Et quand j’ai interprété mon rôle, ils ont aimés. Je me suis alors dit qu’à l’intérieur de moi, il  y a quelque chose à développer.

C’est difficile puisqu’on ne travaille pas avec des sponsors. Pour dire la vérité, ça a été dur de finir mon premier film. Des fois on est découragé par le manque de moyens, des fois par l’environnement qui n’est pas toujours propice. Si je vais par exemple dans le domaine de la comédie, ce sont des choses que je fais avec mes propres moyens. Je suis obligé de supporter toute l’équipe qui travaille avec moi, les salles dans lesquelles je vais travailler, j’assume toutes les dépenses et ce n’est pas facile.

Mais aussi longtemps que l’on voit ce que les autres font, par exemple le Live Comedy qui est bien développé en Ouganda, le public est intéressé, il sait que c’est une activité qui demande de l’effort et qui contribue à construire la société.

La comédie est une chose sur laquelle il faut travailler au Burundi. Nous essayons de donner tout ce que nous avons mais le public n’est pas encore éduqué à propos de la valeur de la comédie, du théâtre et du cinéma. Les gens doivent comprendre que c’est un travail qui a besoin d’être rémunéré, qui a besoin de reconnaissance.

Ce métier j’ai choisi d’en faire ma vie, depuis 2013, je ne vie que de ça. Donc je suis sûr qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il grêle je ferais ce métier. Il nous appartient de faire tout  notre possible pour que le public soit à nos côtés, que ceux qui ont les moyens soient de notre côté et que le gouvernement contribue également.

Aujourd’hui j’ai déjà fait beaucoup de One man show, je les ai faits à l’Université du Burundi, au lycée RUTOVU à Gitega et aussi dans les cérémonies. J’essaie d’être le plus présent possible dans différentes activités, mariage, fêtes en tout genre.

J’ai déjà réalisé 2 films long-métrage. Il y’ en a un qui est sorti en septembre 2015 intitulé UMUTWE W’INKUBA « The Head Of Thunderbolt » et on compte sortir un autre en octobre 2016. J’ai aussi réalisé un court-métrage en 2016 et j’ai également travaillé sur des films réalisés par d’autres.

 

Akeza.net : Parlons de ton humour, Comment décris-tu tes spectacles ?

Arthur Ban :Je parle des réalités de la vie, de tout ce qui m’entoure, de la vie en général, de la société. C’est sous plusieurs formes. Des fois j’imite des personnalités reconnues, par la voix, la gestuelle. J’imite également les personnes dans la société. Je fais aussi des fois des caricatures. On ose des choses qui ne se font pas mais de façon comique. Il y a des choses que je fais en solo et d’autres que je fais avec d’autres personnes.

 

Akeza.net : Et à propos de tes relations avec d’autres artistes ?

Arthur Ban :Premièrement vu que le métier n’est pas développé au Burundi, c’est difficile de coordonner certaines choses avec d’autres humoristes. Mais on échange les idées. Par exemple, on a un projet en commun avec Fabrice Semahoro et j’aurai des invités parmi les humoristes du Burundi le jour de mon spectacle.

 

Akeza.net : Quel regard portent tes proches sur ton métier?

Arthur Ban : Il y a un regard qui est général aux artistes ; c’est que, des fois on nous dit  être en marge de la société, on est incompris. Mais il y a des personnes qui voient  et comprennent le rôle des artistes.

De mon côté, ma famille me supporte beaucoup, ils sont content de mes activités. Il  y a aussi mes amis, ils sont cool. Avec le feuilleton radiophonique « Agashi » –dans lequel j’ai travaillé– qui a cartonné en 2015 et qui est de retour; beaucoup de gens se souviennent de mon profil dans ce feuilleton et disent que notre feuilleton était cool.

Avec le premier film que j’ai fait et qui a été dans de nombreuses salles de projection, il  y a ceux qui sont venus en nombre et ceux qui nous écrivent sur Facebook et nous disent que notre film est authentique. Il y a aussi ceux qui nous disent que ce que nous avons dit ce qui se passe vraiment dans la société, dans nos familles. Je ne savais pas que c’est quelque chose qui pouvait toucher les gens de la sorte.

Je dirai qu’avec ceux qui m’entourent, nous sommes en bonne relation à propos de mes activités. Evidemment il y a ceux qui ne sont pas d’accord avec mon apparence physique et qui me disent que j’essaie de me faire vieux alors que je suis jeune. Surtout avec ma barbe, il y’ en a qui ne la trouve pas cool.

 

Akeza.net : Tu te produis à Gitega les 9 et 10, à quoi doit s’attendre le public ?

 

Arthur Ban : Ce sera un One Man Show et j’aurai des invités. Il y aura un artiste qui émerge qui s’appelle Gitoro et un groupe de danse de Gitega. Ça se tiendra à l’American Corner de Gitega, le 9 septembre de cette année de 18h à 20h et le 10 Septembre je serai à Estis Bar.

Dans ce spectacle je donnerai tout. Je parle de la société, de la société à ma façon. Ce sera la 2ème fois que je me produise à Gitega. Il y a déjà un public qui me connait, en tant qu’acteur de cinéma parce que mon film a été bien vu à Gitega et y a ceux qui me connaissent comme acteur de feuilleton radiophonique. Donc je pense que ça va bien se passer.

 

Akeza.net : Quels sont tes souhaits pour ce métier et ton message aux artistes?

Arthur Ban : Premièrement je remercie les médias pour leur soutien en ce qui concerne la visibilité. Deuxièmement faut que les artistes travaillent corps et âmes. Vous voyez, il  y a ce slogan que j’entends toujours, « nous n’avons pas les moyens », je me demande jusqu’à quand manquerons-nous de moyens ? Ce n’est pas en se couchant que nous aurons les moyens.

J’ai commencé à être sur scène en 2005 et j’ai signé mon premier contrat en 2013. Si je m’étais mis à attendre de l’argent, j’aurai abandonné. Tout ça pour dire aux artistes de donner tout ce qu’ils ont à donner, de faire tout ce qu’ils peuvent faire et le public sera captivé par ces activités, ceux qui ont l’argent seront intéressés et donneront l’argent. Vous pouvez voir en Tanzanie c’est du business, j’ai déjà parlé de l’Ouganda où la comédie c’est la vie des gens, où le public est toujours présent et sait qu’il a besoin de la comédie comme il aurait besoin de la nourriture ou la boisson. De toutes les façons on ne fait pas de spectacle juste pour rire, mais il y a toujours un message qu’on veut donner à la fin. C’est une autre façon de transformer la société tout en la divertissant. Que les artistes donnent ce qu’ils ont à donner et le public suivra.

 

Propos recueillis par Moïse MAZYAMBO

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