Cinema : Joseph BITAMBA présente le film documentaire ‘’Tambours sacrés’’

Joseph BITAMBA présente le film documentaire ‘’Tambours sacrés’’ (www.akeza.net)

Joseph BITAMBA présente le film documentaire ‘’Tambours sacrés’’ (www.akeza.net)

Le film Tambours sacrés raconte l’histoire des tambours burundais et des tambours des Premières Nations Canadiennes .Ces artistes de culture si différente semblent vouer au tambour le même culte ! Comment est-ce possible de partager tant de points communs ?

 

Alors que ce film sera projeté à l’Institut Français du Burundi dans la semaine, Akeza.net a rencontré le réalisateur.

 

Akeza.net : Comment l’idée de ce film vous est-elle venue ?

 

Bitamba : J’ai toujours été fasciné par le tambour. J’ai grandi à Gitega en voyant Gishora jouer le 1er juillet, lors des fêtes nationales.

 

Akeza.net : Quel est le rapport profond entre le tambour et l’âme du burundais ?

 

Bitamba : Quand je parle de tambour, je ne parle pas du morceau de bois, je parle de l’âme justement, c’est ça ma recherche, c’est ça mon film. Comme j’étais au Canada, comme la plupart des burundais à un certain moment j’ai été obligé de partir, j’ai retrouvé un peuple qui considère le tambour avec le même respect que les burundais. Les Indiens disent, ‘’le tambour, c’est comme un cœur qui bat’’. Les burundais disent ‘’le tambour c’est le burundais, c’est notre croyance, c’est notre âme’’. N’eut été les belges qui ont cassé ça, telle était la représentation de Dieu.

 

Akeza.net : A quoi doit-on s’attendre à retrouver, à voir, à apprendre avec ce film ?

 

Bitamba : Je n’ai aucune idée de ce que vous allez apprendre. Moi j’ai beaucoup appris avec ce film. Un film par définition est un acte égoïste. Je voulais satisfaire ma recherche, j’ai réussi ! À vous d’aller voir le film, vous m’en parlerez après. Tout en espérant que vous allez voir l’âme burundaise dont je parle…

 

Akeza.net : Vous parlez d’un parallélisme entre le tambour burundais et le tambour indien. Quelle est la connexion entre les deux ?

 

Bitamba : La connexion, ce n’est pas le rythme. J’ai n’ai pas fait un film sur le rythme, le jeu des tambours. J’ai fait un film sur l’esprit. Pourquoi ce tambour représente-t-il autant dans la société burundaise et trouve les mêmes similitudes de respect, d’amour, de régulation de la société chez les Indiens ? Ce qui m’intéresse c’est l’être humain et ce que l’être humain a inventé , en quoi nos sociétés avaient des valeurs.

 

Le Belge nous dit,’’ il y a un dieu qui est blanc et vous allez prier tous les dimanches’’. Moi je dis, ‘’il y avait Kiranga, notre religion’’, laquelle est bonne ? Aucune idée, il faut choisir. Moi je dis, il ne faut pas imposer à un peuple une autre vision, c’est ça les maux de la colonisation. On n’avait pas à nous imposer d’autres croyances. Et aujourd’hui si on essaie d’y revenir, on va nous dire ‘’c’est sauvage, il ne faut pas pratiquer des cultes sauvages’’. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, les gens reviennent aux traditions.

 

Akeza.net : Donc vous osez poser la question…

 

Bitamba : Ce n’est pas une question, c’est une démarche, c’est un constat, je remarque tout simplement, qu’il n’y a plus rien de traditionnel…est ce que c’est là où on a perdu notre âme ? C’est aux historiens de nous répondre…il y a Mworoha qui va venir, il pourrait nous répondre. Il y a des connaissances que je n’ai pas. Je suis un réalisateur, je ne fais que constater. Je constate que le burundais a perdu quelque chose et qu’il n’essaie pas de le retrouver, ou qu’il le retrouve en cachette. Il faut assumer haut et fort nos valeurs. C’était de bonnes valeurs. Elles ont quand même guidé la nation burundaise pendant quatre siècles, ou plus.

 

Akeza.net : Quels sont les projets pour ce film ?

 

Bitamba : Le film voyage dans les festivals …j’essaie de le vendre dans les chaines privées. C’est très compliqué de vendre un film aujourd’hui, il n’y a plus d’argent dans les télévisions. Mais je suis juste content d’avoir fait mon film. Le film est là, il voyage dans les festivals, il y en qui le sélectionnent, d’autres pas…il y a des projections, les gens le regardent ici, à Toronto, à Ottawa. Une fois un film terminé, il a sa propre vie, sa propre carrière.

 

Akeza.net : La grande question est de savoir combien de burundais auront accès à ce film qui traite d’un sujet qui les touche tout particulièrement…

 

Bitamba : Le film sera projeté à la télé Renaissance qui est partenaire de ce projet, je suis en discussion avec le Cinéma des Anges de Ruyigi, Gitega, il y a le festival qui l’a montré au Festicab , Léonce NGABO pense faire du cinéma mobile , moi aussi , en Belgique il y a des soirées tambours , en France je suis en train de discuter …ça s’enchaine , c’est la vie d’un film et les gens sont très intéressés.

 

Akeza.net : Quel regard portez-vous sur le cinéma burundais ?

 

Bitamba : Du peu que je vois quand je suis de passage, il y a beaucoup de jeunes très talentueux, j’en parlais au ministre de la culture, qui se démènent, qui se débattent mais qui font un travail extraordinaire. Il faut juste que soit le ministère, soit, je ne sais par quel canal, on aide ces jeunes. Faire un film, ça coute de l’argent. Mais ces jeunes, en faisant des films, perdent de l’argent, alors qu’ils devraient être rémunérés, ne fut-ce que pour l’écriture.

 

Il faut juste structurer mais le talent est là. C’est une vitrine. C’est eux qui portent le Burundi. Aujourd’hui, on entend plus de cinéastes que de chanteurs par exemple. Ils vendent le Burundi, ils nous montrent le Burundi, ils sont témoins de ce qui se passe ici. Je suis très fans des jeunes cinéastes burundais, ils n’ont rien à envier aux autres jeunes.

 

Akeza.net : Si je me permets, quel est le secret de votre éternelle jeunesse… ?

 

Bitamba : On ne me voit pas, on n’est pas à la télé…

 

Akeza.net : Oh que si, il y aura une photo …

 

Bitamba : Euh…c’est une question de mentalité. Mais là vous voulez dire que je suis vieux…

 

Akeza.net : Non…je veux dire que vous avez l’âge mais que vous n’en avez pas l’air…

 

Bitamba : Sport, faites du karaté pendant dix ans et vous verrez les effets sur votre santé, faites du jogging, n’abusez pas de l’alcool, ni les….voilà (rires) .Mais ça, on me l’a jamais fait…

 

Akeza.net : Ah oui ? C’est qu’il y a toujours une première fois. Rappelez-nous les dates, le lieu…

 

Bitamba : C’est euh…je ne parviens pas à l’appeler Institut Français du Burundi. Pour moi c’est resté le Centre Culturel Français. Parce que j’ai une histoire au CCF. C’est là où on est sorti pour voir nos premiers films. Quand j’étudiais au secondaire à l’athénée, nos sorties c’était là-bas, avec nos petites copines, et un coca, et un briquet, une cigarette, c’était le paradis. On ne demandait pas beaucoup, mais on était heureux. On a vu d’excellents films. Tous les vieux films français, tous les films qui sortaient, c’était là-bas, c’était au Centre Culturel Français.ma constitution cinématographique s’est faite dans cette petite salle qui a été transformée. Donc, quand j’y vais, j’entre avec beaucoup d’émotion. mais je sais

 

Akeza.net : Qu’en est-il de l’entrée ?

 

Bitamba : c’est entrée libre. Mais c’est Mikadie qui organise, la question devrait leur être adressée. J’ai de formidables partenaires. Mon film a été monté au Burundi, par Monsieur Rudi Kimvuidi, qui est un excellent monteur, et la production c’est Mikadie, qui a beaucoup appuyé. Donc, ce n’est pas un film qui s’est fait au canada seulement…c’est un film qui s’est fait sur les deux continents.

 

Tambours sacré sera projeté jeudi 16 octobre 2014 à l’Institut Français du Burundi, à partir de 14h.

 

Propos recueillis par Landry MUGISHA

 

 

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