Carmen NIBIGIRA :’’ Le potentiel de notre pays en matière de tourisme est énorme’’

Carmen NIBIGIRA , à la tete de la plateforme du tourisme EAC © Droits reservés

Carmen NIBIGIRA , à la tete de la plateforme du tourisme EAC © Droits reservés

Ancienne directrice générale du Tourisme, Carmen NIBIGIRA qui vient de clôturer ses études de 3e cycle a récemment été choisie pour diriger la plateforme du tourisme régional regroupant les 5 pays de l’EAC. Dans cet entretien, elle revient entre autres sur l’impact de la situation actuelle sur le tourisme au Burundi.

 

Akeza.net : Vous gardez sûrement un œil sur le Burundi. Êtes-vous optimiste par rapport à la situation qui prévaut au pays ? Allons-nous relever notre économie ? Qu’en est-il du tourisme ?

 

Carmen : Oui, comme tout citoyen burundais, je suis toujours plein d’espoir pour l’avenir de notre beau Burundi. La question de la relance de l’économie de notre nation ne peut être répondue seulement en se concentrant sur ce que nous vivons actuellement. Cette pertinente question est très complexe pour être considérée seulement en regardant l’économie. Il y a de nombreux paramètres à prendre en considération. Si on met l’accent sur le tourisme, il faut se rappeler que le tourisme est un secteur intégré, entrelacé avec d’autres secteurs de l’économie.

 

Ces derniers mois, le Burundi a attiré l’attention de tous les différents motifs qui ne sont pas propices à la promotion du tourisme. Il existe une corrélation entre la stabilité politique et le développement économique en matière de tourisme. Etant un État fragile, toute personne travaillant dans le tourisme sait combien il est difficile de travailler dans ces environnements difficiles volatils. Beaucoup de projets de développement en mettant l’accent sur le tourisme exigent un engagement de notre pays et des donateurs.

 

Aujourd’hui, la plupart de ces projets sont en attente. Nous ne pouvons pas parler de perspective de développement du tourisme au Burundi sans tenir compte du fait qu’il y a une volonté politique, le pays décide quel poids il veut donner à ce secteur. C’est en temps de stabilité et de paix que les intérêts des investisseurs seront assurés, les revenus du tourisme par le biais des impôts pour soutenir notre économie seront recueillis, sans oublier le respect de la primauté du droit et les droits de propriété.

 

Akeza.net : Vous avez géré le tourisme au Burundi. Le Burundi regorge-t-il d’atouts touristiques, au point de devenir une destination touristique reconnue sur la carte du monde, ou d’Afrique?

 

Carmen : Le potentiel de notre pays en matière de tourisme est énorme et cela est un fait, mais nous devons tourner de potentiels actifs en produits et services touristiques.

 

Une destination touristique ne se fait pas par accident, c’est une décision économique stratégique et politique. Sur le continent africain, nous avons différentes destinations touristiques souvent en concurrence les unes avec les autres. Le Burundi a de quoi se faire valoir comme une destination compétitive, mais cela exige beaucoup de bons investissements, le développement de produits et leur diversification, une main-d’oeuvre qualifiée pour aller au-delà de la prestation de services standard auxquelles nous sommes habitués à au Burundi.

 

Le fait que nous soyons déjà entourés par les géants du tourisme dans la région est une possibilité ouverte pour la collaboration. Nous pouvons apprendre de nos voisins de l’EAC et mettre en œuvre des stratégies ainsi que des politiques exploitant les avantages du tourisme au profit de notre peuple, de notre nation et de la région. J’aimerai voir le Burundi rejoindre les programmes de développement existants, tels que la vente du tourisme comme une seule destination EAC du tourisme, un visa touristique unique, le marketing conjoint, le développement de produits et les ressources humaines, sans oublier la conservation et des initiatives environnementales conjointes.

 

Akeza.net : De nos jours, le tourisme et la communication vont de pair. Mais en observant, il y a lieu de croire que le plan communication n’a pas assez de place dans ce secteur au Burundi. Quel est votre commentaire?

 

Carmen : Tellement vrai. La communication est au cœur de l’industrie du tourisme. En effet , le tourisme n’est rien d’autre que la capacité de vendre cette destination de vacances de rêve, mettre en valeur ses lieux exotiques , pousser les gens à l’envie de voyager et vivre une expérience/quelque chose d’unique. Le monde est emballé et vendu à travers tous les canaux de communication que ce soit par les médias sociaux, les médias imprimés ou numériques. Mais la communication et la mise en valeur d’une destination touristique est souvent un exercice très coûteux.

 

Malheureusement, nous avons obtenu des résultats médiocres en termes de communication et dans le tourisme au Burundi. Ceci est principalement due à l’absence de ressources ainsi que le manque d’une appréciation juste de la valeur de la communication son objectif, pourquoi et comment. Ce n’est pas un travail d’amateurs, il faut des professionnels pour ça.

 

Akeza.net : Bien que les avis soient partagés la dessus, en ce moment le Burundi connait une situation politico-sécuritaire «critique». Et sur le plan international, l’image de ce pays est ‘’ternie’’. Quelles sont les retombées négatives, les conséquences pour ce secteur ? Quel est votre regard?

Carmen : Pour tout pays post-conflit ou destination touristique, la priorité est toujours de reconstruire et redorer l’image de la destination. Gagner la confiance a toujours été associé à une vision à long terme cohérente. Les changements graduels, petites étapes et décisions très stratégiques sur la façon de commercialiser, redorer et assurer la visibilité d’une destination post-conflit peut être très compliquée. Il faut des années et des ressources pour rétablir la confiance, construire des infrastructures de tourisme, développer des produits touristiques et investir dans le capital humain.

 

Les exemples de pays comme nous sont nombreux : le Rwanda, juste à côté, le Vietnam, le Cambodge, la Croatie, Chypre pour nommer quelques-uns qui ont dû reconstruire leur pays comme destination touristique après des années de conflits ou de guerres. L’image d’une destination touristique est soumise à tout facteur pouvant influer sur les perceptions des visiteurs / touristes pour cette destination particulière.

 

Au Kenya par exemple, avec la menace du terrorisme dans les quelques derniers mois, le tourisme a souffert d’un recul économique. La récente épidémie de virus Ebola en Afrique de l’Ouest a marqué à peu près tout le continent comme un continent sous la menace Ebola. La communication est un travail continu, nécessitant un suivi et la diffusion de la bonne information au bon moment.

 

Armand NISABWE   Landry MUGISHA

 

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