Buja Sans Tabou/Février 2020 : Le théâtre à l’assaut de l’histoire du Bujumbura

Buja Sans Tabou/Février 2020 : Le théâtre à l’assaut de l’histoire du Bujumbura

Lors de sa 3e édition, en 2018, le festival de théâtre « Buja Sans Tabou » avait lancé un concept encore méconnu à l’époque. Celui d’amener le théâtre vers le public. Un concept assez innovant qui aura eu le mérite d’ouvrir les portes de cet art, considéré comme un « art réservé aux élites » au citoyen lambda. Pour sa 4e édition, il pousse le concept encore plus loin en faisant la jonction entre théâtre et histoire, le tout au cœur de la cité. Une façon de rallier les habitants des quartiers les plus anciens de Bujumbura à leur histoire, souvent méconnue du grand public.

Vouloir intéresser le grand public au théâtre en se produisant dans des endroits autres que les salles de spectacle, lors de la 3e édition, était un pari audacieux pour le festival Buja Sans Tabou. Un risque que Freddy Sabimbona et ses compagnons ont voulu tenir et un qu’ils ont réussi. Seulement, à nouvelle édition, nouvelle idée. Il fallait trouver un autre moyen d’intéresser le public au théâtre en sortant des sentiers traditionnels, tout en évitant de refaire exactement la même chose que la dernière fois. La routine n’est pas toujours très bonne.

C’est à ce moment que vient cette belle idée. Déplacer le théâtre, non pas dans les bars comme la dernière fois, mais dans les rues. Un virement encore plus inhabituel que de jouer chez Gérard. « Pour la 4e édition, l’on s’est dit que la formule dans les bars avait bien marché. On s’est dit que l’on va aller dans les quartiers », nous raconte Freddy Sabimbona. On parle de Bwiza, Nyakabiga, Buyenzi, Ngagara ou encore le quartier asiatique. Des quartiers emblématiques de l’histoire de Bujumbura.

Justement puisque l’on parle d’histoire, on est en droit de se poser une question. Pourquoi choisir un quartier plutôt qu’un autre ? Une question qui en soulèvera une autre, celle de savoir comment est née la ville de Bujumbura. Il serait plus judicieux de connaitre, non seulement l’histoire de la création de la ville mais surtout l’histoire des quartiers. « On s’est dit, pourquoi choisirait-on Bwiza et pas Buyenzi ? Et en se posant les questions ainsi, on a réalisé que l’on ne connaissait pas comment les quartiers étaient nés à Bujumbura. C’était important pour nous de savoir comment s’est fait Bujumbura », nous explique Freddy Sabimbona.

Sans cela, on pourrait proposer des pièces sans cohérence avec la réalité de ces bastions historiques de Bujumbura. Il a fallu régler ce problème.

Pour résoudre ce problème, il fallait apprendre l’histoire. Revenir aux origines, à la genèse de ces quartiers que cette grande plaine de Bujumbura a vu sortir de terre au fil du temps. Le festival a alors entamé une série de conférences sur l’histoire de Bujumbura durant toute l’année 2019. Des séances qui ont eu l’honneur de voir participer d’éminents spécialistes de l’histoire de cette ville.  Des personnalités telles que les professeurs Emile Mworoha, Domitien Nizigiyimana ou encore Christine Deslaurier. Des moments enrichissants qui ont fait la lumière sur la naissance et l’évolution de Bujumbura.

« On a fait pas mal de recherche avec beaucoup d’historiens qui nous ont beaucoup aidé. On s’est beaucoup documenté », raconte Freddy. « Et avec les différentes compagnies, nous nous sommes dit que l’on choisirait chacun un quartier qui nous parle et qu’on écrira des pièces qui parlent de ces quartiers », ajoute-t-il. Une foi imprégnées de ce flux d’histoire et après être allé au contact des habitants de ces quartier emblématique, les troupes ont commencé un processus de création de pièces intrinsèquement liées à cette histoire. Des pièces qui devraient parler aux burundais et les fédérer autour d’une histoire commune.

Avec cette nouvelle formule, le festival Buja Sans Tabou, tente une nouvelle expérience. Et au-delà de sa volonté de laisser une empreinte, le festival veut résolument faire du théâtre un art populaire, disponible et accessible à tout le monde.

 

Moïse MAZYAMBO

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