Bigendako Bernard : 45 ans d’une fabuleuse carrière dans la sculpture…

Bigendako Bernard dans son atelier (www.akeza.net)

Bigendako Bernard dans son atelier (www.akeza.net)

La sculpture est une activité qui date de très longtemps au Burundi. Promu par les colonisateurs, ces derniers avaient créés une école d’art pour l’apprentissage et le perfectionnement. Mais peu après, le domaine a été délaissé. Ce métier est exercé actuellement par très peu de personnes, suite aux troubles qui ont déchiré le pays, emportant de nombreuses vies humaines sans épargner les artistes. C’est aussi à cause du manque de la nouvelle génération, pouvant se consacrer à ce métier. Akeza.net, votre journal en ligne qui vous parle souvent de différents monuments de la culture vous emmène cette fois-ci à la découverte de Bernard Bigendako, une illustre personnalité de l’art au Burundi, sans aucun doute  le meilleur sculpteur de sa génération, pour ne pas dire de tous le temps, ce qui ne serait pas non plus très faux.

 

Sa rencontre avec la sculpture, les débuts

 

Bernard Bigendako a vu le jour à Makamba, dans la commune de Vugizo. Il a fréquenté l’école primaire dans la même province, avant qu`il ne soit orienté à l’école d’art dite Ecole Céramique de Giheta. C`est par là qu’il a fait connaissance avec la sculpture, le métier qui le suivra toute sa vie. Là, nous sommes en 1968. Après ses études d’art, il crée avec ses promotionnels un atelier à Giheta. Il y a travaillé pendant une longue période, endurant avec ses 12 collègues la crise que connaissait notre pays à cette époque.

 

Alors qu’un bon nombre de ses collègues partent, Bernard va rester à Giheta jusqu’en 1993. Cette même année, les prêtres de Mutumba séduits par son talent, le font venir travailler sur un projet de la construction du sanctuaire du Mont Sion Gikungu. Tout objet d’art se trouvant dans ce sanctuaire, c’est lui. Bernard a travaillé dans cet atelier de Mutumba pendant 15 ans. C’est au mois de juin 2009 qu’il  quitte Mutumba pour venir s’installer à Bujumbura, plus précisément au musée vivant où il a un atelier et un point de vente.

 

La sculpture, un métier sans avenir ?

 

Selon Bernard Bigendako, la sculpture reste un métier méconnu par le peuple burundais. « Pour moi, ce domaine n’est pas exploité dans ce pays. Il est vrai que quand on produit une œuvre de qualité, elle est aussi bien appréciée du le  public que des autorités. Mais cela ne suffit pas, on doit chercher à le développer davantage. Ailleurs, ils sont beaucoup plus avancés en la matière», nous confiait  Bernard avec l’air un rien pensif. Si la situation reste telle qu’elle est aujourd’hui, il y a risque de voir la sculpture disparaitre au Burundi. «Figurez-vous, il n’y a plus d’école d’art incluant la sculpture au programme. Le gouvernement n’en est  plus capable. Quand ils ont arrêté de prendre en charge l’école d’art avant que nous ne terminions nos études, ils disaient que c’est cher. C’est le diocèse de Gitega  qui a fini par nous accorder son soutien», se rappelle –t-il avec nostalgie.

 

Il y a quelques années, Bernard Bigendako,  conscient de la grandeur du problème qui guette la sculpture, et qui risque de la condamner à la disparition suite au manque des successeurs avait tenté de former une nouvelle génération avec ses propres moyens. Mais sans l’implication de l’Etat, on ne peut pas faire grand-chose, remarque-t-il.

 

Monsieur Bernard se base sur la culture dans œuvres. Vous trouverez dans ses statuettes par exemple, des images qui vous renvoient dans le temps, en relatant la vie que menaient la femme rurale burundaise, ou les activités dans le rugo. Le sculpteur déplore l’indifférence de ses compatriotes. «Il est une chose que je ne comprends pas. Nos produits  sont achetés par des personnes venus de l’étranger. Les burundais ignorent nos œuvres. Par contre, ils vont les acheter ailleurs, souvent au Kenya, en Chine. Je ne sais pas si tu as déjà remarqué cet effet, dans la plupart des hôtels locaux, il n’y a que des produits importés de l’extérieur alors qu’ici on en a. Cela ne veut pas dire que je parle pour la sculpture, ça concerne tout le monde, y compris ceux qui font de la peinture. Pourquoi ne pas prendre ceux d’ici ? » , s`étonne -t-il.

 

Les passages marquants de sa carrière

 

En 45 ans de carrière, Bernard a pu vivre tellement de moments d’exception qu’il a pu facilement oublier le détail de la plupart d’entre eux. Mais certains moments tout comme certaines œuvres sont tellement vivants qu’on ne saurait les oublier.

 

Ce qui lui vient en tête en premier, c’est tout le travail qu’il a effectué au sanctuaire du Mont Sion de Gikungu. « Quand je vais dans cet église, je suis dépassé par la qualité et la touche de ces œuvres. J’ai parfois l’impression que je ne suis pas celui qui les a fait. »

 

Les statuts immenses qui surplombent le palais des congrès de Kigobe lui comblent de bonheur. C’est son œuvre également. Bernard nous a révélé que les statuts qui décorent le palais présidentiel, sur lesquels il a consacré son temps, font de lui un homme fier de son métier.

 

Demander à Bernard ses plus beaux souvenirs du métier, c’est comme jeter un stick d’allumette dans une marre d’essence. Il a vécu beaucoup de bonnes choses. « En 1992, je suis parti en Belgique pour faire de stages. Moi je faisais la sculpture en bois, et eux en pierre. J’étais impressionné par leur travail et curieusement, eux aussi étaient frappés par ma façon de faire. Ces belges m’ont tellement apprécié qu`ils ont voulu venir avec moi au Burundi, en vue de faire un stage chez moi, à leur tour. En grande partie, ce sont les voyages que j’ai effectué qui m’ont marqué. Dernièrement j’étais invité au Canada par les membres de la diaspora burundaise, lors de  la journée de la culture burundaise. J’y ai exposé mes produits et ils n’en ont pas cru leurs yeux. Ils ont beaucoup aimé mon travail. Jusqu’à aujourd’hui, je reçois des commandes en provenance du Canada.»

 

On a demandé à Bernard, s’il avait un mot ou un message qui lui tient à cœur qu’il aimerait faire passer. Etrangement, il nous a fait savoir qu’il n’a rien à raconter. « Depuis 1968, je lance toujours des appels vibrants à l’égard des autorités, mais il n’y a rien qui change. Alors j’ai conclu qu’ils ne veulent pas entendre.»

 

Armand NISABWE

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