Avoir des cheveux crépus, nouvelle tendance ou retour aux racines africaines ?

Avoir des cheveux crépus, nouvelle tendance ou retour aux racines africaines ?

Christella Kwizera

Trop secs, généralement denses et difficiles à démêler, sans aucun doute, les cheveux crépus sont pénibles à coiffer. Cependant,  en dépit de toute leur complexité, les cheveux crépus sont d’une beauté indéniable.

Preuve : les burundaises en ont fait une nouvelle tendance qui leur va si bien.

Mais si on creuse bien, est-ce une nouvelle tendance ou bien un simple retour aux racines africaines. Christella Kwizera, elle-même ayant des cheveux crépus et détenant un blog sur les soins et astuces à base de produits naturels.

Elle partage des routines qu’elle a elle-même expérimenté( https://kwizymariza.wordpress.com/ ) pour accompagner des femmes ayant des cheveux tant crépus que défrisés. Voici ses impressions sur ce phénomène.

 

Christella Kwizera a 32 ans  et habite à Lyon. Licenciée en sociologie, elle a un master professionnel en Communication Humanitaire, deux masters de recherche en sociologie  dont un sur les questions de genre. Son dernier sujet portait sur les enjeux de l’entreprenariat féminin en artisanat au Burundi.

 

En ce moment, elle travaille sur un projet de thèse toujours sur les questions de genre mais cette fois avec la dimension de l’environnement. Sa spécialité, c’est l’étude des cultures et son terrain d’étude de prédilection l’Afrique de manière générale, l’Afrique de l’Est globalement et le Burundi en particulier.

 

Akeza.net : Pourquoi ce changement soudain de mode capillaire chez les femmes? Est-ce juste une tendance à la une ou assiste-t-on à un retour à ses racines africaines ?

 

Christella: Je ne crois pas que ce soit un changement soudain de porter des cheveux naturels. C’est juste qu’il y a de plus en plus de femmes qui décident de ne plus défriser. Donc vu qu’à l’heure des médias et réseaux sociaux, ça devient plus facilement accessible car on poste régulièrement les choses, on s’encourage et on s’apprend mutuellement des choses.

C’est une mode dans le sens où même si ça touche particulièrement les personnes de peau noire que ce soit aux USA, en Occident, en Afrique, partout, c’est devenu viral.

Ça pose des questions plus profondes à savoir que la plupart des femmes qui vont décider de retourner aux cheveux naturels, ça peut être suite au traumatisme capillaire dû aux défrisants, ça peut être dû à la cherté des produits, ça peut être aussi à cause d’un nouveau cap dans la vie : la maternité. Quand on est mère, on fait plus attention à l’image qu’on renvoie à ses enfants, surtout à la petite fille.

 

Akeza.net : Selon des études faites, les produits défrisants et autres produits capillaires auraient un impact considérable comme le cancer du sein, la solution serait-elle alors de devenir 100%naturelle?

 

Christella: Je ne sais pas si la solution serait de devenir 100% naturelle et surtout qu’est-ce que ça veut dire. Parce qu’on ne l’est jamais vraiment ou du moins de manière régulière. Etre naturel, ça suppose arrêter les shampoings, après shampoings conventionnels, arrêter tout ce qui n’est pas bio et aller plus loin, comme certaines personnes et faire des « Homemade Cosmetics », et ça dépend concrètement du cheminement de chacune. Mais ce que j’ai envi de souligner c’est que tout le monde a le droit de faire ses choix et on ne peut pas les faire si on n’a pas l’information. Comme les ingrédients dans nos produits de beauté.

 

Je pense que les études faites sur les diverses problèmes dus aux défrisants, peuvent être comparés aux études sur les effets néfastes des parfums, des déodorants qui pourraient causer le cancer du sein, il y a des liens qui ont été évoqués, mais je ne suis pas au courant qu’il y ait eu une étude approfondie.

C’est comme aussi quand on parle du blanchiment de la peau, il y aura des personnes qui ont une réelle volonté d’arrêter ce processus là, mais quand on a longtemps blanchi sa peau et qu’on arrête soudainement, le corps réagit.

 

Donc il y a tout un accompagnement à mettre en place peut-être, pas pour être 100% naturel si on ne le souhaite pas, mais pour atteindre  un niveau d’infos pour bien choisir :  assurer son propre bien -être et non suivre une tendance qui va nous aliéner et nous faire  regarder nous-mêmes d’une certaine façon qui n’est peut-être pas la plus adaptée.

 

 

Akeza.net : Les cheveux naturels ont besoin des traitements assez coûteux. Quelle alternative offres-tu à celles qui ne peuvent pas s’en procurer?

 

Christella : Non, les cheveux naturels  n’ont pas besoin de traitement coûteux. Comme je l’ai expliqué dans pas mal de mes articles, la plupart des ingrédients qu’on trouve dans nos cuisines, sont des choses qu’on peut aussi utiliser dans nos soins capillaires. Des exemples :

Le yaourt quand tu le mélanges avec de l’huile végétale, tu as un bon après -shampoing. Le temps de pause fera de ce soin un masque protéiné ou un simple soin démêlant.

Quand on achète un après shampoing basic et qu’on y ajoute du miel, on a un bon soin après shampoing.

Le shampoing que j’ai, ça fait 1 an et quelques mois que je l’ai. Ce qui est bien avec les cheveux naturels on apprend à faire des achats intelligents, on achète que ce dont  on a besoin et quand par hasard on ne l’a pas, il y a toujours une alternative à la cuisine pour vous dépanner.

Ce n’est pas cher du tout. C’est juste qu’il faut développer d’autres stratégies d’achat.

L’autre question à se poser : l’odeur de certains produits sur la peau, comme le beurre de karité, l’huile de sésame qui je vous l ‘accorde sentent fort. A cela, des huiles essentielles ou d’autres fragrances aromatiques peuvent aider. Si c’est pour un baume capillaire au karité, le mélanger à un après shampoing peut atténuer.

Mais franchement, entre un produit qui sent bon mais qui n’apporte rien ni à votre cheveu ni à votre peau et un autre qui sent un peu sans être horrible, quel sera votre choix?

 

Tout s’apprend, ce n’est pas un truc avec lequel on nait. C’est un apprentissage au quotidien parce qu’à chaque fois que les cheveux poussent, vous devez faire plus de soins ou prendre plus de temps. Toujours est-il que quand vous savez comment associer vos produits, quand vous êtes à l’écoute et que vous regardez vos cheveux vous savez ce dont ils ont besoin.

 

Akeza.net : On a l’impression que les soins capillaires et dermatologiques ne concernent que les femmes, qu’en-est-il pour les hommes?

 

Christella : C’est vrai que les soins capillaires et dermatologiques font la part belle aux femmes mais c’est juste une impression.

Pour les hommes c’est un peu plus discret mais ça existe. Des marques et des astuces naturels. Pour les cheveux,  les hommes qui ont des dreadlocks, l’afro ou qui font des nattes à l’occasion sont des potentiels consommateurs. Souvent ces hommes-là sont notre entourage. Donc, en général il aura tendance à demander conseil à une femme de son entourage par rapport à ces soins.

Et il y a aussi des vidéos sur Youtube, faites par des hommes qui montrent à d’autres hommes comment tresser, laver ses dreadlocks et autres.

 

Maintenant au niveau de la peau, il y a une nouvelle tendance depuis un peu  plus d’un an, celle des « hipster »,  ce sont tous ces hommes qui se laissent pousser la barbe. De la barbe de 3 jours à la grosse barbe bien taillée et longue. Pour pouvoir porter ce genre de look, il faut faire attention à sa peau, à la manière de raser sa barbe et comment la tailler surtout si on n’a des problèmes de poils incarnés, qui provoquent l’acné. Beaucoup commencent à le faire.

Cela montre que les hommes sont interpelés par ces questions-là, parce qu’au final, homme ou femme, on a les même problèmes, les mêmes cheveux crépus et peaux denses.

 

Je vois mon petit frère, il utilise de l’huile de coco, maintenant qu’il laisse pousser son afro en même temps qu’il laisse pousser sa barbe. L’huile de coco et son must-have pour son visage, ses cheveux et sa peau. Sachant que l’huile de coco c’est un anti UV naturel, c’est un très bon hydratant pour les cheveux et c’est un bon adoucissant.

 

Akeza.net :Peux-tu nous parler brièvement de ton apparition dans une projection lors de l’évènement Ladies Buja Beauty Mixer ?

christella-kwizera-1Christella Kwizera lors de l’évènement Ladies Buja Beauty Mixer

Christella: Krystal Bella Shabani, la créatrice de Krysbel et une autre jeune femme,  Lucille Kristushemezwa m’ont parlée de ce projet et j’étais ravie d’en faire partie. Je ne peux que me réjouir de son impact ce fameux dimanche du 21 Août 2016.

J’ai partagé ce que j’ai appris de mon propre parcours capillaire .

J’ai toujours précisé que ce n’était pas exclusivement pour les cheveux naturels, c’est pour toute personne qui a envi de prendre soin de ses cheveux en incluant dans ses soins des produits naturels ou en achetant des marques bio.

 

J’ai été enthousiaste parce que j’ai eu un bon retour, les personnes ont apprécié l’ambiance de l’initiative et surtout le côté interactif. On n’impose, on discute autour de sujets qui nous tiennent à cœur.  Mon message est de nous rappeler qu’on n’a pas besoin de  se ruiner pour être beau et belle.

Et c’est ça qui me rend humblement contente d’avoir participé à cet évènement.

 

Merci à Akeza.net de m’avoir offert cette plateforme.

 

 

Propos recueillis par Miranda Akim’

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