«Au Burundi, les forêts pourraient disparaître d’ici 25 à 33 ans à cause de la consommation du charbon de bois ».

«Au Burundi, les forêts pourraient disparaître d’ici  25 à 33 ans à cause de la consommation du  charbon de bois ».

Un homme transportant des sacs de charbon de bois sur un vélo ©DR

Au Burundi, respectivement 56 548 tonnes et 13 552 tonnes de charbon de bois sont consommées chaque année par la population urbaine de Bujumbura et de Gitega, soit 70 100 tonnes de charbon de bois.  Le bois constitue la principale source d’énergie domestique avec 96,6 % du bilan énergétique global, le charbon de bois est consommé à 77 % par la population urbaine.

 

Trois chercheurs Burundais F. Bangirinama, B. Nzitwanayo, P. Hakizimana qui ont mené une réflexion sur ce phénomène  estiment la consommation à 104 718 tonnes de charbon de bois pour la seule population urbaine. Cette consommation surtout par la population de Gitega et Bujumbura entraîne une perte annuelle de 3 505 à 4 673 ha de couvert forestier, soit annuellement entre 5 236 et 6 980 ha si l’on extrapole ces chiffres à l’ensemble de la population urbaine du Burundi. À ce rythme, le couvert  forestier du Burundi, estimé à 171 625 ha, pourrait disparaître dans 25 à 33 ans.

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L’usage du charbon de bois comme combustible principal pour la cuisine se répand de façon accélérée, au détriment du bois qui était encore le combustible presque exclusivement utilisé dans un passé récent. Cet usage du charbon de bois s’observe en grande partie dans toutes les grandes villes du Burundi.  La ville de Gitega consomme ainsi par semaine une quantité totale de 260 tonnes de charbon de bois. La consommation de la ville de Bujumbura est quatre fois plus élevée que celle de Gitega, soit respectivement 81 % contre 19 %. Dans toutes les villes des chefs-lieux des provinces, la consommation de charbon de bois peut être estimée à 2 008 tonnes par semaine et 104 718 tonnes par an.

Un sac de charbon de bois ©DR

Les villes de Gitega et Bujumbura utilisant 70 100 tonnes charbon de bois par an, dans l’hypothèse où cette quantité de charbon provient uniquement de l’eucalyptus (arbre le  plus employée pour la carbonisation au moins à 96% selon les enquêtes) et en considérant que la productivité de cette dernière est de 15 à 20 tonnes de charbon par hectare, cette quantité de charbon proviendrait de la coupe annuelle d’une superficie de 3 505 à 4 673 ha. La consommation de charbon de bois de toutes les villes des chefs-lieux des provinces entraînerait ainsi une perte annuelle d’une superficie de 5 236 à 6 981 ha.

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Des solutions possibles malgré l’ampleur inquiétant du phénomène.

 

Le constat est que les écosystèmes forestiers situés en dehors des aires protégées sont en cours de disparition. Ils ont déjà disparu dans les provinces limitrophes de la ville de Bujumbura et diminuent de jour en jour dans les provinces lointaines comme Bururi, Gitega, Karuzi et Makamba.

“Les nouvelles techniques de fabrication de charbon à base de déchets (briquettes) pourraient permettre l’atténuation de la situation actuelle.”

Pour pallier à ce problème, les trois chercheurs préconisent la  plantation des  5 984 ha perdus annuellement pour satisfaire la consommation urbaine. Or, le Burundi ne dispose plus d’espace suffisant pour mettre en place des  programmes de reboisement à grande échelle. Les seules zones disponibles pour ce genre de plantations sont les rares sommets de colline. L’autre moyen d’accroître le couvert forestier serait de combiner les arbres aux cultures vivrières et de créer des plantations en ligne. La plantation des arbres le long des axes routiers constitue une autre alternative durable.

Le chanteur burundais Sat-B et Jadot NKURUNZIZA entrain d’arroser des plantes le long du monument du soldat inconnu ©Akeza.net

De même, l’augmentation de la demande urbaine en bois énergie se traduit par une pression accrue sur les ressources forestières de la RDC, ce qui est particulièrement problématique en l’absence de mesures incitatives pour la restauration ou la gestion durable de cette ressource. Pour les plantations disponibles, la régénération naturelle assistée pour permettre l’accroissement de la productivité constitue une voie possible. La recherche d’espèces ou de variétés mieux adaptées et plus rentables, mais aussi de pratiques plus appropriées, pourrait constituer une autre voie.

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Il faudrait en outre rehausser le taux d’utilisation des énergies renouvelables (biogaz, énergie solaire, énergie éolienne) pour diminuer le plus possible l’utilisation du charbon de bois. Les nouvelles techniques de fabrication de charbon à base de déchets (briquettes) pourraient permettre l’atténuation de la situation actuelle. En Ouganda par exemple, au moins 5 % de la consommation de bois de chauffage et 50 % de celle de charbon de bois peuvent être remplacés par des briquettes combustibles à base de déchets.

 

 

 Elvis NDAYIKEZA

 

 

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