Analyse : Pourquoi les artistes burundais peinent-ils encore à percer dans l’EAC ?

Analyse : Pourquoi les artistes burundais peinent-ils encore à percer dans l’EAC ?

Analyse : pourquoi les artistes burundais peinent-ils encore à percer dans l’EAC ? ©Akeza.net

Ali Kiba, Diamond Platinumz, Jose Chameleone, Sauti Sol, Sheebah, Meddy, voici là des noms que toutes personnes vivant au Burundi ou ailleurs en Afrique de l’est connait bien. Ces artistes tanzaniens, ougandais, kenyans ou encore rwandais, ont réussi à s’imposer comme des valeurs sûres de la musique dans la sous-région. Dans ce bal musical est-africain, l’artiste burundais peine encore à se faire voir. Malgré le talent et les efforts fournis, la lueur burundaise reste timide. On est donc amené à se poser la question fatidique du pourquoi du comment. Qu’est ce qui empêche nos artistes à finalement s’exprimer, exploser et briller dans la sous-région et en Afrique ?

Le talent ne fait pas tout, dit-on. La route vers le succès et la reconnaissance est souvent rocailleuse. Il faut beaucoup plus que du talent et un travail artistique assidu pour devenir une icône. Cette réalité, les artistes burundais la connaissent bien puisque ces derniers peinent à se faire connaitre, se faire reconnaitre et s’imposer comme des artistes majeurs dans la sous-région est-africaine. Et ce n’est pas faute d’essayer. Un sujet qui fait débat depuis bien longtemps dans le milieu de la musique.

Au-delà du débat et des questionnements, certains points importants sont à relever. Des points qui vraisemblablement seraient d’une manière ou d’une autre à la base de cette lacune.

 

Un souci majeur de management

Faire carrière dans la musique nécessite non seulement une dose de talent mais également une dose d’organisation et de management. Disposer d’un management efficient et efficace est une des clés du succès. Force est de constater que peu nombreux sont les artistes burundais qui sont pris en charge par des équipes de personnes efficaces, capables de manager de manière professionnelle les carrières de ceux-ci. « La plus grande chose qui nous manque, c’est le management. Nous nous occupons nous même de nos carrières et des fois nous ne savons pas toujours comment nous y prendre. Et lorsque nous arrivons à avoir un manager, c’est souvent difficile de bien évoluer avec lui puisqu’il ne pense uniquement qu’à l’argent et la gestion de la carrière devient compliquée », s’exprimait ainsi la chanteuse Ashley lors d’une interview.

L’organisation de la carrière d’un artiste devrait donc être confiée à des personnes étant capables de prendre en main tous les paramètres de celle-ci. Cela va de l’organisation de l’agenda de l’artiste au choix des collaborations en passant par les dates de sortie des morceaux, la stratégie de sa communication, le coût de ses prestations, sa philosophie artistique, etc.

 

Manque de bons réseaux

Cela n’est un secret pour personne, pour percer dans un milieu, disposer d’un carnet d’adresse bien fourni et d’un réseau efficace est plus que nécessaire. Connaitre les personnes à contacter, les producteurs de qualité avec qui travailler, les artistes régionaux disposant des bonnes ouvertures à l’international, bref connaitre les bonnes personnes est primordial. Cette construction de réseau efficace reste encore problématique au Burundi. Un travail qui notamment fait appel aux compétences des équipes de management. C’est d’ailleurs dans ce sens que tente d’abonder le groupe Best Life qui depuis quelques mois s’est lié à la maison de management Chako Entertainment pour justement leur ouvrir les portes de l’international. Un travail qui semble payer puisque les jeunes artistes ont récemment livré leur premier concert en Ouganda.

 

Le talent oui, la qualité encore plus

Pour marquer son public et s’imposer comme un artiste de talent, la qualité de la production doit être le leitmotiv de toute démarche artistique. Être capable de non seulement produire des morceaux mais surtout des morceaux de qualité est impératif. D’aucuns se demanderont ce qu’est un travail de qualité puisque très souvent chacun revendique son produit comme étant le meilleur. La réponse est bien simple. Selon Ami Pro, journaliste et animateur radio, le défaut de qualité reflète d’une certaine manière la qualité des studios d’enregistrement burundais.

Pour le chanteur Sat-b, la qualité est un mélange de plusieurs facteurs. Non seulement elle fait appel à la qualité du texte mais également au caractère unique de la une musique. « Il faut travailler avec des arrangeurs de qualité capables de produire des morceaux qui sortent du commun. Mais également avoir du bon matériel, des studios performants. Ce que l’on manque au énormément au Burundi », dit-il. Et de poursuivre, « je pense que le ministère devrait aider le monde la musique en organisant des formations pour les producteurs et arrangeurs de sono. Cela nous rendrait service. »

Cela est clair, entrer en studio et enregistrer un morceau n’est plus suffisant. Un artiste doit être capable d’étudier les tendances, de sonder son public, savoir ce qui le fait vibrer et proposer ce qui est susceptible de toucher les cœurs, de faire bouger les corps. Il faut également penser large, sortir du carcan local en s’essayant à d’autres styles, d’autres modes tout en gardant son ADN. Autant de choses qui feront de l’artiste une valeur sure, toujours capable de proposer les bonnes choses au bon moment.

 

Mettre les moyens pour faire les choses bien

Lorsque l’on veut conquérir le monde, il faut avoir les moyens de sa politique. L’international demande de mettre des moyens conséquents en jeu si l’on veut caresser le rêve de vivre l’aventure. Pour ce qui est de la musique burundaise, cela reste un obstacle de taille. De nombreux artistes ont beaucoup de mal à faire valoir leur talent puisque ne disposant pas des moyens suffisant pour exprimer au mieux leur talent. Avoir un financement adéquat permet aux artistes de booster leurs carrières. Si certains artistes à l’instar de Big Fizzo ou encore Sat-B arrivent aujourd’hui à disposer de moyens substantiels pour mettre en place la machine et proposer un travail de qualité, cela est loin d’être le cas pour la grande majorité des artistes burundais.

 

Pour aller loin il faut être ambitieux

L’ambition est le chemin du succès, dit-on. De l’avis de certaines personnes, les artistes burundais manqueraient un peu d’ambition. Un manque qui les pousse à se cantonner au cercle restreint des artistes locaux. De l’avis d’Ami pro, c’est le fait d’une sous-estimation de leur talent et de leurs qualités d’artiste. « Les artistes burundais se sous-estiment trop. Ils n’osent pas sortir. Les artistes doivent avoir le courage de sortir du pays et aller chercher la qualité ailleurs. Aller à la rencontre des artistes et producteurs est-africains ayant déjà fait leur preuves dans la sous-région. Cela a marché avec Sat-b, Natacha ou encore le groupe Best Life Music. Aujourd’hui leurs musiques sont jouées sur les radios et les chaines de télé est-africaines », explique-t-il. « On doit apprendre à promouvoir notre musique à l’étranger », ajoute Sat-B.

Les artistes doivent se montrer plus ambitieux, plus déterminés à marquer de leur empreinte la scène musicale régionale à l’instar d’autres musiciens devenus aujourd’hui des valeurs sures.

Le chemin est long pour atteindre les sommets en Afrique de l’est mais une lueur d’espoir subsiste. Les artistes burundais comprennent un peu plus les implications pour s’imposer dans la sous-région et certains d’entre eux déploient des efforts conséquents pour y arriver. Sat-B, Big Fizzo, Natacha, Best Life Music ou encore Swagg Team ont déjà compris qu’il fallait aller vers les autres, sortir des sentiers battus afin que le travail porte ses fruits.

Alors que nous attendons toujours l’éclosion d’une nouvelle méga star de la chanson d’origine burundaise à l’échelle régionale, africaine ou même internationale, il importe de rappeler que le Burundi peut encore et toujours s’enorgueillir de Kadja Nin qui connut un succès et une consécration internationales entre le milieu des années 1990 et 2000 et dont le rayonnement se poursuit aujourd’hui au-delà de sa carrière musicale dans ses engagements avec l’UNICEF , l’engagement pour son pays ou encore plus récemment en tant que membre du jury du Festival de Cannes. Encore que, Kadja Nin n’exclut pas de revenir à la chanson….

 

Moïse MAZYAMBO

Comments

comments